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HISTOIRE

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Une première fois, il y a longtemps.

Nous nous immobilisâmes devant une porte que je n’oublierai jamais. C’était une porte de bois pleine, peinte en vert, étroite et lourde, qui se fermait par une serrure bénarde et un loquet. Plus épaisse en bas qu’en haut, elle présentait à mi-hauteur un ressaut, ce qui la faisait ressembler aux portes à hec des cours de ferme. La maison n’avait que quelques étages et ne payait pas de mine, non plus que les façades alentour, entrecoupées de murs fardants et délabrés qui emprisonnaient des courettes ou des jardinets. La rue, toute resserrée, était pavée. C’était une ambiance de chats qui détalent, de linge aux fenêtres et de pots de géraniums. Tout respirait la province secrète que certains quartiers de la capitale cachent au fond des ruelles ou derrière les grands immeubles.

Il tira de sa poche une grosse clef. La serrure était dure, il pesa des deux mains pour la faire jouer. C’est alors qu’au lieu d’ouvrir la porte en m’invitant à le suivre, il se tourna vers moi et m’adressa d’un ton neutre quelques mots que je ne compris pas bien, mais auxquels je devinai que je ne pouvais pas entrer tout de suite. Il poussa la porte juste ce qu’il fallait pour se faufiler, entra, et la repoussa contre. Au passage, il avait repris la clef.

Il n’aurait pas dû me laisser en plant. Parvenu, sans motif avouable d’y être, sans que quiconque s’inquiétât de moi pût conjecturer que j’y étais, en ces lieux situés nulle part, dans cette petite rue vide qui n’avait pas de nom, devant cet huis étrange qui donnait sur des arrières indevinables, et abandonné à moi-même, je ressentis les premières atteintes d’une angoisse nouvelle. Était-il donc bien assuré, ce soi-disant Irlandais dont je ne savais rien et qui ne savait rien de moi, que je n’allais pas prendre mes jambes à mon cou ? Parce que que je ne pouvais plus fuir, c’est cela ! Parce qu’on m’empêcherait de m’échapper ? Ne m’étais-je pas jeté la tête la première dans un traquenard ? Les disparitions définitives, les viols sauvages dont un égorgement est le coup de grâce, les cadavres mutilés découverts dans les chambres d’hôtel, les corps déchiquetés par les trains, les malles sanglantes, les troncs sans tête remontés du fond des étangs, les bains d’acide sulfurique, les os carbonisés fourgonnés dans les cendriers des chaudières, tout cela, tous ces crimes à faire dresser les cheveux sur la tête, et qui, jour après jour, fournissent les titres des journaux du soir, il fallait bien qu’il y eût des gens, des lieux et des mobiles pour en créer les circonstances.

Ce ne pouvait pas être la vie ordinaire telle que je l’imaginais, les endroits que je fréquentais, les personnes avec qui j’avais à faire d’habitude. En revanche, quel meilleur terrain de chasse pour les criminels pervers, que le lieu de turpes accordailles en conclusion desquelles on marche aux flûtes d’un inconnu pour aller honteusement là où personne au monde ne peut savoir qu’on va ? Les parages de ces rencontres clandestines ne peuvent être que des viviers de squales ! Je commençais à ressentir une belle venette. Allons, je n’étais plus un enfant ; il n’était pas question de tout compromettre par des peurs puériles. Rien jusqu’alors ne trahissait que l’Irlandais ne jouât pas franc jeu, n’est-ce pas ? Gros naïf !, m’objectai-je aussitôt, les scélérats ont d’abord pour souci d’empêcher que leurs proies s’alarment. Tu n’es qu’un simplet à qui n’importe qui ferait gober l’hameçon. Te laisserait-on attendre comme cela, seul dehors, s’il n’y avait pas des apprêts secrets à machiner dedans ? Surtout rester calme, garder la tête froide. Je me donnais un mal de Diable pour battre le rappel de tous les éléments d’appréciation permettant d’analyser la situation rationnellement – ce genre de verbiage était en faveur dans mes délibérations intérieures depuis que j’étais un grand garçon. Jouer de jambes pendant qu’il en est encore temps ? Me tenant sur mon fier tout en tremblant, je réclamais, pour la capitulation et le sauve-qui-peut, l’indice objectif du piège.

Pouvais-je ne pas le supposer sans cesse puisque je contre-imaginais dès que j’imaginais, et que, par conséquent, le résultat d’un examen des faits n’était que l’enjeu d’un combat qui se livrait en moi ? Mes efforts pour motiver ma gouverne par une clairvoyance d’emprunt eurent pour effet de m’amener à me servir à moi-même les arguments de l’effroi – censément passés au crible d’une critique objective – sous la forme qui, dans mon esprit novice et apeuré, marquait le plus abruptement la différence entre une jeune tête à l’évent et l’expérience consommée de la vie : la mise en garde déclamatoire tombant d’une bouche préceptorale. Ainsi, je n’étais qu’un petit écervelé qui, pour jouer les affranchis, avait débarqué au beau milieu d’une société interlope dont il ne connaissait ni les règles ni les dangers, ramassis de gens qui viennent on ne sait d’où, qui se côtoient dans une mutuelle défiance, acoquinés brièvement pour lâcher la bride à des ignominies que les honnêtes gens ont en abomination ; et là, précisément où la pire racaille peut frayer sans être inquiétée, j’emboîte le pas au premier venu sur sa bonne mine, sans plus de précaution que si nous eussions été présentés dans un salon !

Figurez-vous un exécuteur des hautes œuvres qui s’apprête à supplicier un forcené imprévisible au milieu d’une populace gouailleuse, féroce et versatile. La foule communie avec la mise à mort tant que l’apparat de la cérémonie se déroule avec une perfection réglée imposant que l’immolation compète à une nécessité supérieure qui dessaisit les consciences humaines. Survienne un incident, une défaillance de la sinistre machine, une rébellion du condamné contraignant les valets à lui faire violence, et la foule décharmée voit désormais le honteux du spectacle, dont elle-même : des gens qui font métier de tuer houspillent un malheureux entravé, pour lui couper le cou au plus vite. Elle allait s’en repaître. Un murmure, des sifflets, un tollé, des poings levés, l’émeute !

Quant à moi, tous les acteurs d’un tel sacrifice étaient réunis en ma personne. J’étais ce bourreau : comme lui, je devais mener l’affaire à son terme fatidique, quel qu’il fût, le plus coulamment possible. J’étais la victime, bien entendu, car je ne pouvais sortir de là que mort ou transformé. Mon piquet solitaire devant cette porte muette, dans cet étroit désert, fut l’incident qui rompit l’enchantement. L’hystérie fantasque de la foule enfiévrée, c’était mon propre tumulte, dans lequel je me noyais, qui débordait d’autant plus que je m’évertuais à endiguer la peur à l’aide d’une espiègle adversaire des transes qui ne dresse un étai que sur une sape : la raison raisonnante du raisonneur qui force nature. Et le coup fatal vers quoi tout précipitait, c’était quelque chose de définitif, quelque chose comme une grande poussée, quelque chose qui allait mettre fin à beaucoup d’autres ou à tout, quelque chose qui devait se passer dans cette maison surgie des “Mystères de Paris”, mon esprit n’étant plus qu’un brouillard saturé d’effroi, où se confondaient l’objet maintenant maudit de ma venue et l’afflux de soupçons à glacer le sang.
Dans les contes comme dans les mauvais rêves, il y a des terres d’angoisse circonduites de brumes et de sortilèges intraversables, épouvantables séjours maléfiques, où l’on est guetté, où l’on n’échappe à une gueule qu’en se jetant sous une griffe, d’où toute fuite offerte n’est que ruse de cacodémon pour vous plonger dans une affre nouvelle, à travers les sous-bois aux branches vivantes qui vous fouettent, vous accrochent et vous rattrapent, au milieu des marais stygiens dont les miasmes allument pour feux follets des yeux de monstres, parmi les sables mouvants qui engloutissent comme on digère.

J’avais la bouche sèche, la gorge nouée ; je sentais les battements de mon cœur, le serrement de mes entrailles. La pensée de ce qu’une bande de sadiques pouvaient me faire subir me fit venir la chair de poule. Une mauvaise sueur m’agaçait l’œil. Je tournai la tête à droite. À quelques mètres, la ruelle faisait un coude qui empêchait de voir au-delà. C’était disposé pour dérober à mon regard un apostement de complices qui me barreront la route. Je tournai la tête à gauche. La ruelle continuait droit jusqu’à une cour entourée de petits immeubles d’habitation en brique. S’y trouvait une charrette sur sa chambrière, des tonneaux. Je n’apercevais pas âme qui vive. Détaler à toutes jambes pour chercher le salut de ce côté ? On jaillira d’une porte où d’une fenêtre, on escaladera un muret. Un sac m’enfermera, m’étouffera. Et si j’échappe, sera-ce pour découvrir là-bas une issue, un secours ? C’est là-bas qu’on m’attend vraiment. Ne laisse-t-on pas les coudées franches à certains criminels, parce qu’ils nettoient la société de certains infâmes, desquels je m’étais fait, comme on laisse sanitairement les vautours planer sur la charogne ?
Cependant que pétrifié par la peur et l’indécision j’imaginais un sort pire que la mort, la porte s’entrebâilla. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Qu’on pardonne un détail bas : c’est miracle que j’aie pu retenir mon urine. Une main parut, m’appelant du geste ; puis la tête de l’Irlandais, un index sur les lèvres pour m’engager au silence et à la circonspection. Mécaniquement, je me mis en branle. Pour pousser la porte, j’ouvris la main : un morceau de carton roulotté et mouillé de sueur, qui avait été un ticket de métro, collait à la paume. Je passai le seuil. Je ramenai la porte sur moi en accompagnant d’un doigt tremblant la chute de la clenche dans le mentonnet pour éviter tout bruit.

Je me suis retrouvé dans un vestibule en forme de couloir, au fond duquel un escalier montait dans les étages. À droite, une double porte vitrée s’ouvrait dans un salon évidemment agencé pour la montre plutôt que pour accueillir des hôtes. On y voyait une grande cheminée à l’âtre propre comme un sou neuf où pyramidaient des bûches bien époussetées ; il n’y avait pas à penser que la garniture de foyer qui brillait de tous ses cuivres connût jamais la flamme. Autour d’une table basse présentant l’éventail, trop arrangé dans son chevauchement, des derniers numéros de l’Illustration et de la Revue des Deux-Mondes, quatre fauteuils de cuir havane, bas, profonds et mous, comme on en voit dans les cercles. Une vitrine sollicitait l’œil par l’éclat versicolore de ses pièces de cristal : vases à fleurs, animaux bondissants, bergères à houlette, qui n’étaient pas tous du meilleur goût. Sur un guéridon, des figurines de porcelaine miniaturant les petits métiers de la rue faisaient une ronde. Ici et là, des vases avec des bouquets secs, posés sur des napperons. Au mur, une tenture représentait une chasse à la sagaie en Afrique. C’était sans unité, trop chargé comme une devanture de marchand de meubles, et je ne pense pas qu’en une telle salle de séjour on se donnât aucunes aises sans renverser quelque chose. À côté de la porte, sur le parquet brillamment ciré, des patins de feutre rappelaient les intrus à leurs obligations. La maîtresse de céans, ressentait-on, réclamait contre la piètrerie du quartier, et entendait que cela se remarquât.

D’où j’étais, le coup d’œil ne me permettait pas de tout embrasser de cette pièce. Il existait évidemment à cet intérieur un accès moins incérémonieux que l’entrée de service par laquelle on m’avait fait me glisser. À ma gauche, deux portes, fermées, ne laissaient pas deviner où elles répondaient. Seul mobilier du vestibule, un porte-parapluies et une console gris Trianon sur laquelle il y avait un casier à compartiments contenant quelques enveloppes postales. Une série de chromos reproduisant des vues de Paris décoraient les murs. Des clefs pendaient à un alignement de clous à crochet numérotés. Sur un faux parchemin précieusement encadré, deux vers de mirliton en lettres gothiques embarrassées dans leur cadelure demandaient qu’après neuf heures du soir il n’y ait plus de bruit, pour qu’on se laisse aller « aux pavots de Morphée sous l’aile de la Nuit ». Tout était net de la moindre poussière, encaustiqué, passé au tripoli ; vraiment, il y avait là quelqu’un qu’on devait faire rougir de plaisir en déclarant que « dans cette maison, l’on pourrait manger par terre. »

L’aménagement participait de celui d’un hôtel ; pourtant, il semblait ne pas y avoir de bureau de réception ; une absence de précaution dans l’usage collectif, un manque de souci d’informer, inspiraient que les lieux étaient appropriés à des habitués. C’était une sorte de meublé au mois, ou de pension de famille.
On l’aura deviné, mes terreurs étaient dissipées. À quel moment et par l’effet de quelles impressions, je ne saurais le dire précisément, quoique, à l’évidence, le décor d’un gouvernement domestique de quiétude et de tran-tran, joint que l’Irlandais manifestait une volonté de discrétion accusant qu’ici c’est lui qui craignait de moi, en ait été le décisif. Les facultés sensorielles, brusquement libérées de la peur, s’employaient avec un bien-aise et une griserie avides sans quoi ne me fusse pas rappelé si précisément mon passage dans ce vestibule. D’autant que je n’y demeurai que l’instant qu’il fallut à mon séducteur pour aller à pas de loup de la porte à l’escalier, gravir cinq ou six marches, s’apercevoir que j’étais à la traîne et se retourner pour me faire signe de monter vite.

Restait un fond d’anxiété : qu’on nous surprît avec quelque soupçon que nous nous apprêtions à commettre ce que les Anglais du bon ton, sous la reine Victoria, appelaient une conversation criminelle. Je devais faire confiance à ce garçon ; je me rassurais à l’idée qu’un tel accident lui serait plus lourd de conséquence qu’à moi qui, n’ayant pas affaire avec cette maison, pouvais au moins espérer me sauver d’un mauvais quart d’heure par la fuite.
Je lui emboîtai le pas. Au premier étage, nous nous engageâmes dans un corridor obscur, sans fenêtre. Il fit de la lumière en actionnant le poussoir d’un interrupteur électrique. Dans le mur de gauche comme de droite, à intervalles réguliers, il y avait des portes, au linteau desquelles une petite plaque d’émail indiquait un numéro. Les moulures du plafond traversaient n’importe comment les parois ; de même, les lames du parquet à l’anglaise passaient sous les plinthes. On voyait bien que l’étage, jadis distribué en appartements, avait été cloisonné en chambres pour donner à la maison une nouvelle destination.

Il s’arrêta devant la porte numéro quatorze. Il avait à la main une petite clef. Il ouvrit. Nous entrâmes. Il referma prestement la porte et, dans le même mouvement, en fit glisser la targette.
La chambre était sombre, car un gros rideau rouge était tiré devant la fenêtre. À côté duquel, sur le mur, l’embrasse de câblé pendait à sa patère. On y voyait toutefois suffisamment pour se mouvoir et manier les objets – à aucun moment, il ne fut proposé d’ouvrir ce rideau. Dans un autre mur, une portière du même tissu rouge masquait, pouvait-on présumer, l’accès d’un cabinet de toilette. La chambre, qui n’était pourtant pas bien grande, donnait une impression de vide ; non qu’elle fût démeublée, mais parce qu’il y manquait toutes choses qui se trouvent nécessairement dans un lieu où l’on vit, surtout un garni d’étudiant. Pas un vêtement, pas un verre à boire, pas un papier, pas un livre, pas un bibelot, rien, ni rien non plus de fixé ou pendu aux murs, tendus de papier peint bleu pâle semé de roses. Si l’on avait mis hors : le lit de fer à quenouilles surmontées de boules de cuivre, couvert d’une courtepointe jaune capitonnée dont les falbalas tombaient à toucher le plancher, la chaise de bois clair, le secrétaire à rouleau, dont le cylindre levé laissait voir qu’il ne contenait pas même un crayon, et l’armoire de pitchpin, on aurait fait place nette de tout.

Les premiers mots de l’Irlandais furent pour me faire ses excuses de ce qu’il n’y eût qu’une seule chaise. Je m’assis sur le bord du lit. Il jeta sa casquette adroitement, de manière qu’elle s’accrochât à l’une des boules de cuivre comme sur un champignon de portemanteau. Il me demanda si je voulais boire quelque-chose. Je ne me rappelle pas ce que je répondis. Il alla jusqu’à l’armoire et l’ouvrit. En bas du compartiment disposé en penderie, dont la tringle était dégarnie de tout cintre, j’aperçus une valise de cuir sanglée, et un gros sac de marin en toile grise, fermé par un cordon passé dans des œillets de fer, l’un et l’autre bagages visiblement bourrés. Il retira de dessus une tablette deux verres à liqueur qu’il saisit pincés ensemble entre le pouce et l’index, et de l’autre main il empoigna par le goulot une bouteille à corps carré. Il n’y avait rien d’autre sur les rayons de cette armoire que ces deux verres et cette bouteille. Il amena la chaise face à moi, y posa les verres et la bouteille, puis s’accroupit à côté.
Jour de Dieu ! Qu’il était fort cet alcool ! J’eus suffisamment de tête pour ne humer que d’infinitésimales lichées de ce rogomme qui me pavait la langue et me brûlait l’œsophage ; sinon, j’aurais été malade.
Notre oaristys aurait moins été la furtive accointance de complices de hasard, j’eusse osé la seule demande qui pût m’inonder de soulagement : d’abord, j’aurais remercié ce garçon de sa gentillesse, et de m’avoir choisi ; puis je lui aurais fait comprendre combien j’avais déjà pris sur moi, et que c’était beaucoup pour une seule journée. Le cœur battant, j’aurais accepté un bécot sur la joue, ou que nous nous tinssions les mains. Enfin, j’aurais promis, juré – croix de bois, croix de fer ! – de revenir le lendemain « pour la suite ». Je voulais bien m’embarquer pour Cythère, mais avec des escales ; une promenade à deux au clair de lune, une tête posée sur mon épaule, un baiser surpris, de doux aveux … Heureusement, mon éducation m’avait imbibé d’un sens de la convenance me permettant de ressentir l’inopportunité dans n’importe quelle situation

Pour tout confesser, mon défaut de pratique me laissait en doute les déportements qu’on attendait de moi, et cela me transissait. Qu’on ne se méprenne pas ! Bien évidemment, j’avais compris dès longtemps à quelles impudicités les grandes personnes, honteuses de confronter l’enfance à l’hommerie, sacrifient dans ce que Nietzsche qualifie d’adytum réservé à l’âge plus avancé. Mais restait que pour apprécier jusqu’où les salauderies – ainsi dit Brantôme – pouvaient se donner carrière, je n’avais rien à partir de quoi me régler, rien entre “La Leçon d’amour dans un parc” de René Boylesve et les spintries de Tibère à Capri dans Suétone.
Par-dessus le marché, piteux de mes dispositions du moment toutes contraires à celles de l’amour à son plus haut période, je me refroidissais encore à la pensée que mon dada demeurât court à Lérida

Bientôt s’installa l’évidence que les bagatelles de la porte traînaient en longueur. Je ressentais douloureusement que mon compagnon me sollicitait par des silences qui attendaient ma voix, des hésitations qui quêtaient ma participation, des coq-à-l’âne essayant successivement des paroles qui fussent un biais pour aller de l’avant.
Pauvre de moi ! Elle était là, la folle panique qu’on appelle dans l’Iliade « sœur de la déroute qui glace les cœurs » !

C’est alors que, dans ma détresse, je ne parvins pas à mieux que d’excogiter un bas jeu de mots de vieux drille égrillard, suprême hoquet dans mes efforts à contre-effet pour me laisser glisser dans l’atmosphère des derniers abandonnements. M’avait tout soudain passé par la tête un idiotisme relevé il y avait peu dans le “Dictionnaire des Mots et des Choses” de MM. Larive et Fleury (dont je lisais souvent quelques pages avant de m’endormir), parce que cette façon de parler, qui se tournait naturellement en une interrogation désidérative appelant la fin de nos difficultés, est susceptible d’un libidineux second sens pourvu qu’on aide grossièrement à la lettre, double entente pitoyable à quoi j’eus la sottise de me complaire comme à une débauche d’esprit préparant les voies à une autre.
Pour ma punition, cette lamentable équivoque, je vais vous la dire.
La voici, – et je demande qu’on ne s’y attarde pas : « Mais quand donc va-t-il se décider à toucher la grosse corde ? »
Oui, je mérite un sourire affligé, et je ne le sais que trop par moi-même, car il y eut des suites : longtemps, si la rareté de l’expression « toucher la grosse corde » m’épargnait de la rencontrer, je n’ai pu tomber sur des locutions approchantes, comme « toucher la corde sensible » ou « appuyer sur la chanterelle », sans la vague ressuscitation d’un malaise

La garrulité de l’Irlandais n’était plus qu’un bruit. Je n’osais ni le regarder, ni éviter de le regarder. De temps en temps, je buvais un petit coup, juste de quoi m’enflammer le gosier ; mon verre, toutefois, ne cessait pas d’être plein à ras bord. J’avais chaud, et cela me venait par bouffées ; j’entendais un peu lointainement. Le casse-poitrine, si peu qu’il m’en descendît dans l’estomac, n’y nuisait pas. Je me tenais roide, coudes au corps. Je considérais les rais de jour qui se faufilaient par le pourtour du rideau, ou je cherchais à m’absorber dans la vision des lignes du plafond. J’avalais ma salive. Je n’avais pas eu l’idée d’ôter mon blazer ni de desserrer ma cravate. Le col de ma chemise m’irritait. Entre les omoplates, la sueur me plaquait le maillot de corps sur le dos. Il allait falloir passer le pas, et je pouvais de moins en moins reculer.

Le sommier bougea : l’Irlandais s’était assis à côté de moi. Je ne fis pas un mouvement, je ne tournai pas les yeux, même pour guigner. Je ne le voyais pas, je ne sentais pas son contact, mais son souffle sur mon cou, oui. Et il s’était tu. J’étais suspendu dans le vide. Impossible que cela durât. J’avais les mains appuyées à plat sur les cuisses. La moiteur de mes paumes était sensible à travers le tissu de mon pantalon. Par l’effort d’une volonté de tête que tous mes esprits refusaient, je levai tétaniquement un avant-bras, décollant une main. Maintenant, cette main soulevée, il fallait bien que j’en fisse quelque chose, elle ne pouvait pas rester en l’air. Aussi je la déplaçai horizontalement, puis, sans cesser de regarder fixement droit devant moi, je la laissai tomber sur une cuisse qui n’était pas l’une des miennes, laquelle je harpai comme fait un mourant qui s’agrippe.
Ensuite je ne sais plus, j’ai un trou de mémoire. Je crois que les événements se sont précipités. Qu’on sache seulement que d’assis je me suis retrouvé couché sur le dos, qu’il n’était plus à côté de moi mais sur moi, et que de paroles entre nous il ne pouvait être question, car il s’affairait à rendre la chose impossible à lui comme à moi

Seuls les saints peuvent parler de tout en propres termes. Ainsi Georges Fox, fondateur des Quakers, a-t-il proclamé sa nuit de noces en apothéosant l’œuvre fécondatrice d’un long jet de liqueur.
Nous autres, qui ne sommes pas « du nombre de ces âmes simples et innocentes à qui tout est permis » comme dit Saint-Cyran, nous devons nous rabattre sur l’allégorie, telle que la définit Dumarsais dans son traité des Tropes : « discours qui est d’abord présenté sous un sens propre qui paraît tout autre chose que ce qu’on a dessein de faire entendre, et qui cependant ne sert que de comparaison pour donner l’intelligence d’un autre sens qu’on n’exprime point. »

À la fin du neuvième siècle, Abbon l’Humble, jeune diacre de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, entreprit de chanter en hexamètres latins le siège de Paris par les Normands, dont il avait été un témoin. C’était la première fois qu’il se jetait dans la composition littéraire ; son poème s’ouvre par une invocation dédicatoire à l’écolâtre Aimoin, auquel il devait ses lettres profanes, et à la censure éclairée duquel sa reconnaissance aspire : « Ô Aimoin, ô mon maître sacré, moi, ton disciple fervent, tout en couvrant de mes baisers et tes mains et tes pieds, je respire après l’heure où tu auras cure de ces raisins encore verts, toi qui m’a enseigné la houe et l’échalas, afin qu’ils s’aoûtent sous la pluie que tu vas y répandre et dans les feux que tu darderas sur eux. Sans cesse tu plantes et tu fouilles ta terre, ô maître admirable, et tu travailles ta vigne. Maintenant que pour la mûrir tu en appelles aussi à mes pluies et à ma flamme, verse-moi, je t’en prie, ton doux miel. Car ce dont nous gratifient ces pampres et ces grappes ne laisse pas d’être d’abord ton ouvrage. »

Je ne fus pas un adepte moins enthousiaste, mais je n’entendais pas tenir le second rôle entre les mains qui me défrichaient ; je sus éviter les gestes godiches par lesquels mon inexpérience de la frénésie eût déféré à mon initiateur. Dès l’étrenne de mes sens, le novice que j’étais se trouva convaincu d’avoir gagné sa franchise. Alors bientôt j’eus le diable au corps, et même je m’excitais à justifier pour notre compte ce que dit ce vers de Villon :

« Selon le clerc est duit le maître. »

Nos fureurs contentées, nous retombâmes sur le lit, et demeurâmes confondus en un culbutis de bras et jambes languissants, sans même le souci d’effacer la poisseuse débâcle de notre ardeur. Quelle était chez ce garçon la part de la lassitude dans cet abandon, quelle, celle d’un tendre sentiment qui n’osait se déclarer ? Dieux du Ciel ! J’étais encore suffisamment béjaune pour balancer.
Il m’aurait été salutaire dans le moment et doux au souvenir que notre déduit se terminât, comme certaine élégie de Maxime Pacificus, par un relâche plein de cajolerie où

  «     Échangeant les baisers que se font les colombes,
       Tendrement enlacés, nous nous reposions.
       Quant à ce que j’ai fait, je suis fou si j’en parle ! »

Mais il était décidément écrit que tout devait être une leçon dans cette mémorable journée

J’éprouvai bientôt chez mon compagnon, que j’enveloppais de câlins et de picoteries amoureuses n’amenant que soupirs d’aise convenus et sourires entendus, un détachement qui, je ne le ressentait que trop bien, se fût changé en agacement si j’avais insisté. Il est simplement rendu, pensai-je d’abord – et j’aime à croire que cela reste un bien-fondé de ma jeune présomption –; sous peu, j’aurai du change. Je fus bien détrompé.

Il se leva brusquement. Il enfila son caleçon. Il s’interrogea à voix haute sur l’heure qu’il pouvait bien être. Saisissant son pantalon, il plongea la main dans une poche pour en tirer une montre. Ciel ! Déjà ! Il avait à faire. Il avait rendez-vous. C’était dit comme le rappel en passant, à l’occasion d’une réflexion incidente, presque un a-parte à la cantonade, d’un fait qui dût m’être constant. Mes sous-vêtements, qui traînaient sur le plancher ici et là, furent par lui ramassés en un tournemain et jetés en tapon sur le lit à côté de moi. Je suis demeuré couché sur le ventre. Il s’assit au bord du lit, l’air un peu ennuyé. Pour mettre mon lever en train, il me patinait la fesse taquinement. Il fallait que je me rhabillasse. On pouvait venir. On ne sait jamais. De plus, il était tard, et il avait encore des choses à préparer … À son grand soulagement, je me mis sur mon séant et commençai de passer mes vêtements. Ne m’étant pas lavé, j’avais quelques poils qui collaient.
C’était le rat de ville qui a invité le rat des champs ! Sauf que sur la fin du dessert écourté par les alarmes, je ne le conviai point de retour. Je pressentais par ce garçon ce que j’allais dans l’avenir éprouver à maintes reprises, que

       « Toute sa nation est sujette à l’amour ;
         Mais cet amour s’allume et s’éteint en un jour :
         J’aurais tort de vouloir qu’il en eût davantage. »
                (Corneille, “Sophonisbe”, acte V, scène 2.)

Ce qui n’empêche pas que je ne me suis jamais fait à l’empressement qu’ont les repus de vous montrer la porte, comme dans un hôtel en pleine saison après que vous avez réglé la note.
Il me pria de contrôler que je n’oubliais rien. Lui-même, sous couleur d’obligeance, s’acquitta d’un coup d’œil vérificatif. Je compris bien qu’il s’assurait que je ne fusse pas dans le cas d’avoir à revenir. Ce ne fut pas sans utilité : j’allais laisser ma cravate ! Il la retrouva sous le lit, cachée par un pan de la courtepointe. Je la fourrai dans ma poche.

Il appliqua l’oreille contre la porte. Ce faisant, du pouce, il désengagea la targette. Je n’avais pas même demandé un petit bisou pour la route : certainement il m’eût été donné en la forme sèche d’un solde de tout compte. N’entendant personne marcher dans les parties communes, il ouvrit. Je pensais qu’il m’accompagnerait au moins jusqu’à la sortie de la maison, mais non. Il me dit que je n’avais qu’à claquer derrière moi la porte du dehors ; il mima « chut ! » d’un doigt sur les lèvres, et me fit signe d’y aller. Je crois que je ne lui ai même pas dit au-revoir – ou plutôt adieu.

La porte de la chambre se ferma silencieusement aussitôt que je l’eus passée. Nul besoin de faire de la lumière dans le couloir sombre, car je pouvais me diriger d’après la lueur qui venait de la cage d’escalier. Les lieux me parurent plus étroits et plus banals qu’à mon arrivée. Le grand soin qu’on apportait au ménage et à la propreté faisait ressortir une pauvreté triste et laborieuse. Au rez-de-chaussée, au bout du vestibule, qui prenait jour faiblement par les portes vitrées du salon, j’ouvris la rustique porte de service qui avait été l’épouvantable trappe d’oubliettes de mon entrée. Je vis de la rue quelques pavés ventrus, par places sertis de mousse et d’herbe chiche, le mur d’en face passablement décrépi, une descente de gouttière cabossée. Je sortis. Je refermai tranquillement la porte sur moi. Au moment qu’elle fut contre, tandis qu’appuyant sur le poucier du loquet je tenais la clenche encore levée, la serrure, qui n’était pas à pêne dormant mais à pêne demi-tour en biseau, ouvrable sans clef seulement de l’intérieur par un cor-de-chasse, claqua, m’interdisant toute marche arrière. Quelque chose de grave et d’irrémédiable avait connu sa révélation et son accomplissement.

Dans un joli vers, Delphine Gay de Girardin a chanté que, dans les choses de l’amour, le bonheur innocente. Je ne me sentais pas du tout heureux ; je me sentais à la fois soulagé et inquiet. Non pas inquiet qu’il m’en mésarrivât à l’occasion de l’aventure que je venais de vivre, comme je l’avais été en nouant l’affaire, mais inquiet de moi, inquiet de ce que j’avais appris de moi. C’est qu’en effet je ne me sentais pas du tout innocent non plus. Je m’engageais dans une voie étroite, à contre-sens de celle de la parabole mystique, et pourtant non moins contraignante ; une voie qui allait m’interdire les plaisirs de la voie large, et qu’on jugera pire ; une voie de refuites, qu’on ne peut s’ouvrir qu’à travers des ténèbres extérieures empêchant qu’un chemin soit montré. Je ne doutais pas de devenir de moins en mois innocent, et !
 je ne savais pas jusqu’où cela entraîne. J’ai cependant deviné que j’étais condamné à un succédané méprisable du bonheur : la satisfaction des sens, pour ne pas dire l’assouvissement.

Cédric S.

lisa.harris-9ofhj1eu@moncourrier.fr.nf

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