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Entre chien et loup

Oui, c’est encore moi Qaddour. Juste un truc qu’il faut que je dise, parce que ça me travaille trop, faut que je le sorte. Comme je vous l’ai dit, ça fait plusieurs mois qu’avec mon pote Barkass, ben on couche ensemble. Je vous avais raconté. La première fois qu’il s’est mis à genoux devant moi, je l’ai repoussé. J’ai honte. T’imagine le courage qu’il lui a fallu pour faire ça ? Je sais que je suis beau gosse et qu’il est grave amoureux de ma queue, mais quand même ! Je l’ai traité de pédé et tout, j’ai été nul. Alors que je me branlais sur sa petite gueule tout seul dans mon lit le soir. Et puis finalement je l’ai laissé baisser mon slip. Je me suis retrouvé les fesses à l’air, sucé par mon pote, jusqu’au jus, avalé jusqu’à la dernière goutte. C’est seulement là que je l’ai embrassé. Et puis le soir, on a passé toute la nuit ensemble, à la belle étoile, dans les bras l’un de l’autre, et je l’ai… je l’ai pris, quoi, je lui ai fait le cul, tu vois ce que je veux dire. C’était la première fois que je prenais les fesses d’un mec, et c’était le bonheur, mon frère, d’enfoncer ma teub dans mon meilleur pote, de le défoncer avec ce dont j’étais le plus fier, ce que je voulais le plus partager avec lui. Avant cette seconde, je savais même pas que c’était possible, mais quand j’ai été dedans j’ai compris que c’était ça que je voulais depuis toujours, lui donner le gros truc qui bouge dans mon calebute, le lui plonger dans le corps et jamais plus jouir ailleurs qu’en lui, lui réserver chaque goutte de ma virilité

Alors je l’ai baisé très doucement, jusqu’au fond, joue contre joue. On a joui l’un dans l’autre, et on s’est endormis. Cette nuit-là, je l’ai pénétré plusieurs fois. Depuis, dès qu’on peut, on fait l’amour. J’ai complètement arrêté de me taper des queues – et encore plus de me taper des meufs. Dès que personne peut nous voir, je lui roule un palot. J’aime trop sa petite gueule de mec, ses sourcils foncés, son air sérieux et presque inquiet, et puis d’un seul coup un rire. Bref, il me fait craquer, faut que je l’embrasse contre un mur. Si je le laisse faire, il a vite fait de trouver le code de la porte du bas, de l’ouvrir et d’empoigner la bête. Là je contrôle plus trop, les hormones me montent au visage, je prie pour que personne ne débarque et je me laisse aller à son plaisir. Et puis dès qu’on peut on passe une nuit ensemble, quelque part. C’est pas toujours facile, mais c’est là qu’on fait vraiment l’amour, on peut sentir notre odeur, mettre nos corps nus l’un contre l’autre, je peux lui caresser les cheveux quand il me tette le matin, la tête posée sur ma cuisse, normal quoi, comme avec une meuf si tu préfères. Je crois qu’on est amoureux

Bref ça c’est un peu nouveau pour moi, j’avais jamais rien fait avec un mec, c’est déroutant mais c’est pas ça qui me préoccupe. Moi je l’aime grave, ce petit gars, ça fait des années, je l’ai toujours protégé, il me fait une confiance totale. Longtemps avant qu’on commence à s’embrasser et tout ça, on a toujours su qu’on était prêts à mourir l’un pour l’autre, et d’ailleurs ça a failli arriver. Bien des fois j’ai pris des risques pour que personne touche à un cheveu de sa tête, et un jour il m’a presque sauvé la vie. Je revois la lame du couteau briller dans la nuit contre sa gorge. Il a pas cané, il m’a pas balancé. Pourtant il aurait fallu d’un rien pour que l’acier tranche sa peau et sa chair. Bref je donnerais mon sang pour qu’il lui arrive pas de mal

Pourquoi je te dis ça. Parce que des fois il m’arrive un truc bizarre. C’est toujours en voiture. Quand je suis en caisse avec lui, dans la Golf, à cent à l’heure. Hé ben des fois je sens monter… comment dire… moi j’appelle ça la bandaison noire. Une putain de gaule mon frère, qui monte tout droit des profondeurs de l’enfer. Je me sens devenir dur comme le pommeau de vitesses. Je sens les chevaux du moteur qui rugissent sous mon jean, mais c’est pas des chevaux, man, c’est des loups. Et une espèce de rage d’acier, tu sais, comme quand t’es en train de te battre et que d’un coup t’as la rage, la haine dans le ventre qui te propulse d’une droite dans la tronche du mec pour la défoncer. Ben là c’est pareil dans le slip, pareil dans le ventre, pareil dans la mâchoire qui grince, les dents pressées comme un étau, les muscles des joues tout durs. J’essaie de penser à autre chose, mais c’est plus fort que moi, ça grandit. C’est amer et raide. Et je finis par garer la bagnole sur le bas-côté, ou dans un cul-de-sac en bord de route. C’est toujours juste avant la tombée du jour. La première fois je lui ait fait « Vas-y, sors ! », mais genre entre les dents, sans douceur, comme à un mec qu’on va abattre. Il est sorti. Et depuis cette fois-là, j’ai rien besoin de dire. Il comprend et il sort. Et là ça dérape, mec, je le chope par la nuque je le balance en avant sur le capot, la tôle gueule, lui il se tait, la face dans les essuie-glace, je sors mon braquemart avant même de baisser son froc, et je l’encule d’un coup, de toute ma largeur, de toute ma force. Jamais il a fait un bruit. Pourtant il doit morfler grave. On n’entend que le couinement des amortisseurs. Et je le sens retenir son souffle, les dents serrées. Je reste dix secondes comme ça, la teub qui pulse, et puis je décule. Et là j’ai besoin de voir son trou, j’écarte ses fesses, je lui mets des doigts, je sors sa bite de sous son corps et je la tire vers l’arrière, je la fais pointer vers le bas, vers le pare-chocs. À chaque fois il bande comme une pute. Et là ça démarre : la main gauche le pouce dans son trou, qui l’ouvre vers le bas, les doigts sous son zob, sa paire de burnes dans ma paume ; la main droite sur sa nuque, pour bien appuyer sa tronche sur le métal ; et ma poutre qui pilonne, sans trêve, entre ses deux petites fesses rebondies. Il couine en silence, je l’entends à ses gestes, à sa manière de crisper ses mains sur le bord du capot pour pas finir dans le pare-brise, à ses yeux mis-clos, à sa gueule entr’ouverte, il a mal, la bite raide et le cul limé. Et puis j’entends un rugissement rauque qui me fout la trouille à chaque fois. Il me faut une seconde pour me rendre compte que c’est moi. C’est moi qui jouis. C’est là que je donne les pires coups de rein, je crois. « Prends ça ! » Je l’ai dit ou je l’ai pensé ? En tout cas il l’a entendu. Je lui inonde le ventre de l’intérieur en pilonnant la crème. Pile au moment où je vais ralentir, quand mon orgasme change de couleur juste avant de décroître, d’un seul coup le voilà qui se met à gigoter, avec des petits cris, comme une bête qui agonise, en balançant sa purée sur l’écran de calandre. Je l’abandonne. Un sentiment de fierté me fait lever le menton tandis que je remballe mon matos encore gonflé. Souvent je balance un crachat sur son corps à demi nu, sur sa chair lisse et encore chaude, tendre sur le métal du moteur. Ma vapeur bouillante se calme un peu, et j’ai à peine bouclé ma ceinture que j’ai honte, honte d’avoir fait ça à mon pote. Je m’en veux à mort. Le remords me fait une boule dans la gorge, je ne peux pas prononcer un mot, ni le regarder en face ; je peux juste regagner mon siège, claquer la portière et vite, vite tourner la clef de contact, briser le silence, cacher mes pleurs par le bruit des cylindres, tandis qu’il se rhabille en hâte dans la lumière des phares. Mais je ne pleure jamais, j’ai trop mal. J’ai déchargé ce que j’avais de plus noir sur mon meilleur ami. J’aurais pu le tuer. J’ai peur de ce que j’ai fait. La nuit m’enveloppe. Je suis un salaud. Chaque fois je me jure que c’est la dernière – et toujours, après quelques temps, je retombe. C’est plus fort que moi. Je me déteste

Ya juste un truc qui me donne un reflet d’espoir, une petite chandelle de lumière. C’est que lui, visiblement, il a pas peur. Pas du tout. Qui peut me croire ? mais je jure que c’est vrai. Moi ça me dépasse, je comprends pas du tout comment c’est possible, mais c’est comme ça. Ya pas un gramme de peur dans ses yeux, ni dans sa démarche, ni dans son odeur, quand il se lève pour sortir, se redresse, referme la portière, en sachant le sort qui l’attend. Alors que mon sang devient fou, lui il a ses yeux graves, son regard posé, celui qu’il avait le jour où il a failli donner sa vie pour moi – le même. Le soir, seul, quand je repense à ces yeux-là, je pleure, je sais pas pourquoi, ces yeux qui me traversent, j’ai la bite dure, le visage trempé de larmes, la gueule ouverte, muette, et je l’aime. J’ai jamais vu un mec aussi fort. Je veux pas le perdre.

Barkass

kkizdamasa@yahoo.fr

Autres histoires de l'auteur : Coude à coude - Hocine - Entre chien & loup - Déchirure - Mon pote Barkass - Je t’apprendrai - Brisure - T'es qui toi ? - La Soif

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