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Premier épisode - Épisode précédent

Mon âme au diable

Chapitre -03 : La magie est cachée aux mortels

Arrivé à Paris !

Mon ami est pour le moment ailleurs, je me débrouille donc pour me retrouver dans cette grande ville. Il est environ 21 h, la nuit ne va pas me surprendre tout de suite. Il fait beaucoup plus frais en France qu’en Italie, j’ai l’impression de mieux respirer même s’il fait tout de même chaud. Cependant avant d’aller me coucher je vais d’abord aller voir Frère Jacques.

Fidèle à moi-même je me suis perdu, j’arrive donc vers 22 h devant la bâtisse. Mince, le porte est close, de même que le parc. Je dois faire de l’escalade pour rentrer, heureusement il y a un peu de lierre qui me facilite l’escalade. Ma soudaine agilité disparaît et je glisse une fois de l’autre côté, un buisson amortit heureusement ma chute. Je m’extrais en ayant l’impression de me battre contre les branches qui essaient de me retenir. Puis essaie de retrouver le passage secret. Mais je ne reconnais rien, pourtant je me souviens que l’entrée est au pied du dernier contrefort ! Mais impossible de trouver le moindre indice sur l’ouverture. Alors que je commence à désespérer, j’entends la même voix d’enfant que l’autre fois suivi d’un soupir caverneux. En détaillant il est là, un léger halo bleuté entourant sa présence dans l’ombre du pilier.

– Vous revoilà seigneur Jean. Vous n’êtesstes pas partis longtemps.
– Oui, trois jours, mais j’ai la solution pour vous !
– Oh soyez béni ! Je ne saurai assez vous remercier ! Comment donc seigneur ?
– Il faut prononcer la formule du sort qu’il vous a lancé à l’envers. C’est un démon de la malice et du jeu qui vous l’a jeté. Il faut juste prononcer le sort en sens inverse.
– Mais... je ne sais pas ce qu’il m’a dit. Il m’a dit que je vivrais tant que ma chanson existerait et après je l’ai entendu…
– La chanson ?
– Oui seigneur.
– Et si c’était ça le sort justement ? Et à l’envers ça donne…

Je sors mon carnet de mon sac pour noter cette fameuse chanson. Puis lettre par lettre je la mets à l’envers avant de lire à haute voix :
- Gnod gnid gnid, senitam sel zennos, senitam sel zennos, suov zemrod, suov zemrod seuqcaj erèrf, seuqcaj erèrf.

Des larmes coulent sur ses joues sans âge alors que je le vois s’évaporer devant moi. Son souffle sépulcral murmure un merci avant qu’il ne disparaisse définitivement. Un grincement métallique derrière moi se fait entendre, la porte du jardin est ouverte. Je passe la grille qui se referme derrière moi, le loquet se remet en place. J’ai un frisson quand un courant d’air me frôle puis la tiédeur de la soirée reprend le dessus. Je regarde mon téléphone, 22 h 30, et un message demandant où je suis dans la capitale puisque je ne suis pas à l’aéroport. Avant que je réponde, je rentre dans quelqu’un et commence à tomber en arrière. Je me fais intercepter avant de toucher le sol.

– Jean ! Non seulement tu te perds, tu ne réponds pas aux SMS, mais en plus tu ne regardes pas où tu vas ! Et après tu t’étonnes que je te force à avoir un surveillant.
– Eeeeeh je ne me suis pas plaint finalement !
– Non par contre Emilio m’a dit la tête que tu as fait, donc je prends les devants. Et comme tu ne m’as pas donné de nouvelles pendant trois jours...
– Désolé, mais j’étais occupé !
– Pffff ouais heureusement que j’en ai eu de lui sinon j’aurais débarqué pour être sur que tu vas bien, dit-il en me serrant contre lui.
– Mais il aurait pu te mentir !
– Non, il me donnait des photos de toi comme preuve, je sais même que vous avez dormi dans le même lit, mais apparemment tu l’as gentiment recalé, rigole-t-il.
– En fait tu sais déjà tout.
– Oui ! Tu es mon meilleur ami, je dois veiller sur toi.
– Et tu sais où on va alors?
– On ? Et non je ne sais pas.
– Brocéliande, articulais-je pressentant le grand sourire qui va s’inscrire sur son visage.
- Oh my god ! Tu sais toujours ce qui me fera plaisir toi ! Je t’aime, dit-il en me broyant dans ses bras.
– Ouais ouais, allez rentrons chez toi j’ai faim et je veux dormir, dis-je en levant les yeux au ciel
– Toujours aussi ronchon, c’est toi le petit diable en fait. Il éclate de rire en me prenant par la taille.

Une fois chez lui, je retrouve avec bonheur son canapé où j’ai si souvent dormi. Il m’amène – torse nu et en jogging – une assiette avec du risotto, de la dinde et de la salade verte que je dévore comme un affamé. Puis comme je fais toujours, je m’allonge en posant ma tête sur ses jambes. Il a allumé la télé, mais comme il voit que je suis tourné vers lui il me regarde avec l’air «je sais que tu veux me dire un truc alors je t’écoute». Alors je le regarde dans les yeux en souriant avant de commencer à parler, qu’il s’impatiente un peu.

– Pourquoi tu te mets à moitié à poil ? D’ailleurs j’ai aussi l’impression que tu n’as pas de boxer.
– Il fait trop chaud ! Et c’est très confortable. Tu me dis si ça te dérange de me voir comme ça.
– Pffff, exhibitionniste !
– Vu ton sourire tu n’es pas gêné et…. eh tu m’as dérangé juste pour me dire ça ?!?
– Bah ouais, dis-je en finissant de me tourner.

J’ai droit à une petite tape sur les fesses qui me fait gémir doucement. Je rougis alors qu’il est mort de rire. Même s’il connaît tout de ma vie sexuelle, le savoir et l’observer c’est différent. Avant d’être encore plus rouge je fuis dans la salle de bain pour faire ma toilette et lui demande la place complète sur le canapé une fois fini. Il rigole de me voir ronchon, me souhaite une bonne nuit en ébouriffant mes cheveux et de prévenir Emilio que je suis en sécurité. J’ai gagné un ami, mais celui-ci s’inquiète déjà de la catastrophe ambulante que je suis. Je le préviens sur son adresse perso en précisant que je me couche, je n’oublie pas de dire où je suis et que je ne me suis pas perdu. Oui c’est un mensonge, mais je le rattrape en disant que c’est surtout que j’ai eu mon guide habituel rapidement. Je me rappelle ce que disaient mes parents sur le mensonge – et sur l’homosexualité aussi – que ça fait finir en enfer. Je suis aujourd’hui amusé de me dire que je vais y finir, mais avec un de ses habitants. Enfin s’il y est. Peut-être qu’il vit dans un Paradis. Je m’endors en rêvant d’un endroit merveilleux où mon amoureux est présent, me souriant, avec moi.

Le lendemain matin je suis une vraie pile électrique. Je me lève bien avant l’heure prévue et me prépare ainsi que mes affaires. Je vois la réponse d’Emilio qui me demande des nouvelles au moins une fois par semaine sur l’évolution des recherches, j’apprécie son intérêt et le fait qu’il ne me demande pas des nouvelles quotidiennes, j’ai déjà mon meilleur ami qui est parano, non sans raison je le sais ! Et moi je ne fais jamais ce qu’il faut pour le rassurer, preuve en est des trois jours qui viennent de s’écouler.
Je suis en train de préparer un petit déjeuner «équilibré» selon les règles alimentaires de mon ami qu’il arrive dans la cuisine.
– Bonjour mon petit Jean ! Bien dormi ?
- T’es obligé de toujours te promener à moitié à poil ? m’exclamais-je.
– Toujours quand il y a quelqu’un chez moi ! Et surtout pour que tu profites de la vue, dit-il en m’attrapant pour m’ébouriffer les cheveux.
– OK t’es pas mal, mais...
– Oui oui je sais il était parfait, désolé de n’être qu’un humain ahah, me coupe-t-il.

Je souris. De toute façon il est depuis toujours à l’aise avec son corps, je ne compte plus le nombre de fois où je l’ai vu nu depuis qu’on se connaît enfants. Perdu dans les souvenirs du passé, il me tire de ma rêverie en rappelant que je veux partir rapidement pour la Bretagne. Je termine mon repas, pressé qu’on roule. On a environ cinq heures de trajet qui passent vraiment très vite vu les deux pipelettes que nous sommes. J’adore ces moments avec lui où on parle vraiment de tout sans tabou, il m’explique ce qui s’est passé pour qu’il soit désormais célibataire. Et moi je lui parle de la tentative de drague d’Emilio qui a agi comme un gentleman. Bref, les grands arbres se dressent désormais devant nous. La cloche du village proche sonne douze coups alors qu’on rentre dans le bois à pieds.

On passe l’après-midi à se promener. Oui, se promener. Pas le moindre indice sur une présence magique dans les bois, j’ai beau regarder partout. Je suis déçu, je pensais avoir des résultats plus rapidement. Mais il faut rester positif, rien ne nous presse maintenant. Juste nos comptes en banques qui ne vont pas nous permettre de dormir à l’hôtel très longtemps. Pendant trois jours c’est la même chose, on découvre tous les chemins de la forêt, on rentre épuisé le soir. Malgré les brochures et les légendes récoltées auprès des gens du coin, beaucoup n’y croient pas et les répètent simplement comme des histoires. Et vu qu’on ne trouve rien de magique, je commence presque à désespérer et croire que l’homme a vraiment relégué les créatures magiques de ces bois au rang de contes pour enfants.

Le quatrième jour, mon ami est presque plus motivé que moi à retourner dans les bois. Les autres jours il semblait un peu perdu et perplexe, mais son envie de voir des fées le stimule désormais et sa bonne humeur est contagieuse. Heureusement qu’il est là comme d’habitude. Devant la même entrée de la forêt qu’il y a trois jours, il me fait un signe encourageant. On commence donc notre journée de recherche. Le temps gris du jour change notre perception, il fait beaucoup plus sombre sous les grands feuillages, l’épais silence rend plausibles les histoires que nous savons être vraies. Une pénombre grise se met en place, l’air est chargé d’humidité. Plutôt que de suivre les chemins, on décide de suivre les sentiers des animaux cachés entre les fougères. Je n’ai pas peur de me perdre même sans réseau téléphonique, je suis avec un expert qui sait utiliser une carte et une boussole pour nous diriger. La ligne du sentier court longtemps entre les arbres, je perds toute notion du temps, je suis simplement mon ami qui ouvre la route. Perdu dans mes pensées et les yeux fixés sur ses fesses – ma foi agréablement moulée dans son pantalon de rando – je ne remarque qu’il s’est arrêté qu’en lui rentrant dedans. D’une main experte par les années passées à me rattraper, son bras me saisit alors qu’il est toujours à fixer devant lui.

– Je n’en reviens pas que tu t’en sortes dans la vie seul vue comment tu es maladroit Jean… Je n’aurais jamais dû te laisser accepter ce boulot à la campagne. Bref. Tu ne trouves pas que les arbres sont plus épais ici ? me demande-t-il en se tournant vers moi.
– Euuuh, je regarde autour de moi l’air hagard, si tu as raison.
– Tu m’as simplement suivi sans regarder autour de toi ? Tu pensais à quoi ?
– Et bien, je pensais que tes vêtements t’allaient bien et je pensais à lui, marmonnais-je en rougissant.
– On n’est pas rendu si tu es comme ça Jean, soupire-t-il en secouant la tête.
– Désolé, il me manque tellement, je suis épuisé et j’ai envie de… enfin tu vois…
– Pas la peine de rougir j’ai compris. Je peux me sacrifier si vraiment tu as envie, mais je ne pense pas te suffire, dit-il en éclatant de rire en même temps qu’il retire une mèche de devant ses yeux.
– Ouais. On peut faire une pause ? murmurais-je les épaules basses.
– Il y a un trou dans les fougères là-bas, on y est presque on va s’y asseoir d’accord ?

Je soupire, je n’ai jamais tant marché de ma vie. C’est ça de passer son temps dans un bureau à travailler, même si je ne mange jamais beaucoup pour ne pas grossir je ne suis pas habitué à tant d’exercice. Arrivé dans le cercle libre de végétation, il y a même un espace dans le feuillage qui permet de voir le magnifique temps gris de Bretagne, qui n’est finalement pas pire que la grisaille parisienne. OK, je suis mauvaise langue, mais je reviens d’Italie avec un temps superbe… Je m’écroule sur un caillou haut pour poser mes fesses dessus en soupirant. Je regarde mes vieilles tennis et les chaussures de marche de mon ami. Lui doit avoir moins mal aux pieds, puis surtout il est tellement habitué à faire du sport, c’est trois fois rien pour lui, je ne sais plus les différentes activités qu’il fait puisqu’il change souvent entre la course, l’escalade, la nage, quoi d’autre encore…

J’ai l’impression que je suis assis depuis deux minutes qu’il se met à pleuvoir à verse. Je me mets à pester, pourquoi le soleil ne peut-il pas continuer à briller puisqu’on est en été ? On rejoint rapidement la plus proche barrière végétale pour éviter de se faire tremper. J’ai l’impression de faire une overdose de chlorophylle tellement tout est vert dans cette forêt, ça fait du bien de voir un sol marron et des roches. D’ailleurs d’où nous sommes, en surplomb, je détaille un peu plus. La litière de feuilles mortes en dégradation recouvre le sol, seuls les grands rochers comme celui sur lequel je me suis reposé égayent ce trou de verdure. Disposées à peu près en cercle, j’imagine sans peine qu’elles étaient debout il y a quelques millénaires comme un Stonehenge en plus modeste. Je vais ouvrir la bouche pour parler quand je me retrouve entortillé dans une sorte de tente étouffante imperméable. La pluie qui n’arrête pas et l’impossibilité d’avoir un parapluie dans les bois fait que mon ami nous couvre de la chose la moins sexy du monde après un K-way : une pélerine. Alors que je grommelle contre je ne sais quelle divinité de la météo, je vois mon blond chercher tout autour de nous.

– Qu’est-ce que tu cherches ? Ta virilité ? Je ricane à ma blague totalement nulle.
– Vas-y rigole, au moins tu es protégé de la pluie. Non je cherche ma boussole, je l’avais dans la poche…
– Bah regarde où on était assis elle ne doit pas être bien loin, dis-je en soupirant, et après c’est moi Gaston Lagaffe, je rajoute en murmurant.

Il m’entend et a un petit sourire puis repart vers les roches pour voir si en nous asseyant elle n’est pas tombée, mais il revient bredouille, dépité et humide. On va devoir s’en sortir juste avec une carte. Enfin comme le sentier que nous avons suivi était tout droit, la sortie va être simple à retrouver. On repasse à travers la clairière en regardant à nouveau partout, mais toujours sans succès dans la quête de la fameuse boussole. Tant pis, on en rachètera une quand nous serons de retour dans la civilisation.

Notre marche reprend durant un long temps. Ma montre s’est arrêtée je ne sais pas pourquoi, nos téléphones également vidés, c’est donc le peu de ciel que l’on voit qui nous informe de l’heure. Enfin moi je n’en sais rien, je suis le parfait produit de nos contrées capitalistes ayant oublié tous les instincts sauvages. C’est au moment où je sens mon ventre gargouiller que l’on cherche où s’arrêter pour manger. Les racines proéminentes d’un chêne centenaire servent de siège pour ne pas être sur le sol détrempé. On mange en silence, écoutant la pluie sur les feuilles et les bruits de la forêt. Des oiseaux au loin. Mais aucun signe de présence humaine, pas un avion n’est visible entre les branches. C’est le calme total. On fait attention à ne pas laisser de traces, j’ai l’habitude dès que je vois un déchet de le ramasser pour le mettre dans une poubelle. Et on continue de marcher encore et encore. Depuis le temps qu’on marche, on devrait retrouver l’orée des bois non ?

Quand mon ventre réclame un goûter, les arbres s’écartent. Et on retombe sur cette clairière que nous avons quittée il y a des heures. Quoique non, ce n’est pas la même, il y a un cercle de champignons au milieu. À part ça j’ai tellement l’impression que c’est la même, ce rocher où je me suis assis, le surplomb… perdu sur sa carte alors que je regarde autour de nous, son visage s’éclaire : nous n’avons pas pris le bon sentier, mais un qui nous a fait faire un cercle dans les bois. Le bon était un peu plus à gauche. C’est parti, la marche continue. Je suis un peu à la traîne, car le sol boueux accroche mes chaussures, je trébuche sur les racines. Mais je sais que je peux lui faire confiance, bientôt nous serons à boire un chocolat chaud à l’hôtel pour se réconforter d’une nouvelle journée infructueuse !

Sauf que plus rapidement cette fois, la clairière retombe devant nous. La même ? Non toujours pas, même si elle y ressemble une pierre est dressée. Pourtant à aucun endroit sur la carte il n’est noté qu’il y a plusieurs Clairières des Menhirs. D’ailleurs il n’y a pas de clairières sur la carte. Et le plus étrange c’est que nous n’avons pas croisé les ruisseaux traversant la forêt. Bon, prenons le sentier à gauche de celui que nous avons pris, peut être qu’il va nous conduire ailleurs ? Eh bien non, encore plus rapidement on retombe sur le même lieu, encore un peu différent : la moitié des pierres sont debout. Sentier à gauche, et rapidement, même clairière. Je pense à la maison qui rend fou dans ce film que j’adore, qui aurait cru que cette sensation puisse arriver réellement ? Sauf qu’une seule pierre est encore à terre, celle sur laquelle nous nous sommes appuyés tout à l’heure. Comme pour nous narguer, la boussole est là, sagement posée, attendant qu’on la ramasse. Mon ami s’en saisit avant de se tourner vers moi après l’avoir regardé.
– Pitié dis moi que tu ne vois pas la même chose que moi… marmonne-t-il en me tendant l’objet.
– Hum, euh, c’est normal que l’aiguille qui montre normalement le nord tourne dans tous les sens ?
– Non, ça veut dire qu’on ne sait pas où on est.
- C’est une bonne nouvelle ! dis-je avec un air réjoui.
– Ah bon pourquoi ? Tu aimes être perdu dans les bois avec ton meilleur ami ?
– Bah regarde tout ça : d’abord ta boussole qui disparaît, puis le cercle de champignon, les pierres qui se relèvent, tous nos objets électroniques qui se vident, et le fait qu’on sache où nous sommes tout en étant perdus. Y a de la magie dans l’air tu ne crois pas ? J’ai l’impression de le sentir.
– Mais bien sûr, il faut se perdre pour trouver l’introuvable ! Mais que va-t-on trouver ?

Sa question est interrompue par un bruissement. Un énorme sanglier, gros comme un hippopotame nous regarde d’un œil torve avant de décider de nous ignorer et de chercher à manger entre les arbres du bord de la clairière. Ses énormes défenses ne sont pas rassurantes. Dès qu’il ne nous regarde plus, nous reculons doucement sans bruits et disparaissons de sa vue. Pour une fois on a pris un sentier à droite de l’endroit par où nous sommes venus à cause de l’immense animal. Je m’attends à revoir rapidement le lieu que nous venons de quitter, mais ce n’est pas le cas, un long temps s’écoule à marcher alors qu’une pluie diluvienne reprend. Il fait tellement sombre, je n’ai pas l’impression d’être en journée et j’ai de plus en plus faim. Je ne suis pas le seul à ne pas en mener large, que faut-il faire ?

Je trébuche une fois de plus, je me rattrape à ce garçon sans qui je serais perdu depuis bien longtemps avant de lui dire que je suis vraiment épuisé, mais plutôt que de s’arrêter il fait quelque chose qui me surprend une fois de plus. Il ouvre sa pèlerine pour me coller contre son torse et utilise la mienne comme un harnais pour me fixer sur lui. Moi qui avais froid, je suis réchauffé contre ce corps musclé et brûlant – pas autant que celui de mon chéri – que je découvre une fois de plus depuis tout ce temps. Il n’arrête jamais de me surprendre.
– Je ne suis pas trop lourd ?
– Tu as jamais été lourd mon ptit Jean, même si tu es plus grand que moi. En plus depuis quelque temps tu n’arrêtes pas de maigrir. Je te lâche plus d’une semelle, de toute façon tout est réglé pour les ventes et ton appart.
- Quoi ? m’écriais-je hébété. Tu as été super vite !
– C’est mon métier je te rappelle, je suis pas juste avocat. Et revoilà la clairière…

La pluie s’est arrêtée donc nous retirons nos tentes. Je me sens mieux après avoir été porté... combien de temps ? Encore une fois il y a eu de la magie qui est intervenue, car la nuit est tombée, je ne suis pas le seul affamé et la clairière est encore là. Les hauts menhirs sont impressionnants dans le noir. À nouveau un bruissement se fait entendre dans notre dos, nous faisant sursauter. On se tourne en même temps, prêt à fuir face à la bête. Mais ce n’est pas celle que l’on pensait : un grand cerf blanc sort élégamment des bois, s’avance vers nous. D’un blanc pur qui rayonne comme une douce lune dans l’obscurité, une immense ramure semblable à de l’ivoire, l’animal nous observe de ses yeux doux remplis d’intelligence. Il est tellement beau… je lève doucement la main pour essayer de le caresser, un cerf blanc comme ça, s’il n’est pas magique je veux bien être changé en arbre. Je me sens un peu stupide, essayer de caresser une créature qui a l’air de savoir tout ce que je pense simplement en me regardant. Il renifle ma main, approche son museau. Au moment où j’allais poser ma main une voix me fait sursauter :

– Ne le touche pas, vil mortel !

Je me tourne vers celui qui a prononcé ces mots. Lui aussi scintille légèrement dans le noir. Une cape à capuche couvre ses vêtements de la couleur du bois. Seul son visage fin et triangulaire, ses lèvres fines et pâles, sa peau blanche, ses boucles blondes sont dénudés. Des bras finement musclés sont visibles parce qu’il nous pointe avec un superbe arc bandé, aux sculptures végétales incrustées. Devant son visage froid, je suis sûr que ses flèches acérées nous atteindraient tous les deux en quelques secondes. Je ne sais quoi dire ou faire et devant le regard émerveillé de mon ami ce n’est pas de son côté que l’aide va venir, il voit un elfe son esprit a buggé. Deux choses se passent avant que je ne réagisse. Le grand cerf se place devant nous et touche de son museau notre front chacun notre tour. Puis un autre elfe, presque le sosie du premier, mais aux cheveux roux et une cape bleue arrive en bondissant sur une branche derrière le blond. Son visage n’exprime pas de dégoût ou de colère, mais plutôt de la curiosité.
– Qu’est-ce que tu fais Dagor ?
– Ne t’occupe pas de ce que je fais Kelvar, ces mortels n’ont rien à faire ici, Oberon a été très clair nous ne devons plus avoir de contact avec ces êtres inférieurs, crache-t-il avec mépris.
– Ils ont traversé le cercle, le gardien les a laissé passer, ils ont été touchés par l’esprit de Cernuros, tu ne peux pas prendre toi la décision de les tuer. Laisse-moi-les emmener voir Manadhiril, elle saura quoi en faire, dit le dénommé Kelvar d’une voix apaisante.
– Tu leur fais confiance ?
– S’ils sont arrivés jusqu’ici c’est qu’ils ne sont pas dangereux, ils ont passé toutes les protections. Et s’ils voulaient vraiment faire quoi que ce soit, je leur tranche la gorge avant qu’ils puissent dire ouf.
– D’accord, mais fais attention mel, dit-il d’une voix mélangeant colère et douceur.

Je suis un peu perdu par cet échange, le roux est-il Kelvar ou Mel finalement ? Ce qui est sûr c’est qu’il est plus sympathique que le blond qui l’apprécie voire plus. Il saute au sol, s’approche du blond et l’embrasse sur les lèvres avant de nous sourire et de nous inviter à le suivre. Dès que nous sommes hors de portée des oreilles de son compagnon, il se met à discuter avec nous. Enfin, il pose des questions et nous ne pouvons que répondre : comment est le monde des humains maintenant, ce qu’on fait dans la vie. Il nous demande également si nous sommes en couple, car à part dans l’antiquité sinon il sait que c’est mal vu chez «les mortels». Sa curiosité est tellement naturelle, ses yeux marrons doux et son visage d’une telle beauté radieuse que nous répondons à toutes ses questions ; Il semble déçu de savoir que nous détruisons la planète, il est surpris par nos métiers qui n’existaient pas au moyen âge quand les créatures magiques se sont cachées aux hommes, non nous ne sommes pas en couple, mais sommes tous les deux attirés par les hommes. Il nous dit être content de savoir que les «mœurs antiques» ne soient plus prohibées. Je tempère sa joie en disant que c’est assez mal vu par beaucoup encore même si c’est toléré. Il soupire avant de nous avouer que c’est également le cas dans son peuple, il est le seul en couple avec un elfe. Chez eux c’est mal vu, car ils font tellement peu d’enfants malgré leur immortalité… Il nous explique que pour ça qu’il adopte toute sorte de petits, surtout des animaux. Même un bébé humain une fois ! Quand il est devenu grand, il est tombé amoureux d’une elfe et ils ont eu des enfants dont les faits sont devenus légendaires. Je n’ose pas l’interrompre, je le trouve très bavard contrairement à son amoureux. Au moment où il reprend son souffle, mon ventre en profite pour quémander une fois de plus à manger.

– Vous avez faim ? Mais il fallait me le dire ! Puis vous avez peut-être des questions, on a encore un petit peu de chemin pour aller au cœur de la forêt. Tenez, mangez, c’est des gâteaux au miel et des baies.
– Merci Mel.
– Ahahah, je ne m’appelle pas Mel, moi c’est Kelvar. Mel ça veut dire Amour, Dagor me le dit, car c’est mon amoureux.
– Et ton nom il veut dire quoi ? Moi c’est Jean.
– Enchanté Jean. Kelvar ça veut dire animal, car j’adore les animaux. Vous êtes aussi des animaux, plus intelligent, mais quand même. On est tous des animaux. Enfin c’est ce que je pense. Dagor me dit que je devrais plutôt m’appeler Gavrol, bavard, il n’a pas tout à fait tort. Lui il est un peu plus sauvage, c’est ce que veut dire son nom ; enfin ça veut dire Bataille ou Guerrier ça lui correspond bien. Y a que au lit qu’il est moins brut. Pardon j’espère ne pas vous gêner !
– Non non ne t’en fait pas, on sait ce que c’est, dis-je en ayant un peu rougi d’imaginer ces sublimes créatures faire des choses intimes.
– Ah, tant mieux, je parle tellement, une vraie pie bavarde ! Je ne veux pas vous choquer. Enfin ton ami n’est pas bavard non plus.
– Je crois qu’il est ébahi de voir des elfes, c’est son rêve depuis toujours alors il est émerveillé.
– Oui ça se voit ahah ! Et sinon pourquoi vous êtes venu dans notre forêt ? s’enquiert-il toujours aussi curieux.
– Je t’avoue qu’on est venus ici pour avoir des informations.
– Des infos ? Manadhiril sera parfaite pour vous aider alors, elle sait tout et comme elle voit le futur… C’est la Dame Devineresse. Après j’espère qu’elle ne va pas décider de vous faire enfermer en attendant de voir le roi, il est parti pour la Grande Chasse et ne reviendra pas avant l’hiver... Même la reine Titania est partie avec lui, mais elle reviendra à l’automne, ça vous fera moins long à attendre.
Mais pourquoi on serait emprisonné ? On ne vous veut aucun mal, je veux juste retrouver quelqu’un…

Et je lui explique tout le problème rapidement. Il comprend, des «amours impossibles» entre mortels et créatures magiques, ça ne date pas d’hier. Et même s’il semble très amoureux de Dragor, mon ami semble ne pas le laisser indifférent… mais il nous conduit devant la Dame Elfe qui va nous aider à retrouver mon diable. Un grand saule pleureur recouvre une cabane construite dans diverses écorces dont je reconnais du chêne et du bouleau. De la fumée sort par une petite cheminée, la porte est un tissu vaporeux gris ressemblant beaucoup au manteau des elfes. Une fois à l’intérieur, une grande femme au visage fin, les oreilles pointues, les cheveux tressés lui arrivant à la taille nous attend, fixant les deux humains sans vraiment les voir, comme perdus dans les limbes du passé ou du futur. Quand ses yeux bleus se posent vraiment sur moi, ils me transpercent et lisent comme un livre ouvert, mais je me sens apaisé. Mais avant que quiconque prenne la parole, sans salutations, elle dit d’une voix profonde :

– Je n’ai rien de ce que vous cherchez ici, il faut que tu ailles en Allemagne chercher Alterbo, lui aura peut être des réponses. Melendil, amis des elfes, amours humains, repartez paisiblement, je suis navrée que vous n’ayez rien pu trouver ici. Pour nous pardonner prenez ces dagues elfique pour vous protéger ainsi que ces capes pour vous réchauffer. Dragor et Kelvar vont vous reconduire aux abords de la forêt. Vous avez notre bénédiction. Et même si je ne peux pas t’aider, Jean, ne désespère jamais, tu le retrouveras.

Kelvar me tire par la manche, nous sortons tous les trois, j’ai presque la bouche aussi ébahie que mon ami. Les fées sont décidément très étranges, les us et coutumes ne sont pas les mêmes que nous. Nos cadeaux en mains nous repartons en sens inverse, apercevant au loin, au sol ou dans les branchages, des elfes de tout âge et toute apparence. Certains comme La Dame ou nos guides sont très humains, d’autres semblent plus proches du végétal. Ils chantent, jouent, dansent, s’entraînent à l’arc ou la dague pour les plus jeunes, mangent, bref vivent, mais dans une joie et une insouciance que je n’ai jamais vues. Si je n’avais pas ma recherche à faire je les aurais probablement suppliés de rester et je pense ne pas être le seul à avoir cette envie.

L’aube pointe lorsque notre guide joyeux retrouve son elfe grognon, il lui saute dans les bras comme n’importe quel amoureux avant de l’embrasser avec passion. Un sourire se dessine sur mon visage ainsi que sur celui du guerrier et il me semble même voir une bosse se former. Ils parlent dans ce qui doit être de l’elfique avant de nous entraîner à travers les arbres. Nous suivons ce joli couple qui se tient la main, heureux, protégé de l’intolérance et de la bêtise humaine. Je sors l’appareil jetable que j’avais pris dans mon sac pour les prendre en photo, la lumière du flash me trahit. D’abord surpris de cet «éclair sans tonnerre», ils m’écoutent leur expliquer que je les ai trouvés tellement beaux que je voulais un souvenir d’eux. C’est Dragor qui semble flatté et me propose de continuer à le prendre en photo avec mí mel comme il dit. J’allais utiliser toute la pellicule, mais dans les dernières il me demande de nous prendre tous ensemble. J’enclenche le petit retardateur après avoir mis en place le cadre et ceux qui le composent puis les rejoins. Ensuite nous allons vraiment à la sortie des bois. Kelvar veut nous suivre le temps qu’on édite les photos, il veut les avoir lui aussi et profiter de découvrir le monde moderne. En échange de cela, lui et son chéri nous donnent la recette des galettes au miel que nous avons mangé et leur collier qui permettra de les retrouver pour leur montrer nos chéris – même si Dragor parie que c’est nous deux qui serons en couple – pour passer un peu de temps à découvrir les coutumes des autres.

Le temps de trouver un photographe dans le village pour éditer les photos, nous passons soit pour des fous soit pour des Cosplayeurs fan de fantasy. Par précaution nous avons tous mis la capuche, il fallait surtout cacher les vraies oreilles pointues... J’ai le même manteau bleu que Kelvar, mon ami le vert comme Dragor, ça va tellement bien avec ses cheveux blonds. Une fois les photos en double exemplaire et les bagages récupérés à l’hôtel, nous retournons à Brocéliande en voiture. Kelvar est comme un fou dans le véhicule, je suis sur qu’il s’adapterait très bien à notre monde. Pour calmer sa joie et lui dire qu’il fait mieux de rester dans ses bois, je précise que la pollution est en partie due à ce type de locomotion. Il se renfrogne un peu et me dit que je lui gâche son plaisir ; je suis amusé, car sa moue ressemble à celle de son chéri quand il fait la tête.

Le couple immortel découvre en même temps les portraits que j’ai tirés, ils sont trop chou, j’aurais bien pris en photo ces yeux pétillants comme ceux des enfants qui découvrent des merveilles. Même s’ils sont bien plus beaux que les humains que nous sommes, leurs photos favorites sont celles où nous sommes tous les quatre. J’aime beaucoup comment Dragor a changé d’avis sur nous... J’ai donc maintenant une obligation de ramener le «truc à image» pour en faire d’autres quand on se reverra. Après cette requête obligatoire l’un des deux nous salue simplement avant de disparaître dans l’ombre – il nous apprécie, mais pas encore tant que ça, il est un peu brut – tandis que l’autre nous serre dans ses bras. Il m’avoue alors qu’une larme lui échappe que je lui fais penser au bébé qu’il avait eu il y a des siècles, me dit en rigolant que dès qu’il voit mon démon il le menace de le tuer s’il ne m’offre pas la vie éternelle. Je serai moi aussi déçu de ne pas pouvoir passer une éternité aux côtés d’un amour pareil et des deux amis que je me suis faits ici, il faudra juste que mon meilleur ami et son chéri aient la même faveur sinon je perds beaucoup.

Alors qu’il disparaît à son tour et que je sens la magie féerique s’évaporer, je range précieusement tous les cadeaux que nous avons eus. J’espère que nous n’aurons pas de problèmes à la frontière...

Pititgayy

pititgayy@gmail.com

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