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HISTOIRE

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Premier épisode - Épisode précédent

Mon âme au diable

Chapitre -04 : Alterbo

Avant de partir pour l’Allemagne, nous sommes repassés par la capitale française pour préparer un minimum l’excursion, faire quelques lessives et surtout me trouver des vêtements un peu plus adaptés aux expéditions. Mon ami avait bien des vêtements en doubles, mais à part pour les chaussures où nous avons la même pointure, sinon je suis plus grand et moins épais que lui. Mais il y a une boutique spécialisée dans Paris et il insiste pour me faire des cadeaux. Je n’aurais jamais dû le laisser prendre cette commode, je vais entendre des remerciements encore pendant des années je le sens…

Une fois la grosse facture payée, nos vêtements propres et les bagages faits, nous partons, mais pas avec ma voiture cette fois, ce n’est pas qu’il ne l’aime pas, mais la sienne est quand même plus confortable pour faire les 400 km nous séparant de la forêt Noire en Allemagne. On va d’abord se rendre dans la ville de Baden-Baden vers le Nord-ouest des bois, autant en profiter pour visiter la région. Par contre ce qui me fait peur, c’est qu’on mette énormément de temps à se perdre dans cette immense forêt étalée sur plus de 200 km de long avec ses différents paysages, dense au nord, plus aéré dans le centre et avec des montagnes dans le sud. Je me souviens qu’au collège nous étions partis en Allemagne vers Stuttgart et étions descendus vers le sud pour visiter le Château de Hohenzollern et celui de Liechtenstein, déjà à une trentaine de bornes à l’Est de la forêt en elle-même, tout en étant une région très boisée. C’est vraiment le territoire où on se met à croire aux histoires des Frères Grimm, aux contes de fées, au Petit Chaperon Rouge et au Grand Méchant Loup. Je me mets soudainement à regretter que Kelvar et Dagor ne nous aient pas accompagnés, je n’ai pas envie de servir de déjeuner à une créature du monde que je découvre – je suis sur que je ne suis pas le seul à partager ce point de vue – ni de mettre des mois à trouver ce que je cherche.

À la séparation entre la France et l’Allemagne, des agents de la police allemande nous demandent de nous garer sur le parking de l’aire de repos entre les deux pays. Contrôle de routine, permis, papiers du véhicule, mais également un test pour l’alcool et les drogues lorsqu’ils nous font descendre du véhicule. Je les trouve drôlement exigeants, ça se voit pourtant bien que nous n’avons pas un comportement étrange. De plus les demandes se font en anglais, car je ne comprends plus un mot de la magnifique langue germanique. Et ça ne s’arrête pas là : nous sommes fouillés, puis ils demandent à voir dans notre coffre. Nous obtempérons pour ne pas avoir de problèmes, de toute façon nous n’avons rien à nous reprocher. Quoique lorsque le coffre est ouvert je me souviens et vois directement nos deux capes elfiques dans lesquelles j’ai rangé les deux ceintures avec les dagues. J’essaie de ne pas laisser mon visage se décomposer alors qu’ils regardent partout sans toucher nos affaires, amènent un chien pour détecter si nous avons de la drogue, même un détecteur de métaux sur nos affaires pour identifier une potentielle bombe. Je ne comprends pas, ils passent à chaque fois le nez au-dessus de nos capes, mais rien ne bipe et ils semblent ne pas les voir. Après une heure de fouille intensive – où j’ai peur qu’à tout instant ils décident de faire une fouille interne – les quatre hommes nous laissent repartir avec une dernière mise en garde. Ouf…

En début d’après-midi, nous arrivons enfin à Baden-Baden, qui mélange modernité et ancienneté, mais surtout ce côté assez opulent du fait que c’est une ville avec une réputation thermale. D’abord, on commence par récupérer la location que nous avons pour la nuit à venir, il y a plusieurs choses que l’on veut voir en ville et une nuit pour couper les visites ne sera pas de trop pour profiter sans se presser. Ce soir notamment il y a le rassemblement des ancêtres, de quoi glaner des informations sur ce qu’on cherche dans les histoires racontées par les anciens. En attendant on va visiter deux des musées les plus importants de la ville, en commençant par le Musée Frieder Burda. Nous n’y restons pas, le bâtiment en lui même est très moderne et l’art aussi. Rabattons-nous sur le Café König pour déguster une délicieuse forêt noire avec un bon chocolat chaud viennois pour un goûter tardif. Je dois négocier avec le blond de pouvoir régler les mignardises, qu’est-ce que c’est chiant d’être pauvre à côté d’un riche avocat parisien ! Qui plus tard va insister jusqu’à ce que je cède pour payer le repas du soir, consistant en un rôti de porc bavarois avec quenelles de pomme de terre et salade de chou, et, bien évidemment, une bonne pinte de bière – qu’on partage en deux, c’est plus un litron qu’une pinte. Le temps de manger il est 21 h, on se dirige vers ce que j’ai décidé d’appeler la Place aux Histoires.

Arrivés au Rassemblement des Ancêtres, on voit de suite qu’il y a des meilleurs conteurs que d’autres ou des histoires un peu plus intéressantes. On avance en laissant nos oreilles traîner un peu dans tous les sens. Les histoires les plus populaires et que l’on comprend sont celles que l’on connaît tous, principalement celles des Frères Grimm. Tous les conteurs ont cependant un public, même s’il ne s’agit que de quelques personnes.

– Tu as vu le petit vieux là-bas ? Dans le coin sur le tabouret, dit mon ami alors que je le regardais interrogatif, avec la barbe longue et maigre comme un clou.

Je regarde dans la direction pointée et vois effectivement un vieillard qui me fait immédiatement penser à Merlin dans le dessin animé de Disney. Il n’y a personne devant lui et pourtant ses lèvres bougent comme s’il racontait une histoire. Lorsqu’on vient devant lui, il s’arrête quelques secondes et un sourire s’étire sur son visage fripé comme un Shar pei. Il reprend son histoire, mais encore une fois c’est, comme la plupart des narrateurs de l’endroit, de l’allemand.

– Do you speak english ? le coupais-je, certain que ses histoires valent la peine d’être entendues.
- Nein, aber französisch ja.
– Pardon ?
– Je vous disais que je parlais français, reprend-il d’une voix chevrotante. Vous voulez entendre mon histoire sur l’homme des bois et son ours ?
– Avec plaisir oui, dis-je enthousiaste. L’homme des bois, serait-ce le fameux Alterbo ?
– Aaahh, vous avez entendu parler de cette vieille légende… je suis froh... content, excusez, mon français est peu approximatif... Also, il était une fois au milieu de la wald – du bois – ein vieux ours. Tranquille dans la forêt, personne ne venait le déranger, il n’y avait pas d’hommes à l’époque… quand ils ont commencé à s’installer, ça ne lui a pas plu nein, on ne coupe pas les arbres du protecteur. Il les a donc chassés. Mais ils revenaient, plus nombreux, plus courageux. L’ours a demandé l’aide des créatures de la forêt, notamment des esprits. C’est au cœur de la Black Forest que les loups, ses alliés, ont créé les premiers Wolf Menschen, loups-garous. Ça n’a pas empêché les Hommes de revenir, encore et encore. Le chasseur est devenu en même temps chassé, les humains avaient compris que s’il mourait, ils seraient tranquilles. Ils l’ont traqué jusqu’au cœur des bois, l’ont acculés contre un mur de pierre, et c’est là qu’ils ont fait l’erreur de croire qu’il était plus animal qu’eux. Peut-être que c’était un ours en apparence, mais c’était aussi un esprit. Aucun n’a survécu au geyser qui forme aujourd’hui une des sources du Stausee Kleine Kinzig. Le soir même, le campement d’où les chasseurs venaient était attaqué par l’ours, devenu gigantesque à cause de sa fureur, détruisant comme une simple brindille tout ce qui était sur son chemin. Ce fut tellement la débandade qu’un bébé, encore innocent, fut oublié. En le voyant, l’ours n’eut pas le cœur de le tuer. Il l’éleva comme son enfant aidé des esprits pour assurer la survie de la forêt face aux hommes que rien n’empêchait de revenir. En échange d’une allégeance à la Sylve et de protéger comme il pouvait chaque créature, ce petit humain obtint la vie éternelle et appris les secrets des herbes. Il y a encore un siècle on allait implorer l’Alter lorsqu’on avait besoin de soins qui dépassaient les compétences humaines, en offrant généralement de quoi satisfaire sa faim, sa soif et celle de son ours gardien. Fertig, terminé.
– C’est une très belle histoire, mais où est-ce que les gens allaient déposer leur offrande ?
- Das ist eine echt gute Frage. On ne sait pas. Certains parlent de la pierre des Ours, d’autres de la fameuse cascade, ou encore den Höhlen, la caverne de l’Ours. J’espère que mon histoire vous a plu.
– Merci c’était génial ! m’exclamais-je en donnant un billet au vieillard.
– Vous allez dire que je suis fou, car vous êtes jeunes, mais je vous jure que je l’ai vu... souple comme un roseau et frais comme un abricot, habillé d’une grande cape et accompagné d’un ours plus grand qu’un grizzly.
– Mais je vous crois. C’est lui que j’ai besoin de voir.

Le vieux me regarde suspicieux, c’est vrai que les quelques Français qui s’étaient arrêtés pour entendre son récit sont partis en ricanant. Mon air sérieux doit le convaincre, car il me souhaite bonne chance en me serrant la main. On va pouvoir rentrer puisqu’on a eu des informations avec cette légende, il faut maintenant chercher un peu pour ne pas partir à l’aveuglette…

Nos recherches durent une partie de la nuit, mais sont par contre fructueuses. En liant le Conte que nous a raconté le vieillard avec les sites touristiques de la forêt, on retient quatre destinations pour la suite de notre périple. Notre prochaine destination est Bad Teinach-Zavelstein une fois que le Musée Fabergé et que la confiserie Rumpelmayer peuvent s’enorgueillir de notre visite – et surtout d’avoir légèrement amoché nos bourses grâce à notre gourmandise dans le deuxième lieu. Après s’être légèrement goinfrés de sucre, une simple salade nous sert de repas pour notre déjeuner tardif avant de repartir sur la route.

Il est presque 15 h quand une première chose étrange arrive alors que nous sommes à mi-distance de notre destination. Le grand soleil qui brillait se fait remplacer par un épais brouillard, il fait d’un coup beaucoup plus froid et on ne voit pas grand-chose entre les grands pins. Je suis le conducteur et décide de ralentir pour ne pas risquer d’avoir un accident avec un autre véhicule, un animal ou un tournant arrivant brusquement. Le silence s’installe, un peu angoissant.

– Tu as vu ?!? m’exclamais-je d’un coup.
– Quoi ?
– Je ne sais pas, on aurait dit un loup debout contre un arbre.
– Tu as dû rêver, il n’y a rien Jean. Tu veux que je prenne le volant, tu es fatigué ?
– Non je vais très bien ! Je ne suis pas fou quand même…
– Je n’ai pas dit ça. C’est vrai que tu es plus sensible à la magie que moi.
– Oui et je sens aussi qu’il faut aller plus vers le cœur de la forêt, exprimais-je avec assurance.
– Ouais, mais allons d’abord acheter des bonnes offrandes pour Alterbo, je n’ai pas pour but de finir en en-cas à la place d’un jambon ou d’une bière moi.
– Dommage, je suis sûr que tu es délicieux !
– On m’a toujours dit que oui, si tu veux goûter… dit-il d’un air séducteur.
– On est amis, coupais-je en le regardant.
– Mais arrêtes de faire comme si t’es prude Jean, tu m’as raconté comment ton diable t’a pété le cul je te rappelle. Mais je peux bien te taquiner un peu, soupire-t-il faussement en ricanant.

Il est vraiment doué pour me faire rougir, des fois je me demande pourquoi je lui raconte absolument tout sur moi. Peut-être parce que je l’aime bien et que lui fait la même chose ? En tout cas ça me fait penser qu’il faut faire attention à qui on prend comme ami, on peut être coincé longtemps. Bon à part ça le mien n’est pas trop mal, OK, il est toujours à aider la bombe à retardement ou l’aimant à catastrophe que je suis, cette recherche en est la preuve.

Alors qu’on arrive à Bad Teinach-Zavelstein, magnifique petite ville au Nord-est de la forêt et très réputée pour ses produits locaux, on passe près de la tour en ruine qui est aussi une des attractions touristiques phares du coin. On s’arrête pour prendre quelques photos avant de se rendre dans les différentes boutiques typiques. Que prendre pour apaiser la faim et la soif d’un humain et son ours ? Un jambon complet de la forêt noire, des charcuteries, du miel, un panel de fruits et légumes et bien sûr on n’oublie pas un tonnelet de la meilleure bière qu’on puisse trouver – goûtée et validée par deux personnes. Après ça on se décide pour une petite brasserie proposant un plat régional, une sorte de potée avec viande. L’endroit est chaleureux, familial et à la bonne franquette, les propriétaires qui sont aussi les cuisiniers parlent un français approximatif avec un accent à couper au couteau et se promènent entre les tables avec la marmite sur un chariot. Il y a plusieurs viandes et alors que j’hésite sur lesquelles choisir, le cuisinier me dit :

– Tu veux goûter ma saucisse ?
- Hein euh quoi ? bafouillais-je en rougissant.
– Viandes préparées maison, ça tient au corps pour vous les Français, rigole-t-il en ne se rendant probablement pas compte du lien pervers que mon esprit fait.

Il me met alors d’autorité un panel de viandes dans l’assiette, filet mignon, lard, et les fameuses saucisses de la région en plus de celles de Francfort. Il sert une deuxième fois la même chose puis s’éloigne en nous souhaitant un «güt appétite», j’adore le frallemand – moi qui parle couramment le franglais – l’essentiel étant de se comprendre, non ? Quand je finis ma part, je me suis régalé, mais j’ai l’estomac plein, je refuse donc une part de Käsekuchen, j’ai donc droit à un bout dans un emballage «pour le petit creux dans une heure, il faut absolument goûter ça». Bien monsieur. Heureusement que la brasserie fait aussi auberge, car je ne me sens pas faire des lieux avant d’atteindre un lit où je m’écroule. Je suis dérangé dans ma digestion par mon téléphone qui vibre, je décroche sans regarder.

– Allô ?
– Bonjour Jean ça va ? Paul est allé avec toi en Allemagne ? Son téléphone ne répond pas.
– Il est à la douche là.
– Oki bah je vais t’embêter toi en attendant, tu as l’air au bout de ta vie qu’est-ce qu’il t’arrive ? Sa voix a un air inquiet.
– Oh ce n’est rien j’ai juste trop mangé, et encore je n’ai même pas pris le dessert !
– Je n’ai jamais mangé de plats allemands, ça donne quoi ?
– C’est super bon, le gâteau ce soir avait l’air bon aussi, une sorte de cheese-cake, je te l’envoie en photo attends, dis-je en manipulant le téléphone.
– Ah oui ça a l’air bon ! Je regrette presque ce congrès à Nice, je me serai bien incrusté avec vous, Paul m’a raconté qu’il a complètement buggé à Brocéliande et j’aimerais bien voir un peu de magie aussi, tu as vraiment un don pour exciter la curiosité des mecs, je comprends pourquoi Paul est ton meilleur ami.
– Oui, je l’adore, il a toujours tellement fait pour moi, dis-je en soupirant. J’ai bien la preuve ces jours-ci de ce qu’il est capable pour moi.
– Tu sais il me dit pareil pour toi… Bon, il n’arrive pas et moi je dois y aller, bises les beaux gosses à plus tard, j’espère vous revoir vite.
– Au revoir Emilio, moi aussi, bisous.

Je raccroche alors mon ami rentre dans la chambre juste sa serviette sur les hanches. D’après ma mine je vais mieux me dit-il. Effectivement, je me lève assez facilement et vais prendre une douche fraîche. En revenant, j’ai une légère envie de sucré, ça tombe bien j’ai mon dessert ! Délicieux. Je vais pouvoir aller dormir le ventre plein alors que la douceur que je viens de manger apaise un peu mon besoin de plaisir.

Le lendemain matin, on ne veut pas trop traîner pour rouler à travers la forêt jusqu’à notre destination suivante, dans mes recherches en Italie j’ai lu qu’un témoignage parlait du monastère d’Alpirsbach, construit en 1095. Les deux villes sont à une soixantaine de kilomètres, on va s’enfoncer plus vers le cœur de la forêt. Je ne sais pas pourquoi depuis qu’on a quitté Brocéliande, voire même l’Italie, j’ai la sensation d’être suivi. C’est stupide, mais j’en suis aussi certain que je me mets à sentir les manifestations magiques. On déjeune rapidement de délicieuses «boules de Berlin» – je commence à croire que les blagues de notre hôte ne sont pas innocentes – puis prenons la route, il est encore tôt.

Malgré un grand soleil avant de quitter Bad Teinach-Zavelstein, un brouillard tombe, probablement dû à l’humidité ambiante de la matinée, il n’est en effet que 8 h et il a plu cette nuit. Je demande donc à Paul de ne pas rouler trop vite sous les arbres, je veux avoir le temps de regarder entre les troncs. En partant vers le sud, la futaie est beaucoup plus espacée, je suis à l’affût du moindre signe. Vers la moitié du trajet, je manque de faire un bond avant de réaliser que les ombres que j’ai vues sont juste celles de promeneurs et pas de loups-garous comme dans l’histoire de l’ancien. Le trajet passe donc sans sensation autre que celle d’être suivis, jusqu’au moment où nous sommes devant le monastère. On rentre dedans pour le visiter, mais c’est surtout pour que Paul ne croit pas que nous sommes là pour rien, rien qu’en voyant l’édifice je suis sûr qu’il ne nous apporte rien que plus qu’une visite de cette petite ville très agréable où je ne veux pas m’attarder, je sens le manque de plus en plus fort de lui, j’ai besoin de le sentir contre moi, sur moi, en moi. Alors qu’on déguste un gâteau bavarois typique pour essayer de combler le vide dans ma poitrine, j’entends comme une petite voix qui me dit de remonter un peu vers le Nord Ouest dans la forêt, vers notre prochaine destination. Et quand on y pense, l’endroit où je veux aller, Bad Rippoldsau-Schapbach, est situé en plein milieu de la forêt et est surnommé la vallée des loups et des ours. Ça semble le nom parfait pour trouver celui qu’on cherche non ? Il faut donc absolument faire le chemin à pied, il y a à peine 20 km, en un après-midi ça sera fait.

Laissant donc la voiture nous nous dirigeons vers le Stausee kleine kinzig, Paul me laisse marcher devant lui en surveillant ma progression avec sa carte et sa boussole. Je ne sais pas moi-même comment je fais, mais je marche d’un bon pas en suivant je ne sais quelle trace dans l’air ou au sol. Les arbres sont espacés et le sol de la forêt couvert des feuilles des années précédentes, cette forêt doit être magnifique à l’automne. Ne me demandez pas comment je fais, mais j’avance d’un pas sûr et rapide alors que je ne suis pas les chemins et je trouve par hasard une des sources du lac, l’eau coulant sur des rochers faisant une fine cascade magnifique. Je pose le sac qui contient une partie des provisions le temps de faire le tour de l’endroit, essayant notamment de trouver un passage montant en haut de la petite falaise. Je le fais seul, le sportif a eu du mal à tenir mon rythme étonnamment rapide, une heure nous a suffi à faire un chemin qui aurait dû nous en prendre trois.

Arrivé à mi-chemin de ma semi-escalade, j’ai la sensation que quelque chose est arrivé derrière, je n’ai plus la trace que je devais suivre – ou alors elle est dans mon dos. Je fais rapidement demi-tour jusqu’à la chute, mais c’est là que je tombe, mon agilité s’est évaporée et je sens une immense fatigue qui me tombe dessus comme une chape de plomb. Les racines noueuses d’un chêne m’accueillent alors que je sombre dans un profond sommeil.

Lorsque je me réveille, la nuit est proche, le ciel rougeoie. Les arbres s’embrasent sous le soleil couchant. Je me relève, les jambes molles, et reprends ma route en trébuchant. J’entends au loin la voix de mon ami qui m’appelle, je lui réponds et le vois arriver vers moi en courant.

- Mais où étais-tu ? dit-il en m’attrapant dans ses bras.
– Bah j’ai voulu monter, mais j’ai eu le sentiment que je devais revenir, et je sais pas, je suis tombé et me suis endormi. Et toi ? dis-je en commençant à partir dans le sens d’où il est venu.
– Je n’ai pas compris ce qui s’est passé, tu es sorti de mon champ de vision, je me suis assis pour me reposer, les yeux fixés sur la cascade, jusque là quand j’ai remarqué que le soleil était en train de se coucher et que tu n’étais pas revenu…
– C’est bizarre.
– Et tu n’as pas vu le plus étrange, le sac de provisions que tu portais, avec quelques affaires à toi... il a disparu ! Attention, ça glisse ! Ah, déjà je suis content je récupère mon vrai Jean, s’amuse-t-il quand il me rattrape une fois de plus.

Effectivement devant la cascade il n’y a que son sac, qui contient la petite tente et le nécessaire de camping qui va finalement nous être nécessaire. Plus de vêtements ni de nourriture. Bon, l’essentiel est d’être en vie et de ne pas mourir de froid dirons nous ? Même si la tente est un peu petite à deux, je demande si ce n’est pas une tente pour enfant, vu la taille et la couleur flashy. Non, c’est le plus petit modèle par contre. Plutôt une personne, mais on tient en longueur à deux dedans et je vais avoir une petite bouillotte pour moi qui suis toujours frileux sauf en pleine canicule. Je ne vais pas faire le difficile, j’ai déjà connu pire que de dormir sur un sac de couchage très confortable, une légère couverture pour se couvrir de la fraîcheur nocturne, un ami ma foi fort agréable à regarder et dont le confort une fois transformé en oreiller est approuvé.

La toile de chapiteau que je vois au réveil me rappelle une fois de plus mon célibat contraint et me fais surtout me rendre compte que ça fait plus d’une semaine que je passe mon temps avec Paul, qu’il n’a pu se faire du bien que seul avec sa main et sous la douche, n’ayant pas une minute de répit dans la surveillance constante que je lui impose. Je n’ai jamais compris pourquoi j’étais beaucoup plus maladroit en sa présence. Bref toujours est-il que je fixe son boxer, même si je le connais nu, je ne l’avais jamais vu bandé – et croyez-moi ça vaut le coup d’œil ! J’en baverais presque si je n’avais pas les souvenirs de cette fameuse nuit d’été. C’est un mouvement de lui qui me tire de ma rêverie, il est rouge, essaie de cacher cette imposante érection alors qu’il sort de la tente en rampant, car je le gêne. Vu comment il est fier de son corps je ne comprends pas pourquoi il n’est pas fier de sa virilité, à sa place je crois que je me montrerai totalement à poil. Dire que je suis passé à côté de ça toutes ces années ! Il cache bien son jeu mon Paul.

Je l’entends s’éloigner alors que je décide de me lever, quelle heure peut-il bien être ? Malgré ma sieste pré nocturne un bon morceau de l’après-midi, j’ai passé une des meilleures nuits de ma vie – on sait laquelle est la première – ou depuis longtemps, quand j’étais petit je dormais bien, du moins je crois, il n’y a qu’en étant adulte que je ne dors jamais assez. Au vu de la position du soleil, il ne doit pas être loin de 10 h. J’ai donc dormi 18 h avec une petite coupure. Je me sens tellement bien, prêt à retourner chercher la voiture, plus rien dans le coin ne m’appelle, je dois aller plus au sud. Où exactement je n’en sais rien, jusqu’à ce que Paul trouve un indice consistant en un petit empilement de pierres.

– À quoi ça te fait penser mon p’tit Jean ?
– Euuuh, ces cailloux ? Tu t’amuses à regarder les cailloux alors que tu as une bosse presque aussi grosse que mon diable ?
– Hum, je ne veux pas le savoir, tu es mon meilleur ami, mais ça s’arrête là, si on couche ensemble ça va changer les choses je suis sur et je ne veux pas te perdre.
– T’es trop mignon pour moi, je pense plutôt que Emilio et toi ferez un beau couple.
– Je… quoi ? Comment tu… bafouille-t-il.
– Il a appelé l’autre soir, demandant à te parler, je ne suis pas stupide.
– Oh mon dieu je me sens comme si j’annonçais mon coming-out bordel… Soit sûr que je ne t’abandonnerai pas mon p’tit Jean, je t’aime vraiment très fort. Mais oui on a commencé à parler et je me dis que c’est peut-être un mec bien. Et…
– Je l’ai vu trois jours, je pense que c’est un mec bien, mais faut que tu le surveilles de près qu’il n’aille pas ailleurs, car dans l’avion…
– Oui il me l’a dit… Tu utiliseras ton sixième sens pour détecter ça et on lui pète les genoux oki ? Bref ça ressemble à la formation rocheuse des Siebenfelsen dont on a vu les photos. Et en plus tu vois les bouts de bois et les cailloux ?
– On dirait… la pleine Lune ?
– Oui et c’est ce soir !
– Y avait-il de quoi manger pendant une journée dans le sac ?
– Normalement oui, mais pas la bière.
– Et bien on lui donnera au rendez-vous ! En lui redonnant à manger. Vite faut aller à la voiture !

Oui je suis comme ça, un instant je suis plus occupé par le sexe qu’autre chose, à un autre j’ai repris le sens des priorités alors je veux faire le plus vite possible. Mais bon, le ventre creux et ma maladresse étant revenus, c’est presque quatre heures qu’il va nous falloir pour rejoindre Alpirsbach. La première chose qu’on fait est de manger, et du sucre. Avec du chocolat, vive la forêt noire ! Un de mes desserts préférés comme tout ce qui a du chocolat. Une fois remis de notre périple, il faut qu’on se dépêche – on ne se refait pas – on a un peu de temps de route. Un petit hôtel nous permet de faire une douche et de nous changer avant de reprendre la voiture après quelques courses nécessaires. On reprend la route en fin d’après midi après avoir hésité sur nos achats et s’être chamaillé sur qui paie les courses.

Le temps d’y arriver assez rapidement, j’ai à nouveau faim. Il est presque 20 h, mais la nuit n’est pas encore arrivée. Un petit bout de chemin a été fait à pied pour arriver à côté du rocher de la vallée de L’Elz. Une petite aire de pique-nique est installée tout près, mais vue l’heure il n’y a personne, seuls les oiseaux rompent le silence de la forêt. Je suis perdu dans mes pensées en mangeant, l’heure tourne doucement, amenant la nuit et le silence sous les arbres.

La Lune nous éclaire de sa lumière blanche dans la clairière, sous les arbres il fait beaucoup plus sombre. J’ai peur du noir, je ne suis pas rassuré, surtout dans une forêt bien plus ancienne que les humains. Un hurlement au loin résonne, s’approche, s’éloigne à nouveau. Je crois voir des yeux briller dans le noir pendant une seconde, mais la lueur s’évanouit. Je suis collé à Paul, il y a un animal, ou peut être pas un animal, car je n’ai pas l’impression que ça se déplace à quatre pattes tout le temps. Je l’entends tourner dans les buissons, hors de notre vue, perceptible seulement parce qu’on sait qu’il est là. Ou qu’ils sont là, il me semble avoir entendu un grognement dans notre dos alors que des yeux ont furtivement brillé devant nous. Je me mets à trembler quand je vois deux yeux appartenant à un plus gros animal derrière l’empilement de rochers donnant leur nom au lieu, j’hurle quand quelque chose atterrit sur la table.

– Faut pas avoir peur, les loups-garous ne vont pas vous manger ce soir, s’amuse-t-il, je leur ai dit de vous laisser. Vous m’avez apporté quoi ce soir ? J’ai beaucoup aimé les vêtements hier, merci.

Je dévisage le jeune homme qui se tient sur la table et qui m’a fait exprimer très virilement ma peur. Comme le vieux nous l’a dit, il a bien une cape, mais il a aussi un de mes levi’s qui le rend parfaitement sexy. Je reconnais ma ceinture en tissu qu’il a noué sans utiliser la fermeture normale. Torse nu et dégageant une odeur douce et chaude, mélange de pin et de terre, un peu animal, je relooke le jeune beau gosse aux muscles épais sans être proéminents. Ses traits fins ne font pas les quelques millénaires qu’il a, sa peau a l’air incroyablement douce, on dirait un jeune d’à peine 20 ans incroyablement séduisant par-dessus le marché. Ses épaules larges encadrent un torse en V où de magnifiques tablettes régulières et marquées sont visibles. Entre ses pectoraux une dent que je suppose être une canine d’un animal de grande taille est accrochée à une corde comme collier. Ses yeux bleus scintillent légèrement dans l’obscurité, mais des stries dorées sont marquées dans l’iris. Ses cheveux forment le parfait coiffé/décoiffé que beaucoup de mecs cherchent à avoir avec du gel sans arriver à cette perfection. Incapable d’articuler le moindre mot et remarquant que Paul s’est endormi, je tends le sac de provisions et le petit baril. Et bien ce bonhomme pas plus grand que moi, sous mes yeux ébahis, s’est mis à dévorer l’équivalent d’un poulet, un demi-jambon, trois œufs durs, une demi-douzaine de pommes, trois crêpes et 500 g de miel. Il a aussi vidé le baril de bière qui devait faire près de cinq litres.
Une fois rassasié, il m’ordonne de donner le reste de la nourriture à l’ours caché derrière le rocher, je dépose donc sur les pierres l’intégralité de ce qui restait dans le sac. Le temps de revenir sur le banc la nourriture a disparu. Il y avait le double de ce que lui a mangé. Je ne suis pas si étonné que ça quand je vois avec quelle vitesse il a avalé le repas.

– Bon, je sais ce que tu me veux je t’ai observé depuis que tu es en Allemagne et je sais aussi comment t’aider. Tu vas devoir faire une invocation, mais comme ce n’est pas un démon, ce n’est pas lui qui va venir à toi, mais toi à lui. Il a été enfermé il y a près de quinze siècles et ne peut sortir que tous les millénaires, la plupart des témoignages que tu as vus, c’est son serviteur, qui lui est un démon et qu’il peut envoyer partout. C’est... une sorte de mauvais esprit, il ne peut par contre pas faire grand-chose sur Terre. Bref, tu vas devoir trouver deux objets, la toge d’Hadès ou du moins un morceau, je sais que les centaures du Mont Pélion l’ont, trouve le meilleur vin possible en échange, fais les goûter un peu, mais surtout qu’ils ne soient pas ivres ! Et après il te faudra le sceptre de Sérapis, caché dans une chambre mortuaire de la Vallée des Rois. Il n’y a que le sceptre qui va te servir à aller le voir, mais la cape permettra de revenir sur Terre. Ne te laisse pas berner s’il ne t’aime pas. Pour savoir s’il t’aime, demande-lui de te rendre ton âme. S’il refuse catégoriquement, repars et essaie de l’oublier, tu iras voir Aphrodite ou Cupidon pour qu’ils te fassent tomber amoureux d’un mortel. S’il te dit que c’est impossible, mais qu’il cherche à te la remplacer, accepte seulement la sienne, tu obtiendras trois vœux, utilises en un pour le lien à toi éternellement. S’il te rend la tienne, c’est qu’il t’aime et fera tout pour te garder à jamais avec lui.
- Et vous ne savez pas s’il m’aime? demandais-je d’une petite voix.
– Je ne peux pas tout savoir, surtout quand ça concerne l’Amour. Mais si je me fie au petit diable qui te suit le plus souvent, il me semble qu’il garde un œil sur toi autant que possible.
– Un petit diable ?
– Oui, son serviteur, hier il était là, tu l’as d’ailleurs senti et c’est lui qui t’a rendu si énergique et qui t’a permis de résister à la brume de sommeil qui m’entoure. Mais tu vas t’endormir aussi et ne crains rien, papa veille sur toi jusqu’à ton réveil. Tiens au fait, cette branche d’acacia du Nil te servira à te diriger si tu es perdu, lance-la en l’air en disant «Masar», la pointe te donnera le chemin à suivre.

Je le vois se lever en riant alors que mes paupières deviennent lourdes et que je m’endors contre Paul.

Le lendemain matin, le soleil nous réveille lorsqu’il commence à être suffisamment haut dans le ciel pour nous éclairer. Emmitouflés dans nos capes elfiques alors que je ne me souviens pas les avoir prises, Paul est déjà réveillé et semble avoir fini il y a peu une petite séance de plaisir solitaire. Je le regarde les yeux brillants et lui fais un sourire entendu quand j’entends le Zip de sa braguette. Mais avant que je ne dise quoi que ce soit pour me moquer gentiment de lui, il bougonne que je dois lui raconter ce que j’ai vu, car il sait qu’il n’a pas assisté à l’entrevue.

– Donc direction la Grèce maintenant ?
– Oui, et j’espère vraiment qu’il m’aime autant que je l’aime.
– Mon pauvre t’es gravement atteint... s’il t’aime pas je sais pas comment je vais faire, mais je te jure que démon ou pas je lui arrache son âme.
– Et après c’est moi qui suis atteint.
– Ta mère m’a fait jurer de veiller sur toi !
– Oui enfin tu as une vie, essayais-je d’argumenter encore une fois.
– T’es comme mon frère tu pourras jamais te débarrasser de moi, éclate-t-il de rire en me serrant dans ses bras.

Moi je profite de son odeur un peu plus présente, comme toujours quand il vient de se branler, arrive à toucher la main qui a excité son pieu et à nicher ma joue dedans. Il semble comprendre ma manœuvre, car il me retire sa main en me disant que je vais bientôt trouver mon chéri. J’espère, ça fait déjà 15 jours que je suis après lui, j’ai besoin de lui !

Pititgayy

pititgayy@gmail.com

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