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HISTOIRE

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Premier épisode - Épisode précédent

Mon âme au diable

Chapitre -05 : Thessalie

– Veuillez attacher votre ceinture, nous arrivons actuellement au-dessus d’Athènes, nous sommes le 1er septembre, il est actuellement 15 h et il fait 38 degrés à l’extérieur. Nous espérons que vous avez fait un agréable voyage à bord de notre compagnie.

La voix du commandant de bord me tire de ma rêverie, je regarde le siège vide à côté de moi. Je suis seul, Paul a eu un appel de son cabinet, ils ont besoin de lui alors ses vacances reprendront plus tard. Peut-être dans deux jours, peut-être dans une semaine, le dossier est compliqué. Il était hors de question que j’attende une durée indéterminée alors que je ressens de plus en plus le vide dans ma poitrine. Il m’a donc conduit à l’aéroport de Baden-Baden avant de rentrer à Paris. J’ai discrètement piqué son téléphone pour dire à Emilio à sa place qu’il était à Paris. Je suis sûr que le beau brun va courir voir le blond très vite ! Je ricane en imaginant la tête surprise de mon blondinet lorsqu’il découvrira l’italien avec un bouquet de fleurs à sa porte.

En attendant moi je vais atterrir dans la capitale grecque, attendre six heures pour avoir un covoiturage à destination de Larissa. Oui ça paraît stupide vu qu’il y a quatre heures de route pour se rendre à ma réelle destination, mais je n’ai pas encore acheté le vin contre la cape. Puis si mon démon est plus ancien que ces religions, pourquoi ne pas aller dans le temple de la déesse qui a donné son nom à la ville ? Sa sagesse peut me tomber dessus, ça me serait utile en tout cas. Ce qui est sûr c’est que mon instinct me dit de faire ce trajet farfelu donc je l’ai écouté, je verrai bien où cela me mène.

Une demi-heure plus tard je suis donc dans les petites rues, approchant de l’Acropole qui surplombe la ville. Appelez ça hasard, mais je tombe sur un vieux portail dans une ruelle où il est inscrit que c’est la Villa du Vin (un négociant en vin quoi). Si je ne trouve pas de quoi satisfaire des centaures là-dedans, c’est que mon intuition déconne !

Alors que j’explique difficilement au propriétaire des lieux que c’est son meilleur vin dont j’ai besoin et une grande quantité, il me semble voir une ombre voletant derrière lui. Il semble comprendre d’un coup ce que je cherche, me fait goûter son human ambroisy. Moi qui n’apprécie pas souvent le vin, effectivement celui-ci est délicieux, fruité, sirupeux, un peu fort par contre, car les volutes me montent déjà à la tête. Je récupère donc en bagage supplémentaire un tonneau de vin et trois bouteilles. Par chance il accepte de livrer le tonneau au point de rendez-vous pour la suite de mon trajet, je préviens le conducteur et m’arrange avec lui : je vais payer un supplément pour ce bagage encombrant. Tant pis. Je quitte le marchand en le remerciant une fois encore et me dirige vers le plateau.

Dans la montée divers vendeurs de bibelots sont là, essayant de soutirer quelques euros aux touristes. Je les ignore, je n’ai pas que ça à faire et je sais que leur «mauvais œil qui éloigne le malheur» sont de la camelote. Par contre la tente de la voyante attire mon attention, presque plus que les temples de la déesse. Sans faire attention au panneau précisant le prix et le nom de la voyante je rentre et m’assois. Elle demande ma langue, se met alors à faire son cinéma habituel pour les crédules, agite les mains autour de la boule de cristal en regardant dedans. Je vois son reflet agrandi dans le verre, ses yeux sales d’escroqueuse.

– Il y a quelqu’un dans votre vie qui est très important pour vous, vos amis sont proches également, vos parents loin.
– Mes parents sont morts, c’est normal qu’ils soient loin.
– Oui oui, c’est ce que j’allais dire, évidemment. Je le vois dans la boule, je…

Sa voix s’éteint alors qu’une lumière jaune orangée s’installe dans l’objet, comme une flamme, dont quatre mots simples sortent : «Viens vite je t’attends».

Je reconnais immédiatement son timbre grave et si agréable à mes oreilles. La pauvre femme, elle, est sous le choc, c’est probablement la première fois qu’elle assiste à de la véritable magie – nombreux sont les parasites qui prêchent sans y croire – et elle ne s’en remet pas. Elle me demande de sortir immédiatement de son lieu de travail, ce que je fais, laissant cette comédienne tremblante. Même si je n’ai plus rien à faire ici je fais le tour des temples et prends des photos avant de repartir pour l’aéroport. Deux heures avant le départ, mais que j’occupe à chercher un moyen de transport entre Larissa et le mont Pélion. J’arrive à trouver le numéro d’un fermier de la région qui pourra venir me prendre à Larissa et à lui louer un âne qui portera la boisson. Qu’est-ce que je suis pressé d’arriver et de revoir mon chéri !

Alors que je sors du minibus qui m’a transporté pour rejoindre le camion du fermier qui va m’amener jusqu’à sa ferme proche du mont Pélion, mon téléphone bipe pour annoncer un message vocal. C’est mon Paul qui s’inquiète, je ne lui ai pas donné de nouvelles depuis plus de 12 h. Bon effectivement c’est ma faute je ne l’ai pas prévenu que j’étais bien arrivé en Grèce et de mes avancées. C’est vrai que je lui ai donné l’habitude de l’appeler tous les jours et personne n’est avec moi comme en Italie pour lui assurer que je vais bien… Mais l’italien en question que j’entends dans le message lui dit de ne pas s’inquiéter, il sait comment je marche. Toujours est-il que je fais un SMS pour dire que je suis sur le trajet de la montagne. Le SMS retour de Paul ne tarde pas : «Gare à ton ptit cul quand on va se revoir, t’es vache à me faire ça, j’ai peur pour toi.» Ohlala, mais ce n’est pas vrai, je suis grand quand même ! Je sais survivre seul ! Je lui envoie comme réponse «Tu tkt pour moi t’es chou moi aussi je t’aime ; 3 occupe-toi d’Emilio, bisous à demain pour 1 SMS». Voilà, il est prévenu qu’il aura peu de nouvelles. J’imagine sa tête agacée en recevant mon message, sa moue, et l’abaissement des épaules en mode «de toute façon je lui ai déjà fait le coup plusieurs fois». De rares fois on ne s’est pas donné de nouvelles pendant quelques jours, mais c’était pour mieux se reparler sans interruption derrière pendant le double de l’interruption.

Je m’excuse de mon manque d’attention auprès de mon conducteur qui me sourit gentiment avant d’engager une simple discussion. J’ai une chance incroyable, il parle français, me demande ce que je fais dans la région. Je lui réponds donc sincèrement, il me regarde comme si j’étais un peu fou avant de me raconter les histoires de la région. Il me dit notamment de me méfier des satyres, qui ne sont parfois pas mieux que les centaures une fois alcoolisés. Je regarde cet homme typique de la région, les cheveux bruns frisés, une trentaine d’années, la peau mate, un sourire simple et généreux, cherchant à voir s’il se moque de moi.

– Et ça fait quoi, et à quoi ça ressemble un satyre ? je lui demande, ignorant.

– Un satyre c’est accro au sexe comme moi, ça me ressemble, mais avec des pattes et des cornes de chèvre, éclate-t-il de rire.

Je me joins à son hilarité, c’est vrai qu’il a du charme ce mec, mais je l’imagine mal avec les caractéristiques qu’il vient de citer. Et personnellement j’ai toujours préféré les blonds. Ou les roux… Pendant qu’il continue de parler je me perds dans mes pensées en regardant le paysage. J’ai vraiment de la chance en ce moment, à trouver ce dont j’ai besoin. Quoique j’ai toujours eu de la chance, ça compense ma maladresse. Malchanceux au quotidien, mais chanceux dans la vie.

Je me rends compte que le fermier sexy vient de me poser une question et attend la réponse alors que nous sommes arrêtés devant chez lui. Je rougis, lui demandant de répéter, ce qui me fait rougir encore plus une fois que je l’entends à nouveau.

– Tu aimes les garçons toi non ?

– Euh oui, mais je suis en couple…

– Oh t’inquiètes pas j’allais rien te faire hein, à part des propositions, je n’ai pas souvent de jolis étrangers qui viennent chez moi.

– Hum, euh, merci, euh, je suis pas si joli, mais bon…

– Joli, modeste et fidèle, j’espère que ton mec est aussi bien que tu l’es toi.

Je baisse les yeux alors que l’on descend de la camionnette, toujours rougissant. J’espère aussi qu’il m’aime, je ne sais pas comment je vais faire sinon. Je suivrai le conseil d’Alterbo, trouver un dieu de l’Amour pour me rendre amoureux de quelqu’un d’autre.

Le soir tombant bientôt et pour éviter de me perdre dès la première nuit, j’accepte de passer celle-ci chez celui que j’apprends se nommer Adrian, et j’ai presque l’impression de voir une copie de Paul (en version grecque, brune et plus âgée). Malgré les murs en pierres, il doit faire environ 35 degrés dans la maison, Adrian se promène en slip chez lui et m’encourage à faire de même, ce que je refuse catégoriquement. Il me propose de manière naturelle de partager son lit, car il n’a qu’un petit canapé, mais je décline sa proposition, je saurai m’en contenter. Sa ferme n’est pas très grande, je me demande presque comment il vit, il n’a pas une grange immense ni un énorme troupeau. Quand je lui pose la question, il me fait un clin d’œil, et m’explique son moyen de subsistance avec ses bêtes, ânes et moutons, et les quelques cultures qu’il a, oliviers, fruits et légumes. Les petites exploitations familiales ne sont pas rares en Grèce, apportant juste ce qu’il faut pour payer ce qui est nécessaire. Il ne manque de rien me dit-il, juste de chaleur dans son lit, fille ou garçon. Je lui demande son âge, 34 ans. Un peu plus vieux que moi et plus qu’il ne paraît donc, son corps taillé et musclé construit par son travail quotidien étant agréable à regarder.

En tout cas je suis vraiment trop sensible, car cette petite explication sur sa vie me fait accepter de dormir avec lui pour partager un peu de chaleur humaine. Je lui fais quand même promettre (sur le Styx !) qu’il ne va pas me faire de proposition déplacée, car je ne suis pas d’accord. Il accepte, tant qu’il peut me prendre dans ses bras. Je ricane, je vais être un doudou humain cette nuit, ça ne me dérange pas, car l’échange de chaleur me soulage légèrement du manque.

Le lendemain matin c’est le chant du coq qui nous tire du lit à 5 h, je ne pensais pas me lever si tôt, mais j’ai plutôt bien dormi – malgré le glaive de mon hôte qui me tapait dans le bas du dos au réveil – et finalement plus je pars tôt, plus je trouve rapidement. Le petit déjeuner composé de fromage de chèvre au miel, fruits, pain et café est d’une simplicité, mais en même temps délicieux, je me régale presque plus que les gâteaux travaillés mangés en Allemagne ou dans le restaurant en Italie.

– Quand tu me ramènes mon âne, tu passes quelques jours avec moi ?

– Et bien… Je ne pense pas non, désolé, je dois retrouver mon chéri.

Je me sens un peu coupable devant son air déçu.

– OK, pas de soucis, j’ai adoré t’avoir contre moi cette nuit en tout cas, j’espère que je t’ai pas gêné à être très tactile. Si ton chéri ne veut plus de toi, souviens-toi qu’un petit fermier t’accueille en Grèce. Où même avec lui hein, avec des amis, ma maison est ouverte.

– Merci beaucoup Adrian.

Je pose une main sur son épaule forgée par son travail avant d’aller préparer mes affaires. Je mets immédiatement ma cape elfique, je ne sais pas comment elle est tissée, mais me préserve de la chaleur en plein soleil et du froid en pleine nuit, c’est magique. J’accroche la dague à ma ceinture, on ne sait jamais je pourrais en avoir besoin – pas pour me défendre là je suis inutile... Quand je sors de la maison lui s’est occupé d’harnacher l’animal pour que je puisse partir. Il me prend contre son torse légèrement poilu, son parfum boisé – du cèdre ? – m’entoure avant qu’il ne me lâche et que je m’éloigne sur le petit chemin entre les prés en direction de la montagne. Je lui fais signe en me disant que ce voyage me fait rencontrer beaucoup de personnes très sympathiques et que j’ai du mal à quitter, réalisant par la même occasion que même si j’ai mon diable en chéri, je ne peux absolument pas me séparer de Paul, car on se connaît depuis trop longtemps et on s’apprécie trop malgré nos défauts, à voir comment nos nouveaux amis vont rester dans notre vie.

Je marche tout droit en direction de la montagne thessalienne jusqu’à entrer dans une forêt où ma progression est considérablement ralentie, il faut faire attention à ne pas coincer l’animal entre deux arbres. Je traverse un petit ruisseau, peu profond, mais avec un fort courant. L’eau est claire et fraîche, je décide de me rafraîchir quelques instants, ça doit bien faire trois heures que je marche avec ce grand soleil de début septembre, ça va me faire du bien pendant que la bête se repose et se désaltère.

– Qui es-tu et qu’est-ce que tu fais là ? Lance une voix derrière moi.

– Je cherche les centaures du Mont Pélion, je réponds en cherchant d’où peut venir la voix.

– Je peux t’y conduire si tu veux, juste tu me dois un paiement.

Avant que je réponde, je vois sortir des buissons l’homme qui m’a parlé. Enfin vu la toison qu’il a sur bas du ventre et sur les jambes et… il est nu et il a des sabots ? Je remonte rapidement sur sa tête en constatant au passage que son sexe plutôt imposant est à moitié bandé, oui il a des cornes de bouc.

– Je te conduis à eux et en échange tu me suces.

J’ai donc face à moi un satyre dans toute sa splendeur.

– Sylvis, tu n’as pas fini d’importuner les mortels ?!

Un vieux satyre bedonnant émerge de l’autre côté de la trouée dans les buissons, le pelage blanc et des cornes plus longues. Celui-ci porte un pagne.

– Laisse-moi Pan, regarde sa bouche, il doit sucer comme un dieu… dit-il le regard pervers.

– Va-t’en ! Tu es vraiment agaçant à toujours sauter sur le moindre mortel, tu sens tellement la chèvre qu’ils ne veulent pas de toi.

Le jeune satyre s’en va en récriminant, je jette un œil soulagé à celui qui reste. Il s’approche de moi l’air gêné et s’excuse du comportement de son fils, il a toujours été attiré par les beaux humains. C’est à moi d’être gêné, me faire draguer par un homme m’arrive déjà tellement peu, mais un satyre c’est une première et c’est aussi gênant ! Pour se faire pardonner cet embarras, il me dit qu’il va me servir de guide jusqu’au clan de centaures vivant dans le secteur. Quand je vous dis que j’ai de la chance !

Enfin ma chance est relative, mon guide se traîne longuement dans la montée. J’ose lui demander son âge : 2500 ans environ puisqu’il est né sous l’âge d’or d’Athènes, je comprends donc aisément ses difficultés à se déplacer, ma grand-mère de 60 ans avait déjà du mal à monter des escaliers. Le principal, c’est d’arriver non ?

Pendant le trajet, je raconte une fois de plus mon histoire sous la demande de mon accompagnateur. Quand je parle de la cape d’Hadès, il a un regard craintif. Elle n’a jamais apporté de bien à qui que ce soit, encore moins aux centaures qui la gardent, mais ils vont probablement me demander quelques choses d’impossible en me faisant miroiter que je peux la gagner. Comme je dis toujours que rien n’est impossible, ça me permettra de vérifier si c’est vrai.

Le trajet et agréable avec mon guide, et même si nous avançons lentement nous finissons par arriver au campement des hommes-chevaux. Ils sont en plein banquet, fêtant la fin des récoltes estivales avant celles d’automnes. Mon arrivée est remarquée principalement grâce au tonneau de vin qui est délesté sans que je puisse ne rien faire, juste éviter de me faire écraser par un troupeau de brutes avec d’énormes sabots. Pan, le satyre, se dépêche de me conduire au chef avant qu’il n’oublie tout sous l’influence de l’alcool. La rencontre est brève, je dois faire la fête avec eux et nous verrons demain pour ma requête.

Rien que les quelques minutes qu’a duré l’entrevue, la moitié du tonneau a été vidé et les affres de l’alcool commencent à faire des ravages. Pan s’éclipse en me jetant un regard d’excuse, je reste à distance respectable à côté de mon compagnon de route pour éviter d’être piétiné. L’animal ne semble pas avoir peur et offre un rempart aux bagarres et autres frasques qui se déroulent sous mes yeux. Dans un coin ils se battent avec une violence, ruant, mordant, jurant, de l’autre j’ai l’impression de voir des enfants, ils se courent après, jouent à saute-mouton, pleurent, rient. Certains se sont éloignés pour faire ce que je suppose être un peu plus intime. Et moi je regarde le tout avec ce mélange de fascination et de peur, l’alcool fait vraiment réagir tout le monde pareil, humains ou créatures magiques.

– Allez, prends une gorgée ! me dit le chef en apportant comme il le peut en titubant une corne remplie de vin.

– Désolé je bois peu, c’est pour vous que je l’ai amené !

– Aaaah, t’es mignon. En plus il est délicieux, j’ai l’impression de boire du nectar ! dit-il en s’enfilant la boisson mielleuse. Bon puisque tu as l’air parti pour ne pas t’amuser, si tu veux la cape, tu vas devoir réussir trois épreuves impossibles pour un humain comme toi. La première est que tu vas me récupérer un vêtement d’une nymphe des bois, il y en a dans le bas de la vallée, près du ruisseau. J’adore sentir leur odeur de fleur effarouchée.

Je me lève et file sans plus attendre, la lueur dans ses yeux ne me donnant pas envie de rester sur place. Les mœurs grecques étaient-elles aussi débridées que ce que je viens de voir ? Après c’est vrai qu’il y a de nombreuses histoires sur les comportements irrespectueux des centaures une fois que ceux-ci sont ivres, Alterbo m’avait prévenu…

Pendant la descente je vois au loin des jeunes filles qui se font poursuivre par un satyre, je crois reconnaître Sylvis, mais je n’en suis pas certain. J’espère que je ne vais pas être à la place de ces nymphes une fois qu’il me verra… Je m’enroule dans ma cape pour me faire le plus discret possible. Alors que je m’approche, je distingue mieux les nymphes sous la lune, ce sont de belles jeunes filles au corps élancé comme les arbres qu’elles forment pour échapper au pervers, ce satyre qui ne pense qu’à tirer son coup, leur robe de la couleur des feuilles qu’elles portent. Sauf qu’il leur chatouille l’écorce, les faisant rire et reprendre forme humaine. Elles font alors un bond pour lui échapper et la course reprend. Elles sont plusieurs et se mélangent dans la végétation pour lui échapper, mais ce bouc en rut a du flair pour les trouver. Caché dans un buisson quelle n’est pas ma surprise quand, s’approchant d’un jeune bouleau et cherchant à lui faire reprendre sa forme, celui-ci prend l’apparence d’un jeune garçon ! Il n’y a pas que des nymphes féminines ! Le pauvre arbrisseau semble d’ailleurs épuisé, il a dû se faire poursuivre un peu trop longtemps et se fait attraper par l’obsédé dont le bâton est déjà dressé. Je ne peux pas laisser faire ça, et ses sœurs arbres ne semblent pas tendre une branche secourable. J’attrape un caillou, vise… et rate. Le bruit ne semble même pas le perturber alors qu’il s’apprête à embrocher sa proie. Il me vient alors une idée.

– Sylvis, ne t’ai-je jamais dit de laisser les arbrisseaux sans défense ?

– Oh nan papa, tu ne vas pas recommencer… je n’ai pas le droit de me faire un humain, et il faudrait que je laisse tranquilles les nymphes et les sylvains ?

– Tu peux très bien utiliser ta main pour ça, ou bien trouver une fille consentante plutôt que t’acharner à donner ta flûte à n’importe qui. Et un bain pourrait te permettre de les trouver plus facilement ces personnes consentantes.

Sylvis s’est relevé, cherchant où son père peut bien être, il regarde dans ma direction et j’ai peur qu’il ait compris que ce n’était pas la bonne voix. Il s’approche d’ailleurs du buisson en reniflant, le sexe toujours dressé.

– Oooh, mais ce n’est pas mon père, ça sent le petit mâle que j’ai vu ce matin… où es-tu ? Tu te caches, mais je sens ton odeur de savon…

Oh mon dieu il est juste devant moi qui suis accroupi dans le buisson, son sexe est sous mon nez ! Et qu’est-ce qu’il pue ! Un peu comme une laine de mouton, rance, beurk. Il écarte les branches alors que je baisse la tête en fermant les yeux, vite une solution ! Mais je n’ai pas d’idée qui me vient, juste cette horrible odeur de chèvre qui me remplit les narines alors que sa main se pose sur ma tête, ôtant ma capuche une fois qu’il a bien saisi le vêtement. Je me mets à trembler quand j’entends un coup sourd et un bruit comme quelqu’un qui tombe au sol. Alors que j’ouvre les yeux, je vois donc Sylvis au sol, le jeune bouleau dont le bras reprend une apparence de bras plutôt que celle de branche.

– Merci de m’avoir aidé ! Qu’est-ce qu’il est lourd, d’habitude il s’en prend juste à mes sœurs, mais depuis que j’ai eu 19 printemps il n’arrête pas de me courir après.

– Et bien… merci à toi aussi, je ne voulais pas plus qu’il ne me fasse des choses qu’à toi.
– Sinon, qu’est-ce que tu fais dans la vallée en pleine nuit ? Je t’ai vu aller chez les centaures.

– Leur chef m’a demandé de ramener un vêtement d’une nymphe. Mais je ne savais pas qu’il existait des nymphes garçons, les légendes n’en parlent pas.

– Il en existe très peu c’est pour ça, et comme la plupart sont aussi pourchassés par les satyres… les histoires sur les mœurs légères de l’Antiquité viennent bien de quelque part. Et tiens, je te donne ma toge pour cet imbécile, ça passera ne t’inquiète pas il ne va pas s’en rendre compte, et ce sera amusant de se dire que le chef de ces imbéciles d’ivrognes sera ravi de sentir l’odeur d’une nymphe… masculine !

Nous éclatons de rire tous les deux, j’avoue que l’idée est très amusante, j’ai hâte de ramener le léger vêtement. Quand il l’enlève, sa peau me fait vraiment penser à l’écorce d’un bouleau, très blanc avec les bouts des doigts, les lèvres, les yeux et les cheveux noirs caractéristique de cet arbre. Comme je le vois nu et que je suis aussi le premier humain qu’il voit, il me demande de me mettre nu face à lui ce que je fais en rougissant, il rigole en voyant que j’ai presque la peau aussi blanche que lui. Il me demande quelle espèce d’arbre je suis, je lui dis que je suis un humain et lui dis mon nom. Il me donne le sien, Simyd, en expliquant qu’il est un diminutif du mot grec pour bouleau, et que si j’ai besoin d’aide je peux revenir dans le secteur en l’appelant. Avant de le quitter, je l’aide à transporter le jeune satyre dans le ruisseau afin de le nettoyer de cette vilaine odeur animale. La nuit n’est pas finie alors que je grimpe à nouveau en direction du camp. Ce n’était pas si dur comme épreuve finalement.

Lorsque je reviens à côté du feu, le chef des centaures bondit à côté de moi et m’arrache le vêtement des mains. Il marmonne quelques choses comme «il a réussi» d’une voix pâteuse et rendue lourde par l’alcool avant de coller le tissu à son nez. Un rire m’échappe quand je vois l’air béat sur son visage alors qu’il renifle l’odeur d’un bouleau mâle, lui imagine probablement respirer une jeune fleur pleine de fraîcheur. C’est effectivement le cas, mais la fleur en question a un pistil bien masculin entre les jambes…

– Je veux des poils d’une biche d’airain pour faire une cordelette qui me permettra de rouler ce vêtement de nymphe que je pourrais toujours avoir avec moi. J’adore la couleur marron doré de leurs poils, dépêche-toi elles ne sortent que la nuit.

Voilà je repars dans l’autre sens…

Ne sachant pas où trouver ces fameuses biches, je redescends donc voir mon jeune ami pour voir s’il a des conseils pour moi. Je n’ai pas besoin de l’appeler que je le trouve entre les cuisses de Sylvis en train de lui tailler une pipe semblant ravir le satyre au plus haut point. Je découvre son intimité qui est aussi noire que ses lèvres, c’est vraiment contrastant avec la blancheur de sa peau. Je dégaine ma dague et m’approche du couple.

– Oulah range-moi ça tu vas blesser quelqu’un ! s’exclame l’homme-bouc en me voyant.

– Ne t’en fais pas pour moi je fais ça volontairement, c’est mon satyre en fait, je comprends mieux pourquoi il me courait après, dit Symad en arrêtant son activité et en se relevant.

– Tu sens tellement bon, ton odeur me rend dur comme ton bois, le regarde Sylvis en se collant à lui.

– Oui et toi une fois nettoyé tu sens bon aussi. Mais avant que l'on continue ces choses, va falloir patienter, si Jean est revenu c’est qu’il a besoin de notre aide.

Alors que l’un se met à grogner j’explique à l’autre que je dois maintenant trouver un biche d’airain, prendre assez de son pelage pour qu’il y ait de quoi faire une cordelette. Quoi de mieux qu’un satyre et son air de flûte pour charmer ces animaux et les convaincre de se laisser approcher ? Le troupeau est un peu plus à l’est d’ici, la nuit tourne et j’ai peur de ne pas arriver à temps pour les voir. Je sous-estime cependant mes compagnons, car l’air entamé sur l’instrument nous fait cavaler comme de jeunes cabris et nous atteignons la destination avant l’aube. Le musicien entame un air apaisant juste avant que l’on débouche d’entre les arbres, les magnifiques biches sont là. Doucement, lentement, nous les rejoignons et commençons à les flatter, récupérant les touffes de poils d’été, beaucoup plus clairs.

Quand Sylvis s’essoufle et arrête de jouer quelques secondes, cela provoque la fuite des créatures d’Artémis, de toute façon le soleil commençait à poindre à l’horizon. Symid récupère tous les poils et commence à tresser, il finit même avant que j’ai le temps de m’asseoir, il a des doigts de fée. Alors qu’il me tend la fine corde couleur de bronze vieilli, ses yeux se posent sur ma ceinture elfique qu’il me propose d’échanger contre une fine corde faite de ses cheveux et son mouchoir en souvenir. J’accepte sans hésiter, elle lui va de toute façon mieux qu’à moi comme le dit Sylvis et j’imagine déjà ma taille ceinte de cette chevelure noire comme de l’ébène – j’ai d’ailleurs un compliment du satyre comme quoi ma ceinture est maintenant mieux pour moi.

La fatigue se faisant sentir, je décide de dormir ici, au pied du bouleau alors que le satyre y est aussi appuyé, jouant un air apaisant et en même temps je sens que c’est une musique exprimant son amour pour le bel arbre.

Quand je me réveille, ils ont disparu et je suis à côté de mon âne, au milieu des centaures encore ivres morts. Seul le chef est encore réveillé et toujours à sentir avidement la toge de Symid. Je m’approche de lui et lui tend la corde aux reflets de miel sous le soleil.

– Tu as encore réussi ? Tu as été aidé c’est impossible sinon… En tout cas la troisième tâche tu n’y arriveras pas. Vas me chercher une perle en argent dans la coquillage géant d’Aphrodite.

– Et où est-ce que je peux le trouver ?

– Au fond de la mer Egée, à une soixantaine de kilomètre vers le Nord-Est. Si tu y arrives je te donne la cape. Si tu échoues… de toute façon tu ne peux pas y arriver.

Je croise Pan qui me prévient de faire attention, les mers grecques sont toujours dangereuses, puis je continue ma route. Je me rends dans la ville la plus proche de la mer, Chorefto. J’arrive à y louer un bateau et une tenue de plongée pour partir à la recherche de ce fameux coquillage de la déesse de l’Amour. Je réalise que je ne sais pas ce qui va m’arriver si je la vois dedans. Pourvu qu’elle ne me transforme pas en crevette.

Me voilà donc parti en direction du Nord-est, mon téléphone rechargé me permet de voir combien de kilomètres je fais et aussi de donner quelques nouvelles à Paul, déjà un jour sans lui donner de nouvelles. Je lui téléphone rapidement et m’excuse, ma petite voix désolé le fait rire. Et surtout il m’avoue gêné ne pas avoir eu le temps de penser à moi, entre le travail et Emilio sa journée était bien pleine… Il a réussi à faire tester versa à l’italien qui a adoré, il va donc être totalement satisfait. J’espère que, au-delà du sexe, ils vont s’entendre. Enfin à priori ça fait deux jours qu’ils se voient après avoir bien parlé par message, ça semble être un peu un coup de foudre vu comment était mon ami. Après ces quelques nouvelles nous raccrochons, du travail l’attend et, fait amusant, le cabinet d’avocat de Paul gère le côté législatif de l’entreprise familiale d’Emilio en France. La collaboration est assurée et Paul va gagner du galon si tout se passe bien dans leur couple – et en espérant que ce ne soit pas la guerre dans le cas où ça irait mal.

À peine ai-je raccroché que je vois des rochers qui approchent et il me semble entendre une voix. Non plusieurs, à priori des voix de femmes. Alors que je commence à être charmé et laisse la barre, plus absorbé par le chant qui s’élève que par la direction à suivre, un jeune homme se matérialise à côté de moi, me gifle et s’installe au gouvernail.

– Mets ces boules quies imbécile ! Heureusement qu’il me fait veiller sur toi sinon le chef des centaures aurait eu raison !

J’obéis avant de poser la question.

– Mais qui es-tu ?

– Le démon qui te suivait, l’esprit en Allemagne t’a parlé de moi. J’étais parti quelques jours me reposer, mais tu as de la chance je sois revenu à temps pour te sauver, car tu aurais fini dans l’estomac des sirènes autrement…

Au moment où il dit ça je me rends compte que j’entends sa voix dans ma tête, la même petite voix qui me disait par où aller, mais bien plus présente. C’est vrai que je ne l’ai pas senti depuis que j’ai croisé l’esprit à l’ours. Je trouve que son intonation donne la pêche, je l’observe un peu plus en détail. Grand, très grand même, il est assez mince, les cheveux bruns, un style un peu rock, manteau en cuir et bandana sur le front. Alors qu’il s’évapore en me disant de reprendre la barre je vois les petites cornes sur son front. Bon, si mon chéri a fait en sorte que son démon me sauve, c’est qu’il m’aime ? Ou alors qu’il veut que je le libère de sa prison…

Évitant largement les rochers j’y vois des femmes à queue de poisson, belles, très belles, mais dont les dents pointues sont visibles de la distance où je suis. Leurs lèvres bougent comme si elles chantaient jusqu’à ce qu’elles se rendent compte que je ne me dirige pas vers elles. Leur bouche s’étire donc en une grimace et j’imagine entendre une malédiction. Mon bateau étant trop rapide pour elles, je ne suis pas poursuivi. Je viens donc d’éviter les légendaires sirènes. Je vais noter leur position sur mon téléphone pour ne pas me faire prendre au piège une deuxième fois, ces rochers ressemblant à tous les autres rochers que j’ai pu croiser, et en plus elles pourraient tendre un piège, je n’ai pas un énorme bateau résistant à des grosses vagues, c’est la rapidité qui est mon avantage pour cette fois.

Bon, je suis maintenant à une soixantaine de kilomètres de la côte, je jette l’ancre en espérant qu’elle touche le fond avant de m’habiller de ma tenue de plongée et de sauter à l’eau. L’eau est transparente et je descends prudemment jusqu’au fond pour ne pas avoir le mal des profondeurs. J’atteins le fond de la mer et observe les… coraux ? Algues ? Qui parsèment le fond. Il y a des bancs de poissons et des coquillages, mais autour de moi de coquillage géant point. Pour ne pas me perdre j’ai accroché un fil – le fil d’Ariane – pour retrouver le bateau plus facilement alors que je vagabonde à la recherche du fameux mollusque. Mais ma chance m’a aujourd’hui laissé tomber, le secteur que je quadrille ne contient pas la moindre présence. Quand je suis fatigué, je remonte sur le petit navire et m’approche du rivage pour accoster, je vais passer la nuit ici, j’ai à manger et la location dure 3 jours. Je mange, je recharge la bouteille et je m’endors.

Le deuxième jour de recherche commence avec une petite frayeur : à peine ai-je ouvert les yeux que je vois une tête qui m’observe. Accrochée à un corps évidemment, je reconnais le petit - enfin immense, mais maigrichon – démon, qui m’apprend d’ailleurs que Daemon est son prénom. Je ne parle pas beaucoup, car il s’est lancé dans un monologue pour m’expliquer son travail, que depuis l’Italie il m’aide au possible pour trouver des informations ou le chemin, qu’il va d’ailleurs devoir me laisser, car il n’a plus d’énergie pour rester sur Terre, et que son maître a très hâte de me revoir. Je rougis en pensant au manque que j’ai, Daemon me dit que le manque est aussi important voire plus, car il est seul dans sa prison et que son amour lui manque. Mon cœur rate un battement ou deux, mais avant qu’il n’en dise plus il a disparu et je ne sens même plus sa présence, comme hier après qu’il m’ait aidé avec les sirènes.

Une fois qu’il a disparu et que mon cœur reprend un rythme normal, une petite voix amère me fait remarquer qu’ils me disent peut-être ce que je veux entendre pour me manipuler. Il ne faut pas que j’oublie ce que m’a dit Alterbo même quand je serai obnubilé par sa vue en face de moi. J’ai un petit pincement au niveau du palpitant alors que je navigue jusqu’à un nouvel endroit où je me compresse dans la tenue de plongée.

Une fois au fond de l’eau, je ne vois pour le moment rien de plus qu’hier. J’imagine utiliser la petite baguette en acacia, mais je suis sous l’eau, et de toute façon elle est dans mon sac. Je vais devoir me fier à mon instinct. Qui est un peu perdu sous l’eau, il me dit de descendre plus bas. Comment suis-je censé faire vu que je suis déjà au fond de la mer ?

Alors que je pense à supplier Hermès – sait-on jamais – et que je repense aux amis que j’ai rencontrés je vois passer deux dauphins. Que font-ils ici ? Quand ils me voient, leurs yeux brillent d’intelligence, encore plus que les dauphins normaux quoi. Ils s’approchent de moi, tournent autour de moi, me bousculent un peu. Mais qu’est-ce qu’ils font ? D’habitude c’est gentil un dauphin ! Pourquoi ils se frottent à moi en me donnant des coups de nageoires ? Alors que je saisis involontairement celle du dos d’un des deux spécimens, celui-ci s’élance en avant et me tire. La fine corde qui me reliait au bateau a été coupé alors que je m’en éloigne rapidement. Mais voyons le bon côté des choses, une fissure s’ouvre dans la roche et notre trio s’engouffre dedans. Après un temps plus ou moins long vu que j’en ai perdu la notion, on émerge dans une immense grotte où un coquillage de la taille d’un bus est ouvert. Je lâche mon destrier marin et regarde avec stupeur la bulle en plein milieu de l’ouverture. Un doux chant qui me fait gonfler le cœur s’en échappe, bien plus joli et en même temps moins dangereux que celui des sirènes : le chant de l’Amour.

Je m’approche religieusement et le bulle éclate, laissant échapper une douce voix de femme. J’ai l’impression d’entendre celle de ma mère, ou bien de toutes les femmes qui m’ont apporté énormément dans la vie.

– Approche, doux mortel, n’aie pas peur tu n’as rien à craindre de moi qui suis désormais passionné par ton histoire de la quête de l’Amour. Je sais ce que tu veux et tu vas pouvoir te le procurer. Prends-en une dans mon grand coquillage et une dans un petit à côté, comme souvenir de ce moment. Tu jetteras la perle dans la mer si ton cher et tendre ne t’aime pas, ça te guérira de ton amour. Sinon, glisse là dans un collier et mets là autour de ton cou pour la réchauffer. Va, la bénédiction d’Aphrodite t’accompagne...

Un courant chaud passe autour de moi et me réchauffe le cœur alors que je pose les yeux sur le lit de perles argentées. En prenant plus d’une, il y aurait de quoi devenir riche vu la taille des perles. Mais je n’ai pas besoin de la richesse, c’est l’amour qui est maître de mon cœur. Je prends donc celle qui me semble la plus belle, un reflet nacré blanc dans l’argent pur, puis m’approche des huîtres perlières au pied du grand bivalve. Je me demande comment avoir ma perle souvenir puisque toutes sont fermées. Alors que ma main touche involontairement l’une d’elles, celle-ci s’ouvre et laisse échapper une perle d’une nacre éblouissante, la lumière se reflétant d’une douce couleur rosée. Elle est magnifique, bien plus que celle en argent finalement.

Je repars donc en sens inverse en espérant ne pas être trop loin de mon embarcation, mais dès que je suis dans le passage qui m’a conduit à la grotte un fort courant m’entraîne. Balloté dans tous les sens je perds par où je suis venu, j’essaie de nager pour me sortir de cette force qui me dirige. En plus l’air dans les bouteilles commence à avoir un goût métallique, je dois remonter jusqu’à la surface rapidement. Je commence à paniquer, c’est vrai que je n’avais pas pensé à ce danger. Je ne veux pas mourir noyé ! Mais ma tête crève l’étendue liquide, je me dépêche de respirer l’air marin alors que mon bateau m’attend à quelques encablures, une petite coquille de noix sur la mer un peu agitée.

De retour à Chorefto, je rends ma location et récupère la caution avec soulagement avant de repartir vers le mont Pélion. Dès que j’atteins la sortie de la ville, mon destrier terrestre est là, me fait monter sur son dos et part en trottinant vers l’aboutissement de ma quête. Je suis surpris, je l’avais laissé dans le camp des centaures. Mais au moins je profite d’un petit somme le temps d’arriver.

Quelle n’est pas la surprise du chef en me voyant ! Il pensait que les flots m’auraient eu, ou que je mette plus que deux jours. J’ai une chance de cocu que voulez-vous ! Enfin… j’espère que non, juste beaucoup de chance. Le vieux Pan étant présent, l’échange se fait entre la perle et la cape, une promesse est une promesse. Dès que je l’ai entre les mains je la trouve horriblement lourde et que je dois m’en débarrasser le plus vite possible, sinon il va m’arriver un malheur. Je ne sais pas pourquoi le nombre de jours que je sens avant qu’une catastrophe m’arrive est le chiffre 13. Je ne pensais pas que ça venait de si loin cette croyance. Bref, je ne reste pas plus longtemps, car ces poneys alcooliques ont réussi à trouver de l’alcool dans la région – un fermier sera surpris de voir sa grange dévalisée – et commencent déjà à partir dans le monde de la fête. Moi je dois de toute façon rendre l’animal à son propriétaire avant de partir pour l’Égypte.

Au bord du ruisseau où je les ai rencontrés pour la première fois, je vois mes deux jeunes amis. Alors que je m’apprête à leur dire au revoir, je suis coupé par le vieux satyre.

– J’ai vraiment été heureux de te rencontrer Jean, mon fils s’est enfin assagi. Ta venue était bienheureuse et ses conséquences sont plus que positives. Je t’en remercie.

– Euh et bien, vous m’en voyez ravi, merci à vous tous pour votre aide qui m’a été très précieuse. Vous allez me manquer.

– Mais on ne t’a pas dit la meilleure ? Sylvis et moi on veut venir avec toi, rigole le jeune homme.

J’ouvre des yeux ronds.

– Mais le monde des humains n’est pollué et pas fait pour vous ! Vous n’allez pas y être bien.

– Mais si, tant que les racines d’où une nymphe vient sont protégées, il sera bien. En plus on est curieux de voir le monde et on sait qu’on peut te faire confiance. Puis on peut t’être utile, surtout avec ma musique ! argumente Sylvis.

– Mais si des humains vous voient ?

– On a tout prévu ! Regarde, me disent-ils.

Le satyre s’habille d’une sorte de sarouel qui tombe sur ses pieds, cachant ses sabots et se coiffe d’un chapeau qui fait penser à Bob Marley pour camoufler ses cornes. Symid quant à lui a le même style de vêtements que moi, un tee-shirt rappelant l’écorce du bouleau et un jogging gris moucheté, 100 % végétal dit-il. Un peu comme lui quoi. Mais il ne cache pas ses lèvres aussi noires que ses cheveux. Bon, pour des gens peu attentifs, ils paraitront assez humains je suppose.

Je les prends dans mes bras, je suis ravi de me dire que je vais les garder avec moi. Par contre on va devoir trouver une solution pour la suite du voyage, car eux n’ont pas de papiers d’identité…

Adrian a l’air heureux de me revoir, un peu surpris de mes deux compagnons de voyage, encore plus quand ils lui dévoilent leur vraie nature. Je raconte rapidement les quelques jours passés et je vois ses yeux qui brillent quand mes compères ricanent en décrivant ma tête ravie et surprise à l’annonce de leur décision de m’accompagner. Je vois bien dans sa tête qu’il se dit la même chose sauf qu’il ne peut pas abandonner sa ferme du jour au lendemain. Devant son air de chien battu à l’annonce de la poursuite du voyage et pour que Sylvis et Symad commencent à s’habituer au monde qui s’offre à eux et ne pas paraître trop bizarre, je décide de rester un peu chez lui. Il a un sourire éblouissant et me remercie en me serrant une fois de plus sur son torse sculpté.

Je vais donc rester une semaine supplémentaire chez le jeune Grec, lui servant tous les soirs de doudou alors que les deux compères dorment dans le verger au milieu des oliviers, leur apprenant à se comporter un minimum de manière humaine et aidant aux travaux de la ferme en dehors de ces moments d’apprentissage. Ils se font très vite sur tous les aspects de notre monde, que ce soit les véhicules et autre, il n’y a que manger avec une fourchette qui les dérange – et de toute façon Symad n’a pas besoin de manger, mais uniquement de boire de l’eau. Ce qui me fait penser que ça risque d’être compliqué pour eux dans le désert, je les préviens donc. Mais j’ai sous-estimé la magie une fois de plus, le satyre pouvant jouer un petit air de pluie pour son sylvain. De toute façon on va prévoir suffisamment de bidons d’eau pour tous.

À la fin de la semaine, je n’ai qu’une envie : continuer ma route. Mon hôte le voit et nous aide à faire nos bagages alors que je sens la tristesse en lui, il s’était habitué à notre présence. On va retourner à la même petite ville où un navire nous attend de bon matin pour nous faire remonter le Nil, j’ai presque l’impression d’être un contrebandier à voyager peu légalement alors que la carte d’identité et le visa acheté sur place peuvent suffire pour visiter l’Égypte, mais nous n’avons pas le temps de faire des papiers à mes acolytes qui n’ont aucune justification de domicile et autres pièces nécessaires pour les faire, techniquement ils n’existent que dans les légendes…

Alors que nous faisons tous les trois signes à Adrian resté sur le quai, je me demande ce qui nous attend dans un tombeau où les légendes s’avèrent être réalités...

Pititgayy

pititgayy@gmail.com

Suite de l'histoire

Autres histoires de l'auteur : Les chemins de fer - À deux sous le sapin - L'inconnu du train - Je (me) décoince (avec) mes amis - Le pompon du marin - Frenchies in a New World - Mon meilleur ami et moi dans les bois - Mon ami l’escort - Mon âme au diable - Au fond on ne change pas - L'inconnu de la poste - Remis à ma place - Le mec idéal - Rendez-vous particulier

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