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HISTOIRE

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Premier épisode - Épisode précédent

Frenchies in a New World

Chapitre -03

J’ai vraiment fait un bon choix en achetant cet appart ! J’adore mes colocs, mon frère et mon ami sont géniaux, ils sont gentils et drôles. Je suis très content que ça se passe bien entre eux, surtout que Valentin se décoince progressivement sur le côté essentiel d’une vie de couple. Des murs épais c’est indispensable quand les deux amis en question sont plus ou moins accros au sexe. Pour le moment un des deux est encore prude, mais pour combien de temps… Il se laisse aller à ses envies, et c’est très bien : tant que l’on a du désir, il faut le combler. Si je n’avais pas tous ces principes, sans parler de ce besoin d’être romantique, je pense que je me serais plus souvent laissé aller.

Cependant, je n’ai pas de remords, je n’ai pas changé, et au moins tous ceux avec qui j’ai couché m’ont eu « corps et âme », même si je ne suis pas resté avec eux… Je regrette presque de ne pas être tombé amoureux de Valentin, il est tellement mieux que mon ex. Et maintenant, moi, le romantique, j’ai peur de ne trouver personne et de rester un cœur à prendre gorgé d’amour pour le restant de mes jours.

J’arrête de penser à tout ça et je me prépare. Je vais prendre une douche pour me remettre de cette nuit — moi aussi j’ai des hormones en ébullition ! En passant devant la porte de leur chambre, je n’entends pas les deux tourtereaux profiter de leurs corps. Surprenant, ils dorment ? Je me demande parfois comment fait Thomas pour bander autant sans rien faire à son chéri. Lui, par contre il a bien changé et pour le mieux. On a tous grandi l’année dernière grâce au petit rouquin.

En parlant du loup, il entre dans la salle de bain alors que je quitte la cabine de verre opaque et l’eau chaude pour attraper ma serviette. Il a cette réaction super mignonne, il rougit jusqu’à la racine des cheveux ! Ce n’est pas comme si on ne s’était jamais vus nus et qu’on n’appréciait pas le physique de l’autre. Je saisis le tissu et me couvre alors qu’il détourne le regard.

— Enfin Valentin, tu ne vas pas me dire que ça te gêne de me voir tout nu, on est au-dessus de ça quand même ? En plus tu vois ton mec à poil tous les jours.

— Bah on est frères on doit pas se voir nu et…

— Et quoi ? Justement on est frères, et en plus tu as ton mec donc ça ne change rien, dis-je en le prenant dans mes bras.

Je sens de l’agitation au niveau de son bas ventre alors que je l’oblige à rester contre moi. Il gigote et essaye de s’échapper. Je comprends mieux ! Je le rassure donc et lui explique que ce n’est pas grave, il y a des tas de mecs qui peuvent le faire bander : tant qu’il reste fidèle et ne couche pas dans tous les coins et se cantonne à son chéri — peu importe à quels points ils sont chauds tous les deux — ça ne change pas ce qu’il est, un bon petit mec. Comme toujours, j’arrive à l’apaiser et il se laisse aller contre moi ; il m’avoue qu’il a peur de devenir de plus en plus accro à ce qu’ils font, avec Thomas.

— Mais c’est normal d’aimer le sexe ! En plus il se donne à fond pour que tu aimes ça. Du peu que j’en ai vu à l’époque, tu es super chaud, faut surtout pas t’en vouloir. N’oublie pas que la plupart du temps tu es un garçon gentil et serviable, un vrai petit ange, alors ce n’est pas grave si tu es un petit diable au lit.

— Ouais, mais si ça se sait à la fac ça ne va pas le faire, même si je sais bien qu’il ne faut pas se sentir coupable d’adorer ça…

— Comment ça se saurait ? Ce que tu fais, ça se passe juste chez toi, personne n’est au courant. Moi, je sais que tu es passif, mais ça reste entre nous.

— Je…

Ses yeux sont perdus dans le vague et je les vois pleins d’hésitation. Il y a vraiment un truc qui le tracasse. Mais cette lueur disparait rapidement, remplacée par un faux sourire. Il lève la tête vers moi et s’exclame :

— Bon va t’habiller ou je te croque, tu étais délicieux dans mes souvenirs.

Je mets ma main sur le cœur et prends un air faussement outré.

— Où est le vrai Valentin gêné de se faire deux mecs ?

— Quoi quoi, comment ça deux mecs ? Je te suffis plus c’est ça ? Je peux t’en donner plus hein, susurre le grand brun qui débarque soudain dans la salle de bain en boxer.

Boxer qui se tend d’ailleurs en voyant son rouquin préféré. Il est temps pour moi de m’échapper, les plans à trois ce n’est pas pour moi, et mater un porno en direct encore moins !

Le temps d’aller m’habiller et je retrouve les deux comparses dans la cuisine en train de préparer le petit déjeuner. Je discerne un air de frustration sur le visage du grand gaillard. Je ne peux m’empêcher de sourire, ce n’est pas demain la veille que Valentin va enfin se lâcher totalement sur le sexe et accepter les propositions de son chéri sans rechigner ! Mon sourire s’efface brusquement quand je vois qu’il est déjà sept heures quinze, il faut qu’on parte dans dix minutes !

Une fois sur le campus, j’essaie de vérifier les dires du rouquin : est-ce qu’on me mate vraiment dans les couloirs ? Aussi gênant que ce soit pour moi, ce n’est peut-être pas une mauvaise nouvelle, ça pourrait être une solution pour me sortir de mon célibat — même si je ne me console pas rapidement avec un autre moi. Il faut que je trouve quelqu’un de parfait, quelqu’un qui me mérite et qui ne me trahira pas. C’est un peu prétentieux de penser ça, mais je crois que j’ai toujours donné le meilleur de moi-même et que j’ai fait de nombreuses concessions. Je ne me laisserai plus bercer par les agréables fantômes du passé, c’est le présent qui compte désormais !

Alors que je commence mon cours, je remarque qu’effectivement mes étudiants sont très attentifs à ce que je dis. Plus qu’avec mes collègues ? Je n’en sais rien. Ou alors c’est que mon cours est en français, ce qui oblige à se concentrer davantage pour comprendre la langue de Molière. En tout cas j’ai hâte que ces deux heures soient finies ; le cours suivant inclut la promo de Valentin, et en plus il y aura ce fameux rouquin qui me dévore du regard selon mon frère.

D’ailleurs, quand ce dernier arrive, il est toujours aussi seul. Un sourire se dessine sur son visage lorsqu’il me voit. Il s’approche et nous commençons à discuter. J’évite le sujet sensible et lui demande comment s’est passée sa matinée. Il est encore perdu sur une notion de chimie, je resterai un peu plus longtemps dans l’amphi ce soir, voilà tout.

— Tiens c’est lui, me glisse Valentin alors que sa classe entre. Par contre, fais gaffe de ne pas te faire griller en le regardant, ajoute-t-il. Je pense qu’il va venir me parler pour savoir des choses sur toi, s’il ne te fait pas carrément du rentre-dedans.

Je jette un regard en coin à notre cible et je souris. Je me penche vers Valentin pour lui chuchoter :

— Il est plutôt pas mal. Mais il n’a pas ce côté réservé et timide que j’adorais chez mon rouquin.

— Ah bah ça c’est sûr que lui, il n’est pas coincé sur le sexe ou quoi que ce soit. Vu comment il prend la pose à longueur de journée, il est totalement assumé et fier d’être un roux bouillonnant.

— Remarque, j’en connais un à qui ça ne ferait pas de mal de prendre un peu modèle sur lui, en plus ça ferait le bonheur de ton mec !

— Oui bah ne nous pressons pas, tu sais que je réfléchis trop, après je regrette un peu, m’avoue Valentin avant de rejoindre sa place.

Je lui souris gentiment : il n’y a rien à regretter quand on fait des choses avec quelqu’un qu’on aime. Il faut vraiment qu’il comprenne que ce n’est absolument pas grave de se laisser aller à ses pulsions. Enfin si je lui dis ça, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité... Mais pour ma défense je n’ai pas de mec à qui je peux prouver mon amour, et qui me le rend bien. Bref, faisons ce cours, que je puisse manger avec Valentin et rire un peu.

Alors que je parle en faisant attention à ne pas être trop rapide, je jette un coup d’œil un peu plus insistant sur deux élèves en particulier : le rouquin qui me dévisage avec un air coquin, un crayon dans la bouche, et le fils à papa qui ne lâche pas du regard les deux roux sans se départir de son air de supériorité. Et si c’est à cause de lui que mon frère ne va pas bien ? Non, il les ignore maintenant… C’est peut-être simplement que mon pauvre Valentin est perdu en cours et qu’il se sent seul. C’est probable, vu le temps passé à retravailler ses cours avec moi, ça aurait de quoi déprimer le plus joyeux des étudiants. Il n’y a rien de pire que de se sentir isolé et stupide, en plus de rester planté-là à ne pas comprendre ce qu’on doit apprendre.

Je conclus enfin ma leçon, et pour la première fois depuis le début de l’année, j’ai un étudiant qui reste à la fin du cours. Une question à propos de ce qu’on étudie ? Surement pas, vu qu’il attend que tout le monde soit sorti. Les élèves quittent l’amphi un par un, jusqu’à ce qu’il ne reste que mon client habituel, mon frère, ce qui semble mettre l’autre étudiant mal à l’aise. Il passe ses doigts dans sa tignasse rousse, louche sur mon frère pour voir s’il s’en va et finit par abandonner nous souhaitant une bonne journée dans un français hésitant.

On mange donc tranquillement avec Thomas au bout du fil, c’est notre petite tradition depuis le début de l’année. Valentin plaisante en affirmant que Peter, le rouquin en chaleur, va vraiment se mettre à lui parler pour glaner des infos sur mon compte. Thomas, à qui j’ai décrit un peu l’animal sous la description du bonhomme, demande à son chéri de prendre exemple sur lui, mais de ne pas trop se dévergonder non plus — il veut le garder seulement pour lui. Son « bébé » soupire.

— Aucun mec ne m’excite autant que toi juste j’ai peur de me lâcher, tu peux comprendre.

— Mais oui mon bébé ne t’en fais pas. On fera l’amour de manière endiablée quand tu seras prêt.

— Enfin en attendant vous vous amusez bien quand même bande de pervers !

J’ai lancé une discussion très amusante, le rouquin se lâche enfin un peu : il s’exclame qu’il n’est pas si accro que ça aux corps à corps avec son chéri. Vu la bosse dans son pantalon, si, il l’est ! De l’autre côté du téléphone, j’imagine Thomas plus raide encore, occupé à imaginer son copain, surtout s’ils ne l’ont pas fait ce matin. D’ailleurs le géant demande à quelle heure finit son chéri, et je suis prêt à parier qu’il va venir le chercher.

Quand arrive la fin de l’heure du repas, je regarde s’éloigner mon frère de cœur avec un petit regret ; dès qu’il croit que je ne le regarde plus, ses épaules s’affaissent. Il n’a que deux choses qui lui remontent le moral, son chéri et moi. Mais pas le temps de réfléchir à ce qu’il faut faire, mes étudiants de l’après-midi sont déjà là. Je commence quand même à me demander si je ne vais pas utiliser les envies de Peter pour l’employer à ma solde afin qu’il découvre ce qui arrive à mon rouquin préféré… Certes ce n’est pas très sympathique de profiter sauf que je ne vois pas quoi faire, et sa maman va nous en vouloir — ainsi que la mienne — de le laisser dans cet état.

Lorsque la journée touche à sa fin, je vais attendre Valentin devant les vestiaires, à la sortie de son cours de sport. J’entends que ça chahute, ça parle fort, mais rien de bien compréhensible, je suis trop loin. Je vois les élèves sortir par petits groupes ; le fils à papa parade avec sa troupe, et quelques instants plus tard les deux jumeaux capillaires débarquent à leur tour. Dès qu’ils me voient, ils sourient, l’un de manière coquine, et l’autre manifeste son soulagement. Les deux garçons se saluent en anglais.

L’un parle couramment la langue de Shakespeare, pour le deuxième c’est un peu plus… disons qu’il parle avec l’accent français. L’essentiel, c’est de se faire comprendre, et c’est so sexy à ce qu’il parait. Dès qu’il est suffisamment proche de moi, je commence à taquiner mon frère.

— Alors ça y est, tu te dévergondes ? Il t’a donné des tuyaux pour te lâcher au pieu ?

— Tu as tout faux ! Il est venu me poser des questions sur toi, il a cru qu’on était vraiment frères. Pourtant on ne se ressemble pas, tu es bien plus beau que moi.

— Arrête de te rabaisser, sinon je vais dire à Thomas de te mettre des fessées ! dis-je alors qu’il rougit. Tu n’es pas moins beau, tu as un charme plus naturel et sauvage, un ptit roux en feu. Et l’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur.

— Bien mon Prince, j’attends les fessées, me rétorque-t-il en souriant. Bon, en tout cas saches que si tu n’as pas de mec en vue, ce cher Peter est prêt à se plier au moindre de tes désirs.

Là c’est moi qui suis gêné, je ne veux pas d’un mec soumis ! Enfin vu le regard de Valentin, il n’a pas fini de me taquiner. Je m’apprête à répliquer alors que nous franchissons les portes de la New York University, mais un géant brun l’attrape en me bousculant légèrement et se met à lui dévorer les lèvres. Sur le parvis, un peu plus loin, j’aperçois le groupe de prétentieux (ses) qui nous observent. Je m’énerve :

— Mais sérieux ils n’ont jamais vu des mecs s’embrasser ? Et puis pourquoi ils sont là, leurs parents n’avaient pas de quoi leur payer une fac de l’Ivy League bordel, plutôt que de devoir supporter leur gueule ?

Le couple arrête de s’embrasser et me dévisage, surpris, avant de tourner la tête pour suivre mon regard. Valentin détourne rapidement les yeux alors que Thomas croise ceux de Prétentieux Premier.

— Je l’aime pas celui-là, il a une tête à claques, grogne le brun. Je n’aurais pas mon p’tit mec je le soumettrai salement.

— Je ne veux pas entendre ça ! s’exclame le rouquin. T’es mon nounours tout gentil, tu es pas comme ça.

— Aaah mon petit cœur, rigole le nounours en question, j’ai changé pour toi, mais j’étais comme ça avant. C’est vrai que je me sens mieux avec toi, tu me fais revivre.

Il le serre contre lui avant de le faire tournoyer. Quelques filles gloussent dans un coin, vu leurs yeux je mets mon petit doigt à couper qu’elles sont fans de gays.

— On va refaire des courses ? demande Valentin.

— Tu ne veux pas plutôt travailler ta chimie ?

— Bof, pas ce soir, le sport ça m’a tué, je n’ai pas envie de bosser…

— OK, allons-y alors.

On passe d’abord à l’appartement avant d’aller au magasin : les courses, c’est plus pratique quand on a des sacs.

Ce qui est génial avec les magasins en Amérique, c’est que tout est mieux organisé, c’est plus facile de s’y retrouver. Mais il y a des inconvénients : soit les portions sont plus grandes, soit suremballées. Ma conscience écologique me pousse à prendre les produits les moins plastifiés, et également à favoriser tout ce qui est bio. Contrairement à la France, ce type de produit est plus cher, même si on en trouve davantage. Les consommateurs américains sont beaucoup moins « uniformes » que chez nous, même si on peut distinguer trois catégories : les « gros » qui sont dans les rayons sucrés ; les « ultra diététiques », souvent sportifs, vegan ou autres, qui surveillent les étiquettes (ils ne sont pas très nombreux, ce qui explique les prix astronomiques des fruits et des légumes) ; Et enfin les « normaux », qui achètent en faisant attention aux prix sans vraiment se préoccuper de ce qu’ils mangent. En tout cas, une grande partie de la population n’a pas les mêmes habitudes alimentaires que nous : pas de salades ni de plats à cuisiner soi-même... Surgelés, pizzas, bouffe livrée à domicile, bref tout ce qui est gras : voilà le quotidien de nombreux New-Yorkais, d’où le nombre incroyable de restos. Toutefois, il y en a quelques-uns qui proposent des menus équilibrés, livrables à domicile et qui ne coutent pas plus cher que les courses que nous faisons. On peut aussi catégoriser les gens par moyen financier, les plus pauvres mangeant le moins bien, comme partout finalement. À la différence qu’ici la nourriture est moins chère donc presque tout le monde peut manger. Malgré tout cela, ça me fait mal au cœur de voir des jeunes d’à peine 15 ans déjà, deux fois plus larges que moi.

Toujours est-il que grâce à nos trois paires de bras, en une heure, nous ramenons suffisamment de courses pour la semaine, voire plus. Il faut cependant qu’on garde l’habitude d’en faire au moins une fois par semaine pour être sûr de toujours manger équilibré. Le samedi serait idéal pour profiter des prix plus intéressants sur les produits frais grâce au marché de l’Union Square Greenmarket. Finalement, notre emploi du temps s’est modifié, mais nous avons toujours nos habitudes de colocs. Ce qui change surtout, c’est que deux d’entre nous sont en couple et (très) actifs sexuellement. Enfin je me trouverai bientôt quelqu’un, j’en suis convaincu, il faut rester positif. Mais ce ne sera certainement pas ce Peter !

Ce soir le repas préparé par notre rouquin est simplement composé de riz, de haricots verts et de poisson à la sauce curry. Thomas propose évidemment à son chéri de lui donner un peu de sa sauce blanche pour qu’il se régale, puisqu’il adore ça. Je soupire, faussement agacé. Le brun me regarde en s’excusant. Je réplique que je ne suis pas vraiment gêné par ce comportement, c’est Thomas, je suis habitué. J’en rigole même, car maintenant, même s’il est toujours un peu brut, c’est aussi une vraie guimauve toute douce et amoureuse — qui adore le sexe et réclame à son mec. Valentin le mène vraiment par le bout du nez quand on y pense ! Comme quoi, l’actif n’est pas forcément le dominant dans un couple…

Ce soir encore on se couche tôt, car demain une longue journée nous attend.

Mardi matin ! Réveil à cinq heure trente pour aller faire un peu de sport — la salle ouvre tôt. Je dois faire bouger les deux tourtereaux, sinon ils restent au lit. Bon, ils auraient probablement dépensé des calories d’une autre manière, mais cependant ça ne vaut pas nos séances géniales et amusantes. Malgré leurs pitreries sexuelles, je ne me lasse pas de faire ma gym avec eux ; il règne entre nous un mélange d’aide, de compétition et de franche camaraderie, ça motive toujours énormément. On s’amuse tant qu’on ne voit pas l’heure passer ; à peine le temps de se changer que c’est le moment de partir pour ne pas être en retard. Comme quoi, ce n’est pas toujours la faute de mes camarades !

S’ensuit une grosse journée à la fac. Rien de bien passionnant, même si c’est la première fois que mes élèves sont autant perturbés en cours. La raison ? Les vacances sont dans quinze jours et il y a une soirée d’Halloween en cours de préparation. Bien sûr, c’est plus important qu’un cours. C’est donc aussi la première fois que je m’énerve au bout de la troisième heure à force de réclamer sans cesse le silence. En fin de compte, je décide de virer les plus chahuteurs afin de récupérer un peu de calme et de pouvoir continuer. Puis ça continue avec le cours suivant. Par chance, je peux passer mes nerfs sur le plus insupportable d’entre eux : Prétentieux Premier, comme je l’ai surnommé.

— Dites, si vous ne voulez pas suivre, vous vous barrez c’est bon !

Regards d’incompréhension de l’assistance. Je répète donc en anglais. Et là je vois plus de la moitié de mes étudiants qui quittent l’amphi à sa suite. J’en reste bouche bée quelques instants, mais j’ai bien vite l’idée d’une punition parfaite.

— Pour ceux qui ne sont pas partis, je vais continuer le cours et il ne sera pas mis en ligne sur la plateforme numérique, je parlerai plus doucement pour que vous ayez le temps de prendre toutes les notes. Et je vais faire l’appel au passage. Vous aurez un devoir maison pour la semaine prochaine, je vais vous donner des pistes afin que ce soit facile pour vous. Ah, et au prochain cours il y aura une interrogation sur ce qu’on voit aujourd’hui à partir de maintenant. Je compte sur vous pour laisser vos camarades dans le pétrin.

Je leur adresse un sourire charmeur et je vois l’ensemble de la salle m’approuver. Of course, avant de dire ça, j’ai vérifié qu’il n’y avait que les bons éléments de la classe. Eux seront ravis d’avoir deux bonnes notes dans la matière tandis que les autres devront se débrouiller. Certes les cours à la fac ne sont pas obligatoires, mais rien n’oblige le prof à mettre le support en ligne — c’est une organisation supplémentaire personnelle — tout comme rien ne m’interdit de poser des questions sur ce que les élèves n’ont pas vu s’ils étaient absents…

Après ça, je donne tous les éléments nécessaires à mes étudiants présents pour orienter leur devoir et qu’ils me rendent quelque chose de parfait. Je leur présente un corpus sur un sujet de sciences en français. Bien entendu, je serai plus indulgent avec ceux qui étaient présents s’il y a des fautes de langue. Est-ce du favoritisme ? Oui, mais pour les élèves studieux, c’est le principe de la récompense. Puis de toute façon, ça permet d’être dans les statistiques de la fac avec cinquante pourcents de bonnes notes, et près de quatre-vingt pourcents de réussite au total. Puis il faut savoir se faire respecter, tout jeune prof qu’on soit !

J’arrive à la fin de cette journée sur les rotules, mais j’insiste quand même pour donner son cours particulier à mon rouquin. Rapidement, il a pitié de moi et il me force à rentrer sous peine de me faire un massage là, ici, tout de suite. Son air sérieux me fait accepter, nous rentrons, et malgré la longue journée qu’il a eu lui aussi, il est au petit soin pour les deux mecs avec lesquels il vit. Le brun a également l’air de s’être pas mal dépensé aujourd’hui, il reste amorphe. Le sport, puis la journée, tout ça nous a usés ! Thomas car il a quasiment terminé les installations des bureaux, moi car mes cours ont été perturbés et se sont avérés plus fatiguant que d’habitude, et seul Valentin ne dit rien. Un bon repas et un massage à l’arnica prodigués par notre rouquin préféré contribuent à nous remettre d’aplomb pour demain ! Thomas ne se plaint pas trop de la faveur à laquelle j’ai le droit puisque pour lui, ça se poursuit dans la chambre une fois la porte fermée. Un bon massage spécial, il ne le refuse pas ! Même si je pense que ça ne sera pas très énergique et pénétrant ce soir. Quoique connaissant Thomas, il y a des chances qu’il se réveille le temps de l’action.

Le lendemain, je me réveille plus en forme que la veille. Je me demande comment va se dérouler cette nouvelle journée. Je n’ai pas la classe de Valentin, mais je suppose que les autres étudiants seront aussi peu enclins à travailler qu’hier. Je me renseigne donc légèrement sur la cause de cette euphorie, la fameuse soirée d’Halloween.

J’apprends ainsi qu’elle est organisée par la plus grosse des fraternités du campus et que chaque année c’est « spectaculaire ». Tout jeune prof que je suis, je ne peux pas y participer, à moins d’être invité par un des organisateurs de la fête. Autant dire que ça va être compliqué, aucun n’est dans mes cours et je n’ai pas envie d’approcher ces grands hurluberlus dont le cerveau n’est malheureusement pas la partie la plus musclée du corps. Des boules de testostérone sans cervelle, qui baisent à tirelarigot. À quelque chose près, c’est pourtant ce qu’était un de mes amis — voire les deux. Ce qui me fait peur, c’est que ces rassemblements étudiants sont des lieux de débauche, que ce soit en ce qui concerne l’alcool, la drogue ou le sexe ; sans oublier l’intégration des nouveaux et les bizutages qui vont avec… Je ne veux pas que mon rouquin soit martyrisé par des abrutis sans respect ! Il va déjà assez mal, et en plus il fait semblant d’aller bien.

En tout cas, j’obtiens le silence en classe en utilisant la méthode que j’ai toujours détestée en tant qu’étudiant : l’interro surprise. Je l’avais préparé pour un futur devoir, ça me donne du travail supplémentaire plus tôt que prévu. Et dire que j’ai encore mon cours particulier ce soir… Heureusement mon élève est plus qu’attentif et studieux. Il comprend vite, mais il faut lui expliquer longtemps, si j’ose dire. La notion du jour qu’il n’a pas comprise est complexe à expliquer en plus, j’avais moi-même mis du temps à la saisir, alors je fais mon possible pour que mes explications soient limpides. Pendant ce temps, les heures filent à toute allure. Je ne vois l’aiguille de ma montre que lorsque je me penche pour chercher un livre dans mon sac, et en plus je ne le trouve pas ; je l’ai reposé à la bibliothèque la semaine dernière, je m’en souviens maintenant. D’une voix douce, tout en me levant et en rangeant mes affaires, je m’adresse à Valentin.

— Bon, écoutes, tu rentres, il est super tard. Je vais chercher un livre à la BU, je prépare quelques cours et je rentre ensuite. Fais attention à toi dans le métro.

Je ne peux pas m’empêcher de jouer le grand frère surprotecteur, c’est incroyable. Il lève les yeux au ciel.

— D’accord Damien, à tout à l’heure. Ne reste pas non plus trop à la bibliothèque, il est quand même vingt-deux heures, me dit le rouquin en jetant à son tour un coup d’œil à sa montre.

— Oui ne t’inquiète pas, je vais chercher un livre, travailler au calme une petite demi-heure puis je rentre, promis.

Il acquiesce et m’embrasse rapidement sur la joue, marmonne que je ne dois pas trainer et qu’il va me préparer un bon repas avant de mettre son sac sur ses épaules. Je souris, il ose dire qu’il n’est pas mignon comme ça, avec son visage tendre, sa veste qui lui va comme un gant — je l’ai très bien choisi — et son jean légèrement moulant. Je le complimente alors qu’il hausse les épaules, comme toujours ; il proteste moins quand c’est son chéri qui lui dit ça.

Je regarde sa petite tête rousse qui s’éloigne, puis je me dirige vers cet endroit trop silencieux, mais qui permet d’être studieux. J’ai faim ! Pourquoi est-ce que j’ai encore des choses à faire ? Allez, dans une demi-heure je suis dehors.

******

Je hais l’Ancien Français. Donnez-moi n’importe quelle énigme à résoudre, mettez-moi face au sphinx, mais ne m’obligez plus à faire de l’Ancien Français. Maudite matière, maudit concours ! Les mots tremblent devant mes yeux, je n’en peux plus.

Dehors il fait nuit depuis longtemps. La bibliothèque est l’un des rares endroits encore ouverts. Il n’y a plus grand monde. Quelques étudiants studieux. Et un gros type à côté de moi. Il mange des chips et regarde des sketches sur son portable. Il ne peut pas aller faire ça ailleurs, bon sang ! Si je rate ce concours, je ne pourrai jamais enseigner ici. Il me faut l’équivalence, que la France m’accorde un détachement à New York. Je ne veux pas rentrer chez moi pour me contenter de faire cours à des petits collégiens. Je veux plus, quoi qu’on en dise. Je mérite plus – et je me bats pour ça.

Alors que je suis sur le point de lui exploser mon stabilo sur la figure, le garçon au rire gras s’éloigne. Il s’en va enfin, je vais pouvoir travailler plus sérieusement, il n’y a plus que moi sur les tables. Enfin j’y ai cru, jusqu’à ce qu’il rentre. Un grand type costaud, blond, plus épais que moi. Peut-être l’un des joueurs de l’équipe, même si ce n’est pas vraiment une armoire à glace — il est plutôt élancé, bien que son t-shirt laisse clairement voir son corps en V. Je me dis qu’il n’est là que pour faire un emprunt de dernière minute, je ne m’occupe pas de lui.

Je retourne à mes moutons. L’Ancien Français. Chrétien de Troyes. Plutôt crétin oui !
Et voilà qu’il s’assoit à ma table, l’autre blondin. Il sort ses affaires — des manuels de science je crois. Il les pose à quelques centimètres de moi, mais je n’arrive plus à lire, j’ai trop mal aux yeux. Son odeur me chatouille les narines quand il ôte son manteau en cuir — je m’attendais à quelque chose de fort, comme de la transpiration, mais c’est plutôt doux. Je lui jette un regard en coin. Je croise ses yeux verts par accident. Il me sourit. Pourquoi est-ce qu’il me sourit ? Les gens ne me sourient pas, je suis le petit français un peu bizarre, celui qui vit entouré de livres. Je suis constamment plongé dans du latin – ou de l’Ancien Français. Ce n’est pas vraiment un choix d’ailleurs, il me faut ce concours pour accomplir mes rêves, je m’amuserai ensuite avec les grands garçons blonds aux yeux verts qui sentent le lait d’amande.

Il mâche un chewing-gum. Mes écouteurs isolent le reste, sauf que j’entends ses bruits de mastication, même s’il se fait discret. Il ne m’a pas parlé, pourtant il m’agace déjà. Je lève la tête. Il me regarde. Sans raison, ça m’énerve — il m’énerve. Il est trop beau pour être honnête. Je dois me dire ça, sinon je lui parle, j’arrête de travailler, et ce sera l’échec assuré. Je préfère être malheureux dans mon coin plutôt que de lui infliger mes heures de boulot interminables. Regardez-moi, déjà à supposer que je lui plais. Ne sois pas ridicule mon vieux, travaille !

Je me penche de nouveau sur mon texte, mais il est trop proche de moi. Je sens la chaleur de sa peau, son parfum enivrant, je l’entends presque qui respire, ses épaules se soulèvent, son torse se gonfle, il plie les bras pour sortir son ordinateur de son sac, ses biceps se contractent. Il me fait de l’effet, je ne peux pas le nier, c’est clairement explicité dans mon pantalon. Agacé, je claque mon livre d’un coup sec et vais le remettre à sa place dans les rayonnages. Lorsque je reviens, je le trouve penché sur mes notes. Je m’approche discrètement. Je ne sais pas quoi faire, je n’ai pas l’habitude des contacts — sans compter qu’il est un peu plus vieux que moi. Est-ce que je dois lui parler ? Apparemment je n’ai pas vraiment le choix si je veux pouvoir un jour quitter cette bibliothèque. Je lui tape sur l’épaule. Il se retourne. Il me dépasse d’au moins une tête — comme quoi la soupe ça ne fait pas grandir, c’est des conneries racontées par les mères ça, ça n’a pas marché sur moi.

Il me sourit et me tend la main :

— T’es français, non ? On dirait du français ce truc.

Il pointe mes notes du doigt. Par tous les saints, sa voix est presque hypnotisante. Ses mots m’enveloppent, ils me font tourner la tête. Je me secoue, ça fait trop longtemps que je n’ai pas mangé quelque chose, ce n’est pas lui qui me fait autant d’effet. Et pourtant, ses pectoraux sont à quelques centimètres de mon visage, je pourrais mordre ses tétons, lui arracher son t-shirt, le plaquer contre un rayonnage, m’occuper de sa ceinture… Oulah, faut que je me calme. Je n’ai jamais autant eu envie d’un homme avant aujourd’hui — c’est peut-être pour ça que je suis toujours seul. Eh ben pas de chance pour celui-là, si c’est le bon il ne tombe pas au bon moment, il n’aura qu’à repasser à la fin de l’année.

Il me tend toujours la main. Son sourire se crispe, il a l’air un peu gêné. Je touche rapidement sa paume, il m’électrise, je suis sur le point de lui sauter dessus. Je viens seulement de réaliser qu’il m’a parlé dans un français impeccable. J’acquiesce donc pour répondre à sa question et je commence à réunir mes papiers pour rentrer chez moi. Il pose sa main sur l’une des feuilles et la regarde d’un peu plus près.

— C’est quoi ? Ça ressemble à du français, mais c’est un peu bizarre. Ça date du Moyen-âge non ?

Je hoche la tête. Ses yeux me clouent le bec. Ils sont tellement verts, c’est hallucinant. Je crois que je bande comme un âne, mais je ne vérifie même pas, de peur qu’il ne s’en rende compte. Mes mains tremblent. Mes jambes flageolent. Mon estomac fait des loopings. Pourquoi est-ce qu’il m’impressionne à ce point ? Et pourquoi est-ce qu’il reste planté-là, à me poser des questions ? Il doit bien percuter qu’il me met mal à l’aise. J’aperçois sa carte étudiant sur la table. Il a le macaron des enseignants. C’est un prof ! Je suis muet, la bite extra-raide, devant un prof beau à damner un ange.

C’en est trop pour moi, la tête me tourne, je crois que je vais vomir. Je ne peux pas vomir, ça fait deux jours que je n’ai rien mangé. Ça fait aussi deux jours que je n’ai pas dormi. Je pense à ça alors que j’essaye difficilement de me rattraper au bord de la table. Ma cheville se tord, je ne tiens plus debout. Il me rattrape de justesse sous les bras. Ma tête percute ses abdos. Il me redresse en me collant contre son torse. Je sens la moindre de ses formes, c’est un peu comme s’il me tenait dans ses bras. Pas la peine de mettre un t-shirt aussi moulant d’ailleurs, il ne porterait rien ce serait presque la même chose. Son odeur m’environne alors que je ferme les yeux malgré sa voix qui m’appelle, qui m’ordonne de rester avec lui. Il n’avait qu’à ne pas être aussi confortable s’il ne voulait pas qu’on s’endorme sur son corps.

Je ferme les yeux. Il est la dernière chose que je perçois. Sa chaleur me berce pendant que je sombre lentement dans une torpeur irrépressible.

******

>>> Et voilà un nouveau chapitre ! J’espère que cette petite suite avec Damien et ce nouveau personnage encore inconnu vous a plu ! Qui est-il et que Damien va-t-il en faire... ? Si ça vous a plu, faites-moi un petit mail, ça fait plaisir ! (et je réponds toujours) La biz ! <<<

Pititgayy

pititgayy@gmail.com

Suite de l'histoire

Autres histoires de l'auteur : Vive l’armée ! - Bon prêt en liquide - Les chemins de fer - À deux sous le sapin - L'inconnu du train - Je (me) décoince (avec) mes amis - Le pompon du marin - Frenchies in a New World - Mon meilleur ami et moi dans les bois - Mon ami l’escort - Mon âme au diable - Au fond on ne change pas - L'inconnu de la poste - Remis à ma place - Le mec idéal - Rendez-vous particulier

DROIT D'AUTEUR, TEXTES INSCITANT A LA HAINE, IMPLIQUANT DES MINEURS...
MERCI DE ME LE SIGNALER : CYRILLO@CYRILLO.BIZ

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13 mai 2019

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