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HISTOIRE

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Premier épisode - Épisode précédent

Hommes de Loi -02

La passerelle

Je me suis séparé de Samuel au vestiaire, je ne tenais absolument pas que l’on soit vus ensemble. Non pas, évidemment, que j’étais mal à l’aise de me montrer avec lui. Assurément l’on aurait fait des remarques, quitte à encore salir mon image et à profiter de mon homosexualité pour m’atteindre. Plus aucun de ces stratagèmes ne fonctionne sur moi désormais. J’assume qui je suis, je n’ai pas honte. Et que les mécontents restent dans leur haine.

Pour autant, je sais parfaitement que je ne suis pas le bienvenu au commissariat. En tout cas, je l’imagine. Il doit rester, encore, quelques anciens collègues, ceux qui n’ont pas hésité à me lâcher au milieu des fauves pour que je craque. Ceux-là même qui n’ont pas reculé quand il s’est agi de mentir sur moi. Ceux-là, toujours, qui ont osé me regarder dans les yeux et me dire qu’ils n’avaient pas d’autres choix. Je n’étais clairement pas dans le bon clan il y a six ans. Je doute que leur opinion ait changé. Alors inutile de précipiter Samuel avec moi.

A peine poussée la porte de l’Hôtel de Police, je monte directement au quatrième et dernier étage. Je ne tiens vraiment pas à croiser qui que ce soit, et je risque d’arriver en retard. Arrivé, je n’ai strictement rien reconnu. Tout avait changé, sauf ce long couloir et la passerelle. L’Hôtel de Police est toujours connecté au Palais de Justice par ce tas de ferraille. J’ai toujours détesté le traverser. Même si je ne peux m’empêcher de repenser, soudainement, à un joli moment passé ici.

C’était quelques mois après être arrivé au commissariat, je venais de prendre la déposition d’un entrepreneur qui estimait avoir été escroqué par son banquier. Ce dernier avait été une ordure, mais avait un réseau tel que seule la Police Judiciaire avait accepté de prendre sa plainte. Une heure à taper sur un clavier, comme une machine. En réalité, j’étais très loin de mon bureau.

Je me souviens de son prénom, Benjamin. Il n’était pas très beau. En tout cas, il n’avait rien de spécial, rien qui aurait pu me faire craquer. Mais il dégageait une sorte de parfum incroyable. Quand il s’agitait sur sa chaise, essayant désespérément de me faire comprendre combien la banque l’avait trompé, il ne faisait que répandre une senteur de plus en plus forte. Il avait beau avoir passé sa journée dans les méandres du commissariat qu’il n’avait pas transpiré. Au contraire, sa peau semblait laisser échapper une émanation sucrée, subtile, dont je me serais drogué.

Au moment de signer la déposition, quand je suis passé de son côté, j’ai cru qu’il venait de verser sur moi tout un flacon de son arôme. En une heure il avait fait de moi un camé tel que ceux que je traquais. Il souriait en permanence. Epuisé, peut-être même agacé par une administration qui ne le croyait pas, il ne cessait jamais de sourire. Lorsqu’il s’est penché pour récupérer son sac et enfin quitter l’enfer de sa journée, j’ai osé placer mon bras entre les deux et ressentir sa main saisir malgré elle ma propre main.

Pour moi, qui avais tout juste accepté l’idée d’être gay, c’était déjà un effort surhumain. Je déteste que l’on me touche, je dois être l’initiateur des contacts. J’ai failli la retirer, tant la pression que je ressentais était forte. J’ai tenu, sans doute groggy par les effluves qu’il ne régulait pas et qu’il m’envoyait directement dans les narines.

En touchant ma main, il n’a pas cherché à dévier ou à l’esquiver. Il m’a empoigné avec force, mais subtilité. Ses doigts n’ont pas fait que serrer ma main, ils se sont mis à doucement bouger, à lentement me caresser. De quelques millimètres bien sûr, mais ces millimètres venaient compléter l’expérience hallucinante que je vivais.

Son sourire était décuplé, son parfum m’entourait et maintenant sa main courrait sur mon bras. Je l’ai regardé dans les yeux, et j’ai lu dans les siens une dissonance incroyable. Si moi j’étais sûr de mon désir pour lui, je percevais chez lui une envie fougueuse et, en même temps, une retenue. Tout ceci n’a duré peut-être qu’une seconde, mais ce fut assez pour que tout se grave dans ma mémoire.

Il n’y avait plus personne dans l’Hôtel de Police, et encore moins au quatrième étage, je le savais. Je n’ai rien dit, j’ai pris un risque. J’ai lâché sa main, et doucement, nonchalamment, j’ai poussé la porte de mon bureau, puis celle des escaliers ; et ce sans jamais le quitter des yeux afin qu’il comprenne l’itinéraire.

Je prenais là trois risques. D’abord que je me sois imaginé qu’il puisse s’intéresser à moi, voire qu’il était gay lui aussi. Ensuite que l’on nous surprenne. Après tout, je savais que tout le monde devait être parti à 21 heures, mais je n’en étais pas sûr. Enfin, en m’éloignant de lui, je perdais le contact olfactif qui m’avait charmé. La drogue qu’il avait semée en moi aurait pu s’estomper s’il ne se dépêchait pas à me rejoindre.

J’ai eu raison de prendre ces risques. Il m’a suivi, et sans jamais rien dire. J’entendais dans mon dos sa respiration qui accélérait au fil des marches gravies. Non pas par l’effort que l’escalier nous imposait, mais par l’excitation d’ainsi franchir un interdit. Il était très exactement sur la marche précédente de la mienne, me permettant de sentir sa chaleur et, toujours, d’humer sa présence.

Arrivé au dernier étage, j’allais pour pénétrer dans la salle de réunion quand il m’a retenu par le bras. J’espérais qu’il m’embrasserait, qu’il commencerait à me déshabiller ou même à me toucher. Non, il prenait les rennes et m’amenait là où lui voulait aller : sur la passerelle en fer. Il faisait nuit, il faisait frais, il avait chaud, c’était sans doute le lieu idéal.

Pris soudainement d’un doute, je me suis appuyé sur la barrière, face à la ville qui me contemplait. Ses yeux inquisiteurs me rappelaient que je n’avais pas le droit, que je faisais une erreur. J’ai été sorti de ma bouffée d’anxiété par une main passant sous mon tee-shirt, et une seconde placée sur mon entrejambe. Ses lèvres étaient contre mon cou, sans qu’il ne m’embrasse. Je sentais l’air chaud sortant de ses narines contre ma joue. Il attendait, il avait placé ses armes, il attendait.

Pour seule réponse, j’ai laissé tomber ma tête sur son épaule. L’autorisation obtenue, il a subitement lâché mon cou, et s’est précipité à mes genoux. En quelques secondes, il avait non seulement fait prendre sa taille normale à mon sexe, mais il l’avait dégainé de mon boxer pour le placer entre ses lèvres. Et comme pour mon cou, il s’est stoppé là, net, me mettant dans une posture d’attente impitoyable. Puis, peu à peu, il m’a enfoncé en lui, maître de la situation.

Il jouait avec sa langue, avec ses dents aussi, avec ses mains. Il ne montait et descendait pas sur ma verge, non, il gravitait autour, comme pour que sa langue puisse, dans toute son expertise, connaître et solliciter chaque coin de mon intimité. Jamais l’on ne m’avait aussi bien sucé. J’étais gourmand et lui aussi. Il me regardait du coin de l’œil, et toujours avec son sourire vainqueur. J’étais vaincu, mais à l’origine de la bataille.

Dans l’obscurité, il m’était difficile de l’observer. Ma main dans ses cheveux me permettait à la fois de lui assener le rythme de la fellation mais aussi de détailler un peu plus son visage. Ses yeux étaient sombres, tout autant que ses cheveux, noirs, assez longs pour que je puisse les mettre entre mes mains. Il avait un visage rond, et toujours son parfum.

Pendant que je regardais avec attention tout son corps, il avait déchiré un préservatif, l’avait déroulé sur moi et se relevait avec un aplomb impitoyable. Et toujours sans un seul mot, pas une autorisation, pas un oui, il fit tomber son short. Aucun sous-vêtement ne séparait désormais mon sexe gorgé de désir de son corps tout juste dévoilé au niveau de ses fesses offertes. Il n’a rien dit, et d’un coup sec qui me surprit tout autant que son propre postérieur, il s’empala sur moi. Il n’a pas bougé, pas expiré, pas soufflé, pas crié. Il a encaissé comme si rien ne venait de se passer.

Pour la troisième fois, il n’a pas bougé, comme pour me faire patienter… Or, ma patience n’avait plus de limite à cet instant précis, alors j’ai commencé les aller-retours. Très doucement, parce qu’il n’était pas de ceux qui devaient gémir. Au contraire, je voulais garder ce silence, ce lien intime qui s’était établi entre nous. Visiblement il aimait que chaque centimètre aille et vienne paisiblement, lentement, puisque je sentais ses mains derrière ma nuque et sur la mienne.

Il commençait, enfin, à expirer plus fortement, sa respiration s’accélérait tandis que je faisais tout pour que mon souffle finisse sur ses cheveux. Légèrement plus petit que moi, j’avais une vue idéale, entre mon amant qui appréciait chaque coup de rein et une ville lumière qui semblait accepter que je sois en extase devant elle. Ou plutôt en lui. Cette lente et douce pénétration a peut-être duré vingt, trente, quarante minutes, je ne sais plus.

Je sais en revanche qu’il est venu placer ses mains contre mes propres fesses après avoir libéré, enfin, son sexe complètement bandé. J’ai compris qu’il était temps, et toujours doucement, je ne ressortais plus du tout de lui, mais je frappais autant que je le pouvais dans ses profondeurs. Il a joui avant moi, mais d’une jouissance telle que les jets que j’essayais tant bien que mal de provoquer ont traversé les mailles de fer de la passerelle pour s’écraser des mètres plus bas quasiment sur nos voitures. Il n’a pas crié, il a juste ouvert la bouche, comme si le son de son orgasme était coupé. Je n’ai pas tenu plus longtemps, mais nous sommes tout de même restés quelques secondes soudés.

Une fois revenu dans son état normal, j’ai débarrassé mon sexe de sa protection, et j’imaginais déjà Benjamin partir sans un mot. Ce qu’il fit : il remonta son short et, dans un silence qui me glaça cette fois-ci, partit. Je n’attendais pas de lui une déclaration d’amour, loin de là. Mais j’espérais au moins qu’il me ferait part de ses ressentis.

Presque déçu, je regagnais mon bureau après quelques minutes de contemplation, cette fois-ci sans qu’un homme me satisfasse.

« Enfin ! »

La même voix que celle que j’avais entendue pendant une heure. Il était encore là ?

« Tu en as mis du temps, tout de même, mon lieutenant. »

Il me disait cette phrase avec une dextérité tellement déconcertante. Inarrêtable. Ma répartie ne fut pas à la hauteur de sa décontraction :

« Je prenais l’air après un coup de chaud.

Auquel j’ai ardemment contribué je pense, osa-t-il me dire d’un air angélique.
Tu n’as plus besoin de penser après avoir si bien agi, lui glissai-je avec malice.
Si, précisément, je pense à toi. Je n’aurais jamais cru que tu étais de mon côté. Et pas seulement pour mon affaire bancaire.
Tu n’imaginais que j’étais attiré par les hommes ?
Par les hommes, par moi, et surtout pas ici. Tu as un esprit de révolte que j’adore, et qui s’est complètement estompé quand je me suis collé à toi.
J’apprends juste à profiter des bons moments. »

Au fil de ces quelques mots, il s’approchait de moi et, de nouveau, j’étais épris de son parfum. Plutôt de son odeur. Il n’y avait rien de chimique sur sa peau, seulement une odeur naturelle qui me plaisait. Il remarquait alors que j’avais quitté notre conversation, et saisit mon tee-shirt, proche mon bassin :

« Le silence. La douceur. Je n’attendais ni l’un ni l’autre de toi. Tu caches cette part de toi. J’apprécie. Je suis sûr que tu es brutal habituellement.

Pourquoi te mentir : oui, j’aime aller vite, loin, fort, parfois brutalement, que ce soit physiquement ou mentalement. Avec toi, il y avait le contexte, c’était différent.
C’était ? Ne parle pas encore de moi au passé, j’aurai peut-être encore envie de déposer plainte. Mais cette fois-ci pour réclamer des coups et blessures. »

Avec un clin d’œil, il reprit sa veste, son sac, et se dirigea lentement vers la sortie :

« A très vite, mon lieutenant. »

Revenu à mon bureau, je rangeai sa déposition, la signai à mon tour pour la déposer directement auprès du juge. Mais à côté, je me souviens qu’il avait déposé une carte de visite, remplaçant d’ailleurs son adresse professionnelle par son domicile. Je savais tout de lui, ainsi.

Aujourd’hui ressemble étrangement au lendemain de cette nuit. J’étais convoqué chez la procureure. A l’époque parce que la plainte était classée sans suite, le banquier n’ayant rien commis d’illégal, contrairement aux dires de Benjamin et de ce que j’imaginais. Ce matin, je reviens dans ce même bureau pour mon intégration. A une différence près : ce matin, je n’ai plus peur, et j’ai même envie de vérifier si ma voiture, quatre étages plus bas, n’est pas maculée de blanc.

– 3 –

(Dés)Intégré

La procureure a toujours été ma seule alliée ici. Elle seule a saisi que je n’étais pas qu’un flic sans cœur qui traitait ses affaires comme des dossiers. Elle a très tôt compris que je ne me fondrais pas dans la masse du commissariat et c’est, finalement, ce qu’elle a le plus apprécié. Nous avions tissé une relation cordiale, surtout pas amicale, elle détestait que l’on puisse imaginer qu’elle était partiale.

Bien sûr je ne traitais pas souvent avec elle, ce sont ses substituts qui suivaient les affaires. Je sais pour autant qu’elle laissait traîner un œil dès lors que le jeune lieutenant Daviau était dans l’équipe de police qui menait l’enquête. Je ne sais pas si elle me surveillait pour éviter que je ne divague ou si elle surveillait les autres par rapport à moi. Je n’ai jamais osé lui demander, l’appréciant bien trop pour prendre le risque de connaître la réponse.

Savoir qu’elle est encore là est une assurance pour l’avenir. Elle sait tout. Elle sait que je suis homosexuel. Que mes charmes ont parfois réussi à dénouer des mystères, même si j’ai risqué ma place pour ça. Elle sait aussi combien j’ai souffert il y a six ans ici, et combien je souffre depuis deux mois. Elle sait que je ne voulais pas revenir à la Police Judiciaire, et je suis convaincu que ma nomination à la Brigade Financière n’est pas une reconnaissance de mes bons et loyaux services.

Soit elle a réussi à me planquer ici pour me garder sous ses ordres et ainsi éviter que tout ne dérape définitivement. Soit ils ont besoin de moi. Peut-être que les deux explications s’entremêlent. Je ne risque plus grand-chose en étant commandant après tout. Seul le commissaire peut me demander des comptes et, sincèrement, j’ai envie de croire qu’il sera neutre quant à moi, voire de mon côté. Il n’est pas un vieux flic traditionnel qui décide de tout et ce pour tout le monde, ni un jeune flic qui pense avoir réinventé les méthodes de management.

A faire les cent pas dans le couloir du tribunal, perdu dans mes pensées, j’en oublie presque de regarder autour de moi. Toujours ce bois flamboyant, comme pour rappeler que la magistrature est solide comme un chêne. Des petits détails attirent mon attention, comme autrefois, tels que le portrait de Napoléon Bonaparte, qui appartient désormais à la collection du tribunal. Un clin d’œil, sans doute, au Code Civil et à son héritage.

La parenthèse historique fut courte, la procureure ouvrant, comme avant, la porte de son bureau avec force, claquant contre je ne sais quel meuble entreposé là. Ces six années lui avaient profité. Elle porte un magnifique tailleur rouge, des talons aiguille à faire pâlir les baguettes d’un magicien. Sa chevelure n’a pas changé, toujours aussi longue et châtain. Elle impressionnerait n’importe qui. Elle me fascinait.

« Julien ! Je n’étais pas assurée que vous m’honoreriez de votre présence.

Madame la procureure… Vous doutiez réellement que je manquerai notre entrevue ?
L’entrevue ? Une mascarade ! J’imaginais davantage que vous resteriez en congés, déclinant ainsi les propositions faites par le parquet et votre hiérarchie.
Je ne suis toujours pas millionnaire, et je n’ai pas pris l’habitude de me faire entretenir par mes amants. Alors je suis bien obligé.
Malgré les circonstances, je constate non sans plaisir que la pudeur vous est toujours étrangère !
Si je ne suis pas honnête avec vous, autant, effectivement, que je parte définitivement.
Restez dont. Vous y avez tout intérêt. Votre promotion au grade de commandant n’est pas anodine et vous le savez.
Vous êtes derrière tout ça j’imagine ?
Quelle erreur ! Votre hiérarchie m’aurait dilapidée sur la place publique pour ingérence. L’idée vient directement du ministère. En hauts lieux, votre parcours n’est pas passé inaperçu. Des plus hauts directeurs aux présidents et juges locaux, croyez-moi, vous avez bien davantage d’amis que d’ennemis.
Des amis sans visage. C’est pratique quand le vent tourne.
Ne soyez pas cynique, ce serait m’agacer au plus haut point.
Désolé, mais en ce moment difficile de me sentir soutenu. A part, peut-être, par vous.
Je ne fais que représenter toute l’institution qui, de près ou de loin, vous suit. Nous savons combien vous avez été mis à l’épreuve après votre mutation. Les affaires politiques, les scandales sexuels, j’en oublie très probablement. Vous avez géré avec discernement et sang-froid chacune des enquêtes, sans jamais craindre pour votre carrière.
Que ma carrière soit foutue est le dernier de mes soucis. Que ma vie soit entraînée avec me gêne plus.
Ni l’une ni l’autre ne le sont. Même si je n’ose imaginer ce que vous ressentez depuis ce tragique événement.
Coupable. Vous avez l’habitude de ce mot, vous. Coupable. Je ne suis pas responsable, ça non. Mais coupable, oui. C’est injuste. La sentence aurait dû tomber sur moi.
Je ne suis pas sans l’ignorer Julien. Croyez-moi. Je ne veux pas vous ennuyer davantage, alors voici les quelques informations dont vous aurez besoin. »

La procureure Casares me tend quelques feuilles. D’abord, un organigramme. Je suis le numéro 2 de la brigade financière, et donc parmi les plus hauts gradés de la PJ. Bonne nouvelle, on ne viendra plus frapper à ma porte pour me donner des ordres incongrus. Ensuite, une fiche de coordonnées, qui contient surtout deux noms : le commissaire Mancini et le substitut du procureur Bauer. Mancini est un type bien, je me souviens de l’avoir côtoyé sur une affaire de stupéfiants qui avait mobilisé à la fois ses équipes et ma brigade. Une autre bonne nouvelle.

Je m’attarde plus en détail sur le substitut Bauer. Il doit avoir mon âge, c’est impressionnant. Voyant mon intérêt grandissant pour son substitut, la procureure ose tout :

« Bel homme. Il n’en a pas conscience. Brillant étudiant, excellent magistrat-stagiaire. Il vient de quitter l’ENM de Bordeaux pour nous rejoindre. Depuis quelques mois nous formons un binôme équilibré lui et moi. Je suis convaincu qu’il sera un interlocuteur de qualité pour vous Julien.

Pourquoi me dire qu’il est bel homme ?
Il entrera ici dans quelques minutes, et je ne tiens pas à assister à une scène gênante durant laquelle mon nouveau commandant s’extasie sur mon substitut.
C’est donc l’image que vous avez de moi ?
Honnêtement ? Assurément ! », tente-t-elle avec un immense sourire.

Cette complicité est une aubaine pour moi. Elle sait parfaitement que jamais je ne serais tenté par son collaborateur, ce serait bien trop dangereux pour elle comme pour moi.

« Je vous rappelle ma ligne personnelle, Julien. Vous avez toute la latitude pour me déranger. Que ce soit dans le cas de barrières à lever comme pour soulager une angoisse personnelle.

Je vous serai toujours reconnaissant pour ça, Madame Casares.
Il n’y a aucune raison. Nous sommes deux êtres humains, après tout. »

Quelques coups sont donnés contre la porte du bureau de la procureure. Des coups légers, discrets, presque inaperçus. Entre alors un jeune homme effectivement à peine levé du banc de l’université. Il doit avoir quelques mois de moins que moi, au regard de son parcours. Pourtant il me semble si jeune. Ou bien est-ce moi qui suis déjà si vieux ?

« Bonjour Madame la procureure, bonjour commandant. Je suis Stéphane Bauer, de la photo que vous tenez entre les mains ! »

D’un bond synchronisé la procureure et moi nous levons, et je serre quelques secondes la main de ce nouvel arrivé. Une poignée de mains longue, où l’un et l’autre mesurons notre force, pour toujours être assuré sans pour autant écraser. Un équilibre entre nos mains se forme, malgré la disparité entre ses jeunes mains estudiantines et mes mains déjà abîmées. Je suis très sensible à ces premiers contacts physiques, et un sourire se dessine sur mon visage. Non pas de satisfaction en observant un bel homme, en effet, mais de confiance.

« Nous avons, Julien, une dernière information à vous communiquer. Hélas, rien n’a changé depuis votre départ, sans pour autant que la situation ne se détériore, commença la procureure.

Vous parlez des équipes ? demandai-je,
Des équipes… Votre optimisme est, sur ce point, inquiétant. Nous avons, vous le savez mieux que quiconque, deux clans qui s’affrontent dans ce commissariat.
Ils ont pourri ?
Ne parlez pas de malheur. Si leur existence a bien pourri, pour reprendre vos mots, toute l’ambiance du commissariat ; jamais, ô grand jamais, je n’ai eu affaire à un policier malhonnête.
C’était ma crainte.
Ce serait une erreur. Sachez que la plupart de vos anciens collègues ont été mutés ou mis à la retraite. Persiste la guerre entre les affaires économiques et financières et les autres brigades. Elle s’est effritée avec le jeu des promotions. Demeure un esprit de revanche chez les brigades criminelles, des stupéfiants et d’autres encore. Ils persistent à imaginer que les affaires financières leur cachent des enquêtes.
Sans oublier que ce sont des rétrogrades !
Je n’oublie pas non. Vous avez raison. Difficile d’être une femme ou même…
Homosexuel ? coupa le substitut, comme sorti de son mutisme,
Totalement. Même le placard aurait été plus confortable il y a six ans. », ajoutai-je.

Le visage de la procureure s’est fermé au moment même où je prononçais ces quelques mots. Elle n’a pas oublié, elle non plus. La cabale contre moi quand ils ont découvert par un mystérieux informateur que j’étais gay. Je suis sûr que c’était l’un d’eux. La cabale contre elle aussi, parce que ces idiots ne supportaient pas d’être dirigés par une femme. Bref, nous étions tous les deux dans la même galère. A ce détail près : elle était magistrate et moi leur subordonné. J’ai tout pris, j’ai tout eu, j’ai tout supporté, j’ai tout enduré.

Notre entretien se termine malheureusement sur ses mauvais souvenirs. Mon intégration aura lieu demain. En attendant, je peux rentrer chez moi. La procureure m’a rappelé, encore une fois, que sa ligne était libre. Le substitut semble perturbé. Il ne me serre pas la main, mais me suit. La porte à peine fermée, il jette un regard neuf sur moi :

« Commandant Daviau. Je n’arrive pas à supporter l’idée que vous ayez été discriminé.

Discriminé ? Harcelé oui ! Moqué ! Insulté !
Je … je ne savais pas.
J’ai demandé ma mutation en urgence, et l’on m’a répondu que je n’étais pas prioritaire. Mes chefs avaient saccagé mes évaluations, j’étais enfermé dans leurs griffes. Je faisais tout leur travail, les enquêtes étaient bouclées grâce à moi, ils récoltaient les honneurs et me traînaient dans la boue. Sans un témoignage anonyme et le soutien de la procureure, je serai probablement encore lieutenant. Ou ils se seraient débarrassés de moi lors d’une arrestation. Les balles perdues, c’est si malheureux.
Ca n’arrivera plus, je vous le jure, dit-il entre ses dents, la haine dans son regard.
Vous me semblez très concerné par mon cas.
Vous n’êtes pas un cas. Vous êtes un policier qu’on a abandonné lâchement. Vous êtes un homme qui a injustement payé pour ce qu’il était.
Je ne suis pas le premier vous savez.
Non, mais certains ne tiennent pas. Certains fuient. Certains se tuent ».

Il ne parlait plus de moi. Il se trame autre chose. Ce n’est pas lui, je ne crois pas. Un de ses proches. Un de ses amis peut-être. Il avait de la peine pour moi, j’en ai presque pour lui. Il me serre de nouveau la main, bien plus fortement. Sa main gauche vient se placer sur mon bras, comme un signe de soutien et de bienveillance. Par politesse, je réponds en déplaçant ma main sur la sienne. Par politesse, ou peut-être par réconfort.

En descendant les escaliers de pierre du Palais de Justice, je ne cesse de penser à ce Stéphane Bauer. Il nous cache quelque chose. Le trajet jusqu’à mon hôtel est d’un calme absolu. D’une platitude affolante. D’un ennui mortel. L’hôtel est paisible. Froid au premier abord, mais il faut s’avancer pour partir à la rencontre d’une hôtesse, d’un garçon de chambre, d’un barman, tous aussi chaleureux les uns que les autres.

Cet hôtel me ressemble finalement. Mes valises sont là depuis hier, je n’ai rien touché. En balançant mon téléphone sur le lit, celui-ci se connecte à Internet et se met à jour. Grindr commence à exciter mon téléphone par son lot de notifications. Aucun SMS, aucun appel. Je ne semble exister que pour ces inconnus qui écrivent à un profil sans photo. Je ne peux prendre aucun risque après tout.

Entre les sa va, les photos obscènes et les salut, quelques énervés qui ont envie de fun now. Aucun qui n’ait répondu à ma question. Personne ne semble lire mon profil. Personne n’a encore pris le temps de réfléchir à mon interrogation. Pourquoi écris-tu à un profil vide ? Ce qu’ils ne savent pas, c’est que le vide, il est dans mon regard ce soir.

***

Si vous êtes arrivé jusqu'à la fin, d'abord merci et n'hésitez pas à suggérer des épisodes ou des enquêtes. Samuel, Julien et Stéphane pourront être et seront rapidement entourés de nombreux collègues, suspects et autres relations bien plus intimes... Si vous le souhaitez ;)

JulienW

jw04@gmx.fr

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