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Hommes de Loi -10

Hétéro

L’état de semi-conscience dans lequel j’étais plongé n’a pas cessé aussitôt. Au contraire. J’agissais comme si un hypnotiseur avait son emprise sur moi. Il n’y avait aucun pendule, aucune voix sur laquelle se concentrer. Pourtant, je n’étais pas moi-même, mon sourire béat de tout à l’heure ne me ressemblant pas. Lorsque Samuel a prononcé le nom «hétéro», je me suis réveillé. Ce devait être le mot-clef, tant il a résonné dans ma tête.

Aucune douche froide. Le sol ne se dérobe pas sous mes pieds. Je suis quasiment impassible depuis ce mot tant redouté. Je vois simplement les visages respectifs de Marc et Favian rougir, microseconde par microseconde ; tandis que les lèvres de Samuel continuent de s’activer afin de prononcer de nouvelles paroles. Je les comprends après tout, qualifier un «hétéro» d’«homo» n’est pas la plus aisée des situations.

Une bulle m’entoure. Elle est insonorisée et le temps passe bien plus lentement en son sein. J’ai le temps de détailler chacun de mes interlocuteurs. Marc et Favian, que j’ai un temps soupçonnés, dans la pharmacie, un temps détesté, dans leur appartement, un temps désirés, dans le studio photo, me semblent aujourd’hui de plus en plus familiers. Je crois qu’une belle relation pourra naître entre nous. Sans ambiguïté bien entendu.

Samuel ne remue plus les lèvres. Il se tourne vers moi, à l’instar de Marc et Favian. Je les vois me regarder, toujours aussi rouges pour les uns et aussi beau pour l’autre. Ils attendent apparemment quelque chose, que la bulle dans laquelle je suis plongé m’empêche de percevoir. C’est la main de Samuel sur mon épaule qui me sort de mon absence. Après avoir fait voler en éclat ma séance d’hypnose, voici qu’il fait éclater ma bulle. Je lui en veux davantage pour cela que pour le fait d’être hétéro.

«Julien ? Je peux partager la confidence ?

- De quoi parles-tu ? répondis-je sans saisir.
- Je, enfin, excuse-moi, ça ne me regarde pas, bafouille-t-il, pensant que je jouais aux ignorants.
- De quoi parliez-vous, j’étais perdu dans ma nouvelle enquête, excusez-moi, interrogeai-je les Thomas.
- Samuel nous expliquait qu’il ne nous tiendrait pas rigueur pour notre indiscrétion et notre grossièreté, essaie de répondre Favian.
- Une grossièreté qui exige d’autant plus des excuses autour d’une belle bouteille de vin ! insiste Marc.
- Pour vous rassurer, vous n’aviez tort qu’à moitié, puisque je suis de votre côté les garçons» souris-je en posant ma main sur l’épaule de Favian qui devient écarlate, arrachant à Marc un petit éclat de rire.

Je ne reconnais pas, c’est vrai, ma soudaine familiarité. Après tout, j’ai le droit d’être tactile, Samuel devant déserter mes pensées. Cette complicité soudaine, inattendue, entre le couple et moi vient marginaliser Samuel, placé à l’écart. Non pas parce qu’il n’est pas gay, mais parce qu’il n’a pas su saisir la convivialité du couple. Si la bulle a explosé sous ses piques, mon cœur, lui, ne se brisera pas en morceaux pour un hétéro.

«Les garçons vont te faire faire le tour des clubs gays VIP si tu continues à rendre mon homme aussi mal à l’aise, pouffe Marc.

- Je ne suis pas mal à l’aise, annonce Favian timidement. Simplement surpris que le Commandant Daviau soit en train de briser sa carapace avec nous.
- Si je n’étais pas sage, je dirais oui pour le tour des clubs, mais ma soirée est déjà occupée, désolé. Et puis, pour commencer, nous irons plutôt dans un bar lounge avec Samuel, dis-je malicieusement en ébouriffant ses cheveux.
- On ne l’avait pas oublié, s’exclame Marc. D’autant plus que la bouteille de vin en question est chez nous. Pour les clubs, je te passerai mon annuaire !» souligne-t-il avec un clin d’œil.

C’est sur cette conversation quasiment délirante que nous nous sommes quittés. J’ai recueilli les numéros des Thomas, et ces derniers ont noté les nôtres. Dans un esprit de revanche malsain, j’apprécie la connivence naissante entre eux et moi. Samuel ne l’a pas mérité, mais je sens en moi que je ne regrette pas. C’est même moi qui l’ai réintégré tandis qu’il se faisait de plus en plus discret.

Ces pensées ont occupé tout le trajet jusqu’à mon hôtel. Ayant faim, je m’arrête dans le hall pour y retrouver mes hôtes. Une entrée rapide, un plat consistant, un café et surtout un digestif. L’Amaretto est incroyable. Je remercie mille fois le serveur de cette exquise boisson. Me trouvant visiblement sympathique, il me propose même d’en boire un autre à ma santé. Ce que nous faisons bien entendu.

Pour une fois, je ne regagne pas ma chambre. Je décide de me laisser le temps d’observer l’hôtel et ses résidents temporaires, et m’installe donc dans un des salons ouverts. L’entrée de l’hôtel est décidément déphasée du reste du bâtiment. Comment des chambres si peu spacieuses et si peu chaleureuses peuvent-elles appartenir à un restaurant, un bar et un hall si vivants ? Je comprends rapidement que ce sont les âmes qui y travaillent qui rendent le lieu plaisant. Leur sourire, leur gaieté, leur joie de vivre compensent tant bien que mal le matériel vieillissant.

En pensant au mot gaieté, je ne parviens pas à refréner un haut-le-cœur. Je repense à Samuel, qui n’est précisément pas gai (y). Il m’a sauvé la vie deux fois, et telle une récompense, je lui ai tout donné. Je lui ai montré qui j’étais réellement, même si je peux paraître froid, souvent. C’est pour cela que j’ai voulu que l’on se tutoie, pour casser la barrière que je ne parviens pas à descendre sinon.

Il savait depuis le premier jour que j’étais homo, et rien ne l’a rebuté lorsque je le touchais, lui passais ma main sur le visage ou le regardais intensément. Il m’a laissé croire que tout était possible, à grands renforts de signaux verts clignotants. C’est un salaud, mais qui n’a pas joué avec mes sentiments. «Hétéro», ce minable mot, m’a sorti de ma torpeur. Nul besoin de laisser Samuel pénétrer dans les coulisses de ma vie désormais. Il sera mon subordonné et coéquipier, tandis que je reprendrai ma place de Commandant. Ma vie peut reprendre son cours après cette parenthèse apnéique nommée Vaughan.

À cet instant arrive le serveur, un plateau à la main, deux verres droits, mais larges accompagnant une belle bouteille de whisky. Classique, mais efficace. Sans un mot, le voici installé à côté de moi, servant délicatement le nectar au fond des verres. Il en place un dans ma main, et s’empresse de saisir le sien. Le silence de cristal se brise enfin entre ses lèvres : «Mon service est terminé et je ne vous ai jamais vu seul, errer ici. J’ai pensé que vous auriez besoin d’un remontant. Offert par la maison».

L’esprit embrumé par mes pensées intimes, je parviens péniblement à articuler un merci accompagné de bruits synchronisés de déglutition. Nos verres se vident rapidement, mais se remplissent au même rythme. J’ose enfin le questionner :

«À combien de clients pouvez-vous offrir ce parfait spiritueux ?

– Aucun, nous venons de lancer l’affaire avec mes frères et sœurs et quelques amis. Mais vous êtes le premier client à rester aussi longtemps, alors nous avons envie d’apprendre à vous connaître. Surtout moi à vrai dire, je suis très curieux», annonce-t-il avec clin d’œil enfantin.

Je le regarde dans les yeux, l’alcool ayant fait disparaître chez moi la répulsion habituelle des iris. De superbes yeux bleus se perdent dans les miens, aidés par les quelques centilitres qui se répandent désormais dans nos sangs respectifs. Ses cheveux, entre le blond et le châtain, se sentent eux aussi libérés et bougent au fil du vent que la climatisation nous impose. Son tee-shirt blanc est extrêmement serré, un XS probablement, me confirmant alors un torse fin, mais dessiné. Ce torse n’impose rien, il ne suggère rien, mais il me donne envie d’en disposer.

Nos échanges se poursuivent tandis que sa sœur vient le prévenir de la fermeture du restaurant. D’un mouvement de bras si réconfortant, il la serre contre lui et lui souhaite une belle nuit, la raccompagnant jusqu’à l’ascenseur. Le temps de cette légère séparation, je me saisis de mon téléphone et constate quelques lignes qui se succèdent. L’alcool empêche mon cerveau de commander mes yeux, et je ne perçois que trois mots : «Samuel», «Grindr», «message».

Mon téléphone m’est ôté des mains quand le serveur revient avec une bouteille délicieusement lumineuse de Limoncello. Mon air d’enfant privé de dessert le fait rire, tout en servant de nouveaux verres du liquide jaune. En allant rejoindre son grand frère italien, le digestif décuple nos sens et mon acuité. J’essaie d’en apprendre davantage sur mon hôte :

«Clément. Et toi c’est Julien je crois ? J’ai lu ton nom sur la note du restaurant ajoutée au compte du commissariat. Tu es de la police ?

- Commandant Julien pour les intimes ! dis-je d’un ton agaçant, sûrement aidé par les mélanges d’éthanol qui ont rejoint mes cellules grises.
– Heureux de vous accompagner ce soir, Commandant… ».

Cette phrase banale se transforme quand sa bouche vient se coller sur ma joue. Ou plus précisément contre la mienne. Je sens les derniers millimètres de ses lèvres effleurer les premiers millimètres des miennes. Ce soir, j’ai envie de plus. De Lui. De Clément. Ma main vient doucement remonter sa jambe, son flanc pour terminer sa course sur son cou. Il n’a pas bougé, il a même souri. Avec mon pouce, je force ce doux visage à tourner de quelques degrés pour que désormais nos bouches ne soient plus séparées.

Elles se découvrent, s’apprivoisent, s’acceptent finalement quand mes dents viennent s’enfoncer dans ses lèvres supérieures. Je lui arrache un petit saut, relâchant immédiatement la pression de peur de lui avoir fait mal. «Ne t’arrête plus jamais. Continue Julien». Mes dents et ma langue se succèdent alors contre et dans sa bouche. Tout est frais chez lui, son haleine, son parfum, moi qui suis si sensible à ces sensations.

Sans que je ne m’en sois rendu compte, Clément avait enlevé son tee-shirt, profitant de ma faiblesse pour le Limoncello. Il est sublime. J’aime son corps fin, un immense tatouage ailé se dévoile. Un corps qui se rapproche de moi, et vient dévorer chaque parcelle de peau qui constitue mes mains. Jamais un homme ne m’avait fait frémir en me touchant ainsi. Je n’ai qu’une envie désormais, qu’il m’accompagne en haut. Finissant le Limoncello ensemble, je me lève et dépose mon verre sur son plateau. Il le saisit, ainsi que mon pantalon au niveau de la ceinture, pour nous emmener tous les deux derrière le bar, déposant les verres, puis dans l’ascenseur.

La chaleur étouffante m’arrache une expiration bruyante, immédiatement renouvelée par la main affamée de Clément venue se placer sur mon entrejambe. Tout en étant toujours torse nu, son tee-shirt placé sur son épaule, il descend délicatement la fermeture de mon pantalon pour y glisser seulement deux doigts qui cognent immédiatement contre «un objet sexuel non identifié».

Alors qu’il rigole à ma blague pourtant absolument désastreuse, sa main experte parvient à libérer mon sexe de son fourreau. Entre de bonnes mains, il se montre sous son meilleur jour et bombe le torse en direction de mon amant. Ce dernier, me regardant depuis le sol avec des pupilles désormais en manque, joue avec moi. Ses paumes, ses doigts, sa légère barbe, son nez, ses cheveux, ses ongles mêmes passent contre mon soldat. Mon envie de l’attraper par les cheveux et de lui montrer le chemin est pressante. Pourtant, la sonnerie de l’ascenseur nous interrompt : nous sommes à mon étage.

Clément est à mes côtés, une main sur mon fessier, l’autre sur mon sexe qui prend l’air malgré lui, sa langue sur ma joue. Ma chambre est à quelques mètres, et tandis que le verrou cède sous ma carte magnétique, je cède définitivement à mon amant. Ses mains lâchent mon sexe, et font tomber tour à tour ma veste de costume, ma chemise, ma ceinture, mes chaussures et mon pantalon. Je suis donc nu devant lui, qui a toujours son jean bleu.

«Monsieur le Commandant a oublié de mettre un boxer visiblement ce matin…

- Et mon serveur préféré l’a rapidement remarqué…
– Adjudant Clément si tu veux…»

Je marque un temps d’arrêt. Adjudant ? Je l’interroge.

«Ex-engagé dans l’armée de terre. À 20 ans j’ai repris cet hôtel. Satisfait Commandant ? Je peux reprendre ? ». Il est ravageur.

C’est donc moi qui reprends le dessus, et le pousse sur le lit. Il est à moi. Je lui retire son jean, son boxer blanc et balance le tout au loin. «Prends-moi». Il ne perd pas de temps. Je n’en attendais pas moins de lui. «Dans le tiroir, là.». En effet, des préservatifs et du gel. Je n’ai pas le temps de me demander comment ils ont pu arriver là, mais m’empresse d’utiliser l’un et l’autre.

Mes doigts glissent dans l’intimité de Clément avec une facilité déconcertante. «Te fatigue pas, je suis à toi». J’ai compris… Sur le dos toujours, il lève ses jambes, s’ouvre à moi, saisit ma bite et l’insère sans ménagement en lui. Commencent des vas et viens brutaux et puissants, que je n’arrive pas à canaliser. Son visage est déformé par le plaisir, mais ses mains sur mes fesses me demandent d’accélérer. Il veut plus, plus loin, plus fort. Nous couinons alternativement, alors que son regard est planté dans le mien, tout autant que je le suis en lui.

D’une gifle que je n’avais encore jamais mise, je l’intime de se tourner. Il couine en sentant la main sur sa joue, mais je le vois encore plus excité. Cambré, je rentre en lui sans ménagement. Il crie, cette fois-ci. «Juliienn, putaiinn, OUI ! ». Je souris, fier de mon exploit. Le miroir en face trouve enfin une utilité intéressante, je vois ainsi Clément qui touche son sexe qui semble énorme ainsi gonflé ; mais aussi mon regard pendant que son postérieur absorbe ma verge.

Une folle envie me saisit. Je me retire, alors que son gémissement trahit sa déception, et l’entraîne contre moi. D’un coup, je le saisis par les hanches, le fait monter. Trop haut, sa tête cogne bruyamment le plafond. Il rigole, c’est bon. Profitant de son inattention, je récupère contre moi ses fesses, appuie son dos contre le mur et le pénètre. «Fais-moi jouir, j’en peux plus !» crache-t-il en me rendant ma gifle de tout à l’heure. Je l’ai cherchée. Alors dans des coups qui affectent tout autant son fondement que le mur, j’accélère pour finir par exploser en lui. Surpris par ma soudaine rapidité, il en fait de même sur son sexe et envoie son liquide contre son propre visage. Malgré tout le dégoût que la situation fait naître chez moi habituellement, c’est à pleine bouche que je l’embrasse. Il me plaît.

«T’es craquant tu sais, me lance-t-il légèrement rougissant.

- J’imagine, dis-je modestement.
- Je reviens, je vais enlever tout ça.»

Clément parti à la salle de bains, j’allais m’allonger quand on frappe à la porte. Encore alcoolisé, j’oublie toute règle de sécurité et ouvre, nu de surcroît.

«Julien ?! Mais…».

Il se cache les yeux voyant que je suis nu. Je l’avais presque oublié, lui.

JulienW

jw04@gmx.fr

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