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Premier épisode - Épisode précédent

Hommes de Loi -30

Savoir partir

Ils sont là, tous les trois. Ils me regardent lentement arriver. Je me sens soudainement porté par leurs yeux rivés sur moi. Je sens que j’ai de l’importance pour eux. Que je ne suis pas juste le flic gay ou le collègue qui s’est sacrifié. Il y a quelque chose de malsain dans ma présence dans la police aujourd’hui. Je ne suis plus à ma place. Ma place, elle est dans leur regard.

Clément se lève, et vient m’embrasser, tandis que le couple nous rejoint. Marc d’abord me serre dans ses bras, puis Favian qui vient nous enlacer par-dessus son mari. Clément rigole en voyant cette scène qui aurait été surréaliste pour moi il y a quelques mois. Je n’aurais jamais accepté que l’on me touche ainsi, et encore moins aux yeux de tous. Les plats arrivent, nous nous installons.

« Pour tout te dire Julien, nous n’imaginions pas une seule seconde que tu sois ce genre de policier. À tout risquer, souffle tranquillement Marc entre deux bouchées.

— Je ne sais pas comment le prendre, finalement ! dis-je en souriant.

— Disons que nous ne pensions pas que tu aurais pris un tel risque pour Samuel. Après tout… continue Favian.

— Après tout, il m’a sauvé la vie deux fois… Et malgré tout je n’avais pas le droit de l’oublier. Dans son état, au mieux l’enquête aurait été ratée, au pire il se faisait descendre. Quand ce mec te met son révolver sur le front en rigolant, il ne faut pas flancher.

— Clément nous a racontés au téléphone… Y compris que tu étais mal… souligne Marc.

— Ce n’est pas à cause de cette infiltration. J’ai juste compris que tout ça était terminé pour moi. Vraiment.

— D’ailleurs, nous voulions nous excuser de ne pas être venus te voir pendant ces moments difficiles. Notre cœur était avec toi, mais… lance Marc attristé.

— Nous étions en Espagne pour affaires. Il nous était délicat de rentrer. C’est pour ça que nous voulions vous inviter au restaurant dès notre retour, continue Favian.

— Je ne vous en veux pas, voyons. La vie continue en-dehors des mésaventures que je peux connaitre. La Terre continuera de tourner. Mais je suis heureux d’être avec vous trois, sincèrement ».

Ma main gauche serre celle de Clément, tandis que ma main droite rejoint celle de Marc qui aussitôt la saisit.

« Et moi alors ? » éclate de rire Favian.

Je me lève alors, le rejoins et viens l’enlacer alors même qu’il est encore sur sa chaise. Plutôt surpris d’un tel témoignage d’affection de ma part, Favian se détend et laisse l’étreinte se poursuivre. Clément me lance un regard faussement jaloux tandis que Marc ne me quitte pas des yeux avec un sourire franc.

« Il est temps de parler de votre avenir, vous ne croyez pas ? » propose Favian.

Je le libère alors de mes bras, retourne à ma place, en face de lui donc, et m’installe confortablement pour les écouter.

« Au téléphone, nous avions commencé à vous dire que nous allions trouver une occupation à Julien.

— Oui, moi j’ai déjà l’hôtel, merci ! rigole Clément.

— Précisément Clément. Précisément ! reprend Favian.

— Nous avons fait de nombreux allers-retours à Barcelone et Madrid pour développer nos activités. De mon côté, j’ai de nouveaux partenaires proches de l’euphorie à l’idée de travailler avec nous. La mode espagnole a bien besoin de renouveau, et c’est le but de ma présence là-bas. Je vais donc désormais être le quart du temps à Madrid, explique Marc.

— Quant à moi, j’ai été recruté par une école de commerce espagnole pour assurer des cours. Une partie à Madrid, une partie à Barcelone, continue Favian.

— Ce qui tombe bien, puisqu’à Barcelone un de nos associés vient d’ouvrir un hôtel de luxe. Favian pourra donc s’en occuper quand il y sera.

— Si on résume, vous quittez la France, c’est ça votre annonce ?! Lance Clément visiblement affecté.

— Comptons. Un quart à Madrid, un quart à Barcelone, un quart à Paris et un quart en Amérique pour moi, note Marc.

— Pour moi, ce sera la moitié du temps à Barcelone, un quart à Madrid et le reste ce sera en fonction de mes envies américaines ou parisiennes » précise Favian.

Finalement, on les verra plus qu’une semaine par mois. C’est peu. Moi qui espérais justement profiter davantage de mes amis. C’est dommage. Surtout que je les vois venir. Ils vont nous proposer de gérer quelques affaires pour eux à Paris en leur absence. Bien sûr, je vais être occupé. Mais sans eux. Et ça, je le regrette. D’ailleurs, ma mine déçue se voit, puisque le couple ne cesse de me jeter des coups d’œil.

« Il s’avère que notre associé et nous recherchons un gestionnaire pour l’hôtel de Barcelone. Et nous avons pensé à vous, dit Marc.

— Plus précisément, pour être honnête, c’est toi Clément qui nous intéresse pour ce poste, souligne Favian.

— Attends Julien avant de te décomposer ! Nous ne t’avons pas oublié ! Quand Clément nous a dit au téléphone que tu voulais quitter la police, nous avons pensé que tu serais d’accord de suivre ton compagnon là-bas, rigole Marc.

— L’école qui m’a recruté recherche des intervenants pour coacher les étudiants. Ils pensent qu’ils ne sont pas assez ancrés dans la vie réelle, et qu’il faudrait les former aux situations d’urgence, au stress, bref la vie quotidienne d’un décideur. Et je me suis permis de leur envoyer quelques informations sur toi. Ils sont prêts à te confier la coordination de ces cours. À Barcelone la majorité du temps, un petit peu à Madrid. J’ai le contrat dans mes mails » termine Favian.

Je n’arrive pas à savoir ce que je ressens à cet instant précis. Si je dois sauter de joie devant une opportunité incroyable pour Clément comme pour moi, si je dois regarder sa réaction — après tout, il n’aura peut-être pas envie de partir d’ici —, si je dois m’inquiéter de travailler avec des amis au quotidien.

Clément ne se pose pas autant de questions. Il renverse sa chaise et saute sur Marc en lui répétant des milliers de merci. Bien, je peux déjà retirer ma première inquiétude de ma liste. Reste à savoir si ces propositions n’entacheront pas notre relation. Je réfléchis trop. Je le sais. Mais c’est ainsi, je ne suis que moi-même.

« Favian, je te le dis sans détour : on signe quand tu veux. Vraiment »

Un sourire immense apparait sur le visage du couple. Ma phrase leur fait visiblement plaisir. Et je m’en réjouis moi aussi. Mais je n’ai pas fini.

« Reste à savoir si Clément va accepter de vous supporter en patrons… » dis-je avec un clin d’œil.

Celui-ci se retourne vers moi et me fait également un clin d’œil. Je pense que je viens de lui enlever une épine du pied en osant aborder le sujet. La réponse ne se fait pas attendre.

« Nous ne le serons pas ! Nous sommes minoritaires dans l’hôtel. Donc seul notre associé sera vraiment ton supérieur. Et encore, il est du genre je ne bouge pas si tout va bien. Or la réputation précède déjà l’ouverture, et je vois bien ici comment tu te débrouilles, réagit Favian.

— De toute manière, si jamais il y avait des problèmes de ce côté-là, crois-moi, je saurais les secouer tous les trois, rigole Marc en s’adressant à moi.

— Dans tous les cas, nous vous serons reconnaissants et redevables, réellement… insistai-je.

— D’éviter que mon mari soit à plein temps à Barcelone ? s’insurge Marc.

— Et d’avoir fait passer un CV ? » termine Favian.

Vu ainsi, l’on pourrait croire que nous sommes à l’équilibre. Ce qui est faux. Vraiment. Le dessert arrivant, je commande une bouteille de champagne, ce qui suscite l’hilarité de Favian qui me rappelle que je n’ai pas encore vu mon salaire ! Ce n’est pas mon problème, je leur dois bien ça…

***

La situation vient de drastiquement se compliquer. Je devais arriver au commissariat simplement pour annoncer à Isabelle et Samuel ma mise en retrait. Maintenant, je dois assumer aussi un départ de France. Samuel est parti dans sa famille pour quelques jours, je ne pourrai donc pas lui parler aujourd’hui.

Tout s’est précipité. En acceptant avant-hier les propositions des Thomas, nous venions de signer pour un départ sous moins de 7 jours. C’est rapide, mais ce me va bien… Je n’avais pas envie de rester trop longtemps dans cette atmosphère pesante qui habite désormais chaque recoin de cette ville. Trop de souvenirs, de pensées négatives.

Isabelle est là, dans son bureau, la porte ouverte. J’entre sans frapper, les yeux déjà humides. Nous ne serons restés qu’un mois ensemble. J’espère qu’elle viendra nous voir. Et je reviendrai aussi. Pour elle. Je ferai un effort.

« Isabelle, je dois vous parler…

— Ne dis rien Julien. Ils n’ont pas tenu leur langue ».

Elle n’a pas levé la tête en me répondant. Elle est restée telle quelle. Ses yeux sur un document. Sa main contre sa tête. Son coude sur le bureau. Son tutoiement me surprend. Elle n’est plus ma chef. Elle le sait. Nous passons à autre chose.

« J’aurais tellement voulu que vous l’appreniez de moi-même…

— On se tutoie, Julien. On se tutoie ».

Ça y est, elle a levé la tête. Ses yeux sont dans le même état que les miens. À peine ouverts, eux aussi vitreux tant les larmes montent doucement. Son sourire n’est pas forcé, mais il est triste. Très triste. Sans un mot alors, elle se lève, bouscule au passage la chaise à côté d’elle et s’empresse de se coller à moi. Pour mieux éclater en sanglots dans mon oreille.

Je savais que ce serait déchirant. Je n’imaginais pas à ce point-là.

« Tu es aussi au courant que je pars donc…

— Oui… Dès que tu leur as dit que tu refusais un détachement parce que tu partais à l’étranger, ils se sont mis en quête de ton remplaçant. Sans oublier de m’avertir par téléphone. D’ailleurs, la personne qui l’a fait a été très douce, comme si elle savait que nous étions proches.

— Je leur avais dit de me laisser le temps de te l’annoncer…

— J’ai eu le temps de m’y faire. Je me serais effondrée si tu me l’avais dit en face. Savoir que tu quittes l’Europe me touche tellement… »

Je me détache d’elle pour la regarder dans les yeux.

« Isabelle. Je pars à Barcelone. Pas à l’autre bout du monde. À Barcelone ».

Le sourire triste de tout à l’heure devient un sourire enjoué, joyeux.

« Ils m’ont dit que tu partais dans un pays hispanophone… J’ai pensé à l’Amérique Latine !

— Oui en effet… Je suis resté très vague avec eux, je leur ai seulement dit que je savais parler espagnol, et que c’était la seule compétence dont j’aurai besoin.

— Tu me soulages tellement ! Tellement, Julien ! »

Retrouver son air éclatant me fait du bien. Nous continuons ainsi à discuter quelques heures, du projet proposé par les Thomas, de mes futures activités. De sa joie aussi de garder Thimothée avec elle. Nous nous promettons de nous donner des nouvelles, et surtout qu’elle viendra me voir. Clément pourra lui réserver une chambre dans l’hôtel, après tout !

Désormais, je me dirige vers le bureau de Samuel. Un bureau partagé avec Thimothée, même s’il ne le sait pas encore, étant parti avant qu’Isabelle ne soit informée. Ils occuperont ensemble mon ancien bureau. L’absurdité de l’administration française… Un capitaine et un lieutenant à deux alors que le commandant que j’étais avait le droit à un bureau complet. Peu importe. Ce n’est pas grave.

Étant donné qu’il m’avait prévenu de son départ par SMS, je lui ai écrit une lettre. L’enveloppe déposée sur son bureau, j’essaie de ne plus penser à lui. Thimothée n’est pas encore installé, ce qui m’évite de le revoir avant de partir. Je n’y tiens vraiment pas. Il représente finalement le chaos de mon ancienne vie. Notre relation a été trop ambivalente pour que nous soyons amis.

Je me retrouve sur les marches de l’Hôtel de Police. Comme il y a des années, quand j’étais muté de force pour éviter que je ne fasse de vagues. Comme il y a un mois, quand je me suis effondré à cause de la crise d’angoisse. Je sais désormais que je n’aurais pas dû revenir. Ou plutôt, si. J’ai rencontré deux amis formidables. J’ai retrouvé Isabelle. J’ai découvert Clément. J’espère avoir payé mon tribut en revenant ici.

Que là-bas, tout sera différent. Non, je ne changerai pas. Je continuerai à penser, à interpréter, à être bouleversé, à m’investir dans tout ce que je fais. Je ne sais pas changer. En revanche, ma vie a changé. Mon monde a changé. Avec Clément, je suis prêt à vivre différemment. Pour Clément, je suis prêt à vivre différemment. Ici, il n’y a plus rien ; si ce n’est l’enfer. Ce n’est pas grave : je n’y crois plus.

JulienW

jw04@gmx.fr

Suite de l'histoire

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