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Premier épisode - Épisode précédent

Hommes de Loi -13

Infâme

Je n’arrive pas à croire que Samuel et Stéphane aient pu nous mentir à ce point. A Isabelle. A moi. Chacun de leur côté. Samuel me met dans un état de nerfs incroyable. Il m’a sauvé la vie deux fois. Deux fois. Il m’a terriblement plu. Attiré. Pris au piège malgré lui. Aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est lui qui est pris au piège. En mentant, ils nous ont perdus. Ils ont perdu leurs potentiels amis. Leurs potentiels appuis. Nous ne serons plus que leurs chefs.

Bien sûr, cette situation pourrait m’arranger. Elle est conforme à la décision que j’avais prise. La promesse que je m’étais faite, aussi. Cet été, quand je l’ai perdu, je m’étais promis de ne plus jamais permettre à mes émotions de s’exprimer dans ma vie professionnelle. Je ne voulais plus revivre le calvaire. J’ai failli recommencer. Finalement, je suis incapable de tenir mes propres promesses. Chaque coup d’œil que je jette dans le rétroviseur me fait frissonner, parce que j’y croise mon regard assombri par mes pensées.

Je n’ai pas envie d’aller au commissariat aujourd’hui. Je ne peux pas encore parler à Samuel, et encore moins à Stéphane. Je vais plutôt prendre des nouvelles des Thomas. Je décroche mon téléphone et compose le numéro de Marc. Il décroche aussitôt.

« Julien ! Quel plaisir ! Comment vas-tu ? Enfin, allez-vous ? Je ne sais pas si je peux me permettre, commença-t-il si rapidement.

- Bonjour Marc, n’hésite pas, vous n’êtes plus dans mes enquêtes. Je t’appelais juste pour m’assurer que vous alliez bien, que vous étiez remis et surtout que vous aviez vu des médecins.

- Précisément, Favian est chez son médecin avec un psychologue pour échanger sur notre agression. Il ne saurait être là avant 13 heures. Je t’en prie, fais-nous plaisir, veux-tu déjeuner avec nous ? »

Je ne sais pas quoi lui répondre. Je suis en service, ce sont d’anciennes victimes, je les apprécie, visiblement eux aussi. Ma nuit mouvementée, mais agréable bien sûr, m’a complètement épuisé. Mon esprit est embrouillé, comme si tous les sentiments se mêlaient et défilaient l’un après l’autre sous mes yeux. Je parviens à rire aux éclats en écoutant la radio comme à être ému aux larmes en pensant à tout ce qui a pu se passer il y a trois mois ; et ce en moins de quelques minutes. Je crois que le terrible mélange que je me suis amusé à consommer a planté son drapeau dans mon crâne abdiquant. Sexe, alcool, émotions fortes, amour, amitié, je suis vaincu. Amour, ai-je bien lâché ce mot dans mon tortueux esprit ?

« Julien ? M’as-tu entendu ? »

Je dois me l’avouer, je ne suis capable de rien aujourd’hui. J’ai des courbatures aussi violentes que si j’avais participé à une compétition sportive. Clément a réveillé en moi tout autant de désir que de maux. Bref, j’ai besoin de sortir la tête de l’eau.

« Excuse-moi Marc, avec grand plaisir.

- Parfait ! Je t’attends pour 14 heures. »

Sans même avoir eu le temps de lui répondre, Marc raccroche. C’est une heure bien tardive pour déjeuner. Rangeant mon téléphone, je quitte la route des yeux et manque de percuter la voiture qui me précède. Il faut que je me ressaisisse. Je me gare proche du trottoir, saisis ma bouteille d’eau et les quelques gorgées que je bois me font avoir un haut-le-cœur. Je suis si mal. Je tremble. La tête contre le volant, je n’arrive même pas à la relever. Je suis pris de vertiges terribles, si forts que le reste du monde semble tanguer de gauche à droite.

Je n’aurais pas du fermer les yeux. Je suis de nouveau sur le parking, comme il y a quelques mois. Grégoire, à ma droite. Tout est si clair. Je jurerais d’y être. Il nous fait face, celui que nous traquions depuis des années. Un sourire narquois. C’était tellement prévisible. Il ne serait jamais resté désarmé. Grégoire lui parlait pendant que je vérifiais discrètement qu’il n’avait pas de complices cachés.

En rouvrant les yeux, j’entends tout. Des balles. Des tirs. Des coups de feu. Ca recommence. Ils reviennent. Ils veulent finir le travail. Tout est blanc autour de moi. Plus rien ne répond. La radio qui était encore allumée se met à grésiller. Un violon mal accordé m’arrache les tympans. J’ai tellement mal à la tête. Je la serre si fort que je voudrais qu’elle explose. Les haut-le-cœur sont de plus en plus fréquents. Mais qu’ils arrêtent. MAINTENANT.

***

Quelques heures après, vers 13 heures 45

***

Que s’est-il passé ? La tête appuyée contre la vitre de la voiture, j’ai mal. En me relevant, je vois du sang sur la portière. Et merde. Je me souviens. Dans ma bouffée délirante, je me suis projeté sur le côté. Je ne saigne plus mais j’ai mal. Quel idiot. Je m’en veux. Je m’en veux pour tout. Je dois appeler Isabelle. Je dois lui parler. Clément aussi. Il ne faut pas qu’il ait de sentiments pour moi. Il ne faut pas.

Heureusement, je ne suis qu’à quelques rues de l’appartement des Thomas. Je descends de ma voiture, la ferme et pars sonner. Au même moment arrive Favian, qui s’écrie :

« Julien ! Julien ! Mais qu’as-tu donc contre l’oreille ? demande-t-il en touchant mon crâne. Tu as saigné, tout va bien ? Mais parle !


- Bonjour Favian, ironisai-je en souriant.
- Réponds-moi Julien, qu’y a-t-il ? insiste-t-il en me secouant.
- Rien de grave, je me suis juste pris la portière de ma voiture par inattention. Allez, montons, Marc m’a proposé de déjeuner avec vous ».

Favian sourit une première fois en entendant le nom de son mari. C’est à la fois niais et touchant. Mais il sourit une deuxième fois en constatant que j’étais invité. Un couple charmant, décidément. Nous prenons l’ascenseur, en silence puisque je voulais envoyer un message à la procureure et à Clément. Je n’ai pas eu le temps hélas.

Marc m’accueille les bras ouverts et m’embrasse dans une étreinte si puissante que j’aurais voulu m’en défaire habituellement. Aujourd’hui, la fatigue et ma déprime aidant, je pourrais rester ainsi des heures. Après avoir refusé un apéritif et quelques échanges autour des suites de l’affaire, de l’emprisonnement de Lukas et du suivi médical des amoureux, nous arrivons évidemment à un sujet sensible.

« Nous voudrions nous excuser encore une fois, débute Marc. Nous étions persuadés que Samuel et toi…

- Ce n’est rien, réellement.
- Les regards échangés, votre proximité, même physique, votre complicité ; nous nous sommes laissé piéger, continue Marc.
- Vous n’êtes pas les seuls, honnêtement…
- Tu as des sentiments pour lui ? demande alors Favian.
- Je n’ai pas eu le temps, heureusement. Mais il me plaisait. »

Je poursuis alors tel que je ne l’avais jamais réellement fait, leur racontant notre rencontre, mes ressentis, ce que j’avais prévu pour hier soir. M’assurant qu’ils auraient réagi de la même manière que moi, j’ai poussé la confidence jusqu’au bout en leur parlant de Clément et de Thimothée alors que nous déjeunions. Amusé, le couple me demande quelques détails intimes sur mon amant, et me pose surtout une question toute particulière :

« Et toi, Julien, qu’espères-tu de Clément ?

- Je n’en sais rien. Et si vous le voulez bien, j’aimerais ne plus y penser. »

La conversation dérive alors doucement sur les défilés à venir de Marc, mais aussi, pour la première fois, sur les activités de Favian. De son propre aveu, il ne sait définir exactement sa carrière professionnelle qui, pêle-mêle, se partage entre enseignement, conférences, consulting et ouvrages. Nous discutions déjà depuis plus de trois heures lorsque mon téléphone se met à émettre plusieurs vibrations successives. En voyant l’heure, je décide de prendre congé de mes amis qui ne manquent pas de me demander quand je reviendrai. Dans l’ascenseur, j’ouvre mes différents SMS :

Très bien Monsieur Daviau, je passerai dans votre chambre dès que possible.

Plus sérieusement Julien, je ne travaille pas ce soir donc je veux bien passer la soirée avec toi. Quand débauches-tu ?

Que je suis idiot. Tu ne dois pas avoir d’horaires précis. Fais moi signe, je serai dans l’hôtel quoi qu’il arrive. Je t’embrasse.

Ces messages ont le don de me mettre de bonne humeur. Je continue mes montagnes russes émotionnelles mais le fait d’être dans la phase ascendante m’évite de penser au reste. De penser notamment à la promesse faite ce matin que je suis à deux doigts de rompre. Il ne faut pas que Clément s’attache à moi. Je ne veux pas qu’il souffre. Je suis trop instable. Trop peu sûr de moi. Surtout en ce moment. Que se passerait-il si je faisais une crise… Si je m’en prenais à lui. Non, je ne dois pas. Je ne lui réponds donc pas, mais pars directement à l’hôtel.

Garé et, à peine rentré dans le hall, je le cherche des yeux. Personne. Tant pis, j’aurais voulu que l’on parle de cette nuit. Je monte dans ma chambre et sans porter une grande attention au fait qu’elle était rangée, je me dirige vers la salle de bain pour me rafraîchir. C’était sans compter sur Clément, torse nu, sortant de la douche qui me fait sursauter et hurler comme rarement.

« Je ne pensais pas que tu arriverais si tôt, moi qui voulais me faire beau pour toi ! me dit-il hilare, sans doute amusé de mon cri.

- Il me semble que vous faites plus que passer dans ma chambre, Monsieur le propriétaire. Vous y passez tout votre temps maintenant, lui répondis-je malicieusement.
- C’est parce que je suis obnubilé par son résident… » affirme-t-il en m’attirant contre lui. Il me serre, met sa main contre mon cou et commence à se pencher sur moi pour m’embrasser.

Non… Je dois lui résister… Je n’ai pas le droit de lui faire ça. De jouer avec lui. Il mérite mieux. Pas d’être mis en danger. Il mérite d’être aimé. Comme moi. Moi aussi je devrais avoir le droit.

Partagé entre l’envie passionnée de rejoindre le baiser dans lequel Clément était déjà lancé et la raison gardée qui m’invite à prendre de la distance quant à cet homme qui pourrait me faire souffrir autant que moi j’en serais capable, je m’effondre.

Alors que Clément me tient fermement dans ses bras, je ne résiste plus, je ne tiens plus. Je sens ruisseler doucement de petites sphères mouillées le long de mes joues, se transformant rapidement en de vifs torrents. Je n’ai pas pleuré depuis des mois, pas même avant l’été. On m’avait pris pour un insensible à l’époque. Aujourd’hui, tout lâche. Je lâche. Je perds pied.

« Mais… Julien… Qu’y a-t-il ? » demande alors Clément, désemparé.

Incapable de répondre, assis au bord du lit, les flashs reprennent, des bruits de pas approchent. Encore. C’est terrible. Je veux abandonner. Un haut-le-cœur. Je veux arrêter. Un autre. Je commence à sombrer en arrière, sur le lit.

Un troisième arrive quand, soudainement, plus rien. Ni flash, ni pas, ni vertige. Une légèreté. Une insoutenable légèreté.

JulienW

jw04@gmx.fr

Suite de l'histoire

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