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Premier épisode - Épisode précédent

Hommes de Loi -14

Léger

Comment… Comment expliquer que tout ait disparu ? Je me sentais doucement glisser dans une crise terrible, anxiogène, inquiétante. Elle me faisait peur, cette crise. Terriblement peur. La première fois que je ne suis pas seul. La première fois qu’elle est provoquée par une telle distension dans mon esprit. La première fois qu’elle s’arrête sans que je ne m’évanouisse.

Cette légèreté n’est rien d’autre qu’une apesanteur. Le temps s’est suspendu en même temps que l’espace. Je ne bouge plus, craignant de briser cet instant de grâce durant lequel j’échappe enfin à une de mes bouffées d’angoisse. Je ne bouge plus, par peur de perdre le contact qui nous lie, maintenant, sa peau contre moi. Je ne bougerai même plus jamais si je le pouvais.

Mon absence de réponse aurait dû l’éloigner. Non. Il est là. Il m’enserre entre ses bras. Il a sa tête dans mon cou. Torse nu, toujours, sa peau vient se frotter contre mes vêtements, contre le début de mon torse légèrement accessible, contre mon visage. Ce ne sont pas mes mains qui caressent son dos, mais bien son corps tout entier qui vient se placer sous mes doigts. Les battements de son cœur sont perceptibles tant la pression que son être entier exerce sur moi est forte. Chacun d’entre eux semble me dire ne pars pas. Je suis enfermé dans une prison dorée dont les barreaux sont les membres d’un homme dont je ne connais même pas le nom de famille.

Décidément, ma vie est une succession de sauvetages. Les hommes de ma vie, plus précisément, m’ont sauvé. Mon père, mon meilleur ami, Grégoire. Récemment Samuel. Maintenant Clément. Serais-je né pour être sauvé, alors que je ne sais pas même dire merci ou désolé sans me forcer ? C’est aussi pour cela que j’ai choisi de rejoindre la police. Pour sauver ceux qui ont besoin de l’être. Quitte à laisser les autres me sauver moi.

Le temps recommence à s’écouler doucement. Tout doucement. Tranquillement. Clément continue de me serrer fort, mais sa tête coulisse pour que nos lèvres puissent se rencontrer. Les siennes débutent un mouvement doux, sublime. Je découvre la saveur d’un nouveau baiser, qui n’a plus rien à voir avec notre nuit ou même avec la fougue de ce matin. Ce troisième vrai baiser est en même temps une bouée à laquelle je me raccroche et une ancre qui ne cesse de s’enfoncer en moi. Il me permet de m’envoler, de m’abandonner à Clément tout en creusant un peu plus encore la proximité que lui et moi avons.

Les secondes reprennent leur place, Clément relève la tête, me regardant dans les yeux, comme si nos âmes pouvaient transparaître au fond de nos pupilles, imprimées sur nos rétines. Même si tout semble reprendre place dans mon esprit, je ne vois que lui, le reste de ma chambre étant inexistant. « Ne pars pas ». Ce ne sont pas les battements de son cœur qui s’exprimaient, mais bien sa bouche toute entière qui répète ces trois mots. « Ne pars pas ».

Les sphères transparentes qui frôlaient ma peau le long de mes joues sont écrasées par les doigts de Clément, qui attend désespérément une réponse. Il est si doux, si calme. Comme s’il savait que le moindre mot pouvait me faire définitivement partir. Et pas seulement de cette chambre, de cette ville et de ce pays.

« Je suis là ». Douze secondes passent. J’articule enfin… « Clément ». « Toujours là ». Encore des dizaines de secondes. « Clément… Merci ». A ces mots, ce sont ses yeux qui commencent à être débordés. Je le refuse et les embrasse. Maladroitement, ce qui lui arrache un sourire. Clément ouvre mon lit, défait délicatement ma chemise et mon pantalon pour me porter sous les draps. En m’embrassant sur le front, il m’abandonne pour rejoindre la salle de bains.

Un verre d’eau à la main, qu’il porte à ma bouche, il essaie de sourire. Il n’en a pas le cœur. Pas encore amoureux et déjà je le fais souffrir.

« Je suis là, Julien. Je peux m’en aller, rester, te préparer à manger, comme tu veux.

- Te parler. Je veux te parler.
- De tout ce que tu voudras.
- De ce qu’il vient de se passer.
- Tu n’es pas obligé Julien.
- Je te le dois ».

A ces mots, Clément a posé le verre et vient s’allonger sur le lit. Tandis que je m’assois, il vient placer sa tête sur mes jambes. Comme cette nuit. Il est terriblement beau. Il ne dit rien, attendant probablement que je parle. J’ai mal à l’estomac. Ce ne sont pas des haut-le-cœur, non. Juste un trac avant de parler à quelqu’un que l’on aime. Enfin, que l’on apprécie. Je ne sais pas si je l’aime, ni même si je le peux.

« Je serai très court Clément. Je suis policier depuis moins de dix ans. J’ai débuté en tant que lieutenant ici, à l’Hôtel de Police. J’y ai été harcelé et malmené par mes collègues quand ils ont découvert que j’étais gay. Tout a été terrible pour moi, alors que j’avais quitté tous mes proches pour vivre cette belle aventure. La seule personne qui m’a soutenu était la procureure, qui est toujours là. Au lieu d’être protégé et que les responsables ne soient sanctionnés, c’est moi qu’on a muté. Là-bas, j’ai fait équipe avec un mec formidable, Grégoire. Très vite, je suis devenu commandant. Grégoire lui ne voulait pas devenir chef et s’amusait plutôt que son coéquipier soit aussi son patron. Il y a quelques mois, Grégoire et moi allions coincer un salaud qui courait depuis des années. Et ça a mal tourné. Ma hiérarchie a jugé bon de me ramener ici, négligeant mon passé tortueux pour m’éloigner de ce passé bien trop présent. Ca ne suffit pas, j’ai encore des crises comme à l’instant. Je crois que c’est à cause de… »

Je n’ai pas le temps de terminer que Clément pose deux de ses doigts sur mes lèvres. Je m’arrête donc. Pourtant je devrais lui dire…

« Julien… Tu trembles. Arrête-toi là. Tu m’as déjà tellement dit. Tellement offert de toi. Je te promets de ne poser aucune question. Prends le temps qu’il te faut pour me parler.

- C’est la première fois qu’une de mes crises se stoppe ainsi…
- J’ai eu peur tu sais. La seule chose que j’ai pensé à faire était te prendre contre moi. C’est idiot. Ca ne sert à rien. Je voulais te rassurer.
- Ca a fonctionné Clément… Tu as réussi… Mais je voudrais aussi te dire que…
- Je t’écoute ».

Il faut que je lui en parle, il a le droit de savoir. Si je veux nous laisser une chance. Je n’en ai jamais parlé. Isabelle le sait uniquement parce qu’elle a reçu mon dossier. Il le faut.

« Tu dois avoir conscience que…, m’interrompis-je.

- Oui, Julien ?
- Je ne veux pas te faire de mal. Et…, m’arrêtais-je encore, n’y arrivant décidément pas.
- Je sais que tu appréciais Samuel, tu me l’as dit hier soir sous le coup de l’alcool ».

Je ne m’en souviens pas. Mais ce n’est pas ça… Tant pis, oublions pour ce soir, je saisis plutôt cette perche tendue.

« Et je n’ai jamais réellement été en couple. Ni même en relation suivie. J’ai surtout été un amant volage, éphémère.

- Et moi je t’ai répondu ce matin que je ne serai pas le coup d’un soir.
- Précisément… J’ai peur que tu souffres avec moi. De mon instabilité. De mes crises. De mon métier, aussi.
- Un ancien militaire n’a peur de rien. Surtout pas quand il s’agit de ce sujet. Laisse-moi te rassurer, je ne te ferai pas un discours d’amoureux transi frappé par un coup de foudre. Je sais simplement que l’homme avec qui j’ai passé la soirée hier m’a laissé voir plusieurs facettes, le soir, la nuit, ce matin et maintenant. Elles me fascinent toutes. Je suis attiré par cet homme et il est hors de question que par peur de souffrir je te laisse ici. Dans le cas contraire, autant remplacer mon cœur par un ordinateur, je serais au moins certain de ne jamais éprouver le moindre chagrin. Je prends le pari Julien. Je prends le pari parce que tu me sembles humain. »

Je n’ai plus aucun argument. Plus aucun moyen de répondre. Je ne peux plus résister ou contrer. Je dois accepter de nous laisser une chance. Lui confiant mon émotion, je précise à Clément que j’ai besoin d’une douche, tandis qu’il se prélasse sur le lit. Je reprends doucement mes esprits, perturbé à la fois par ces deux crises et par les paroles prononcées par Clément. Il a raison après tout. Notre cœur bat dans la souffrance comme dans la joie. Les deux, malheureusement, sont intimement liées. Je ne peux que l’accepter.

Me douchant, mon désir, sous l’eau chaude, se décuple. L’homme qui est actuellement dans ma chambre me plait, définitivement. L’envie de son corps, celui qui m’a sorti de la torpeur, devient autre. Hier soir, c’est prendre possession de lui qui me comblait. Cette soirée prend une autre tournure, puisque je n’ai plus qu’un souhait, m’offrir à lui.

Je reviens donc nu devant Clément, qui avait gardé son boxer, moulant ainsi sa virilité. Je ne veux rien faire qui ne soit brusque, qui puisse être effrayant ou qui pourrait faire voler en éclat la légèreté qui nous entoure. J’essaie de lui faire comprendre quand, en posant ma main sur son entrejambe, je place ma seconde main sur sa bouche. Délicatement, qu’il comprenne bien que je ne cherche pas à reproduire notre nuit.

Evidemment, sans attendre, des formes se révèlent sous le tissu et, toujours avec ma main, je commence à jouer avec. Evidemment, mes doigts passent entre sa cuisse et son membre, sous ses deux joyaux, sur son sexe érigé. Toujours subtilement, pour qu’aucun geste ne devienne trop rapide. Je ne sais pas s’il comprend ce que je désire, mais il ne tente rien, ne parle pas, me laisse faire.

Offert à moi, je laisse ma langue jouer avec son torse, ses abdominaux très fins, ses quelques poils légèrement frisés. Je la laisse s’aventurer en des lieux plus intimes pour arracher à mon amant des expirations plus longues ainsi que de doux mais suaves gémissements. J’avais, dans la salle de bains, récupéré un préservatif, que j’installe sur lui.

Ses yeux ne quittent pas les miens mais trahissent assurément sa surprise. Des mois, des années même oserais-je dire, que personne n’avait eu l’occasion de toucher ces recoins de mon anatomie. Saisissant ses mains que j’installe désormais sur chacun de mes flancs, lui laissant le loisir de descendre où il le désire, je dévale sur lui. Fort heureusement, sa taille relativement modeste me permet de ne pas me laisser emporter par la douleur. Son membre est parfait pour moi.

Chaque montée et chaque descente nous arrachent un halètement, pour des raisons éminemment différentes. Saisissant mon bassin, il prend même l’initiative de venir marquer mon intimité de ses vas et viens, toujours dans cette même légèreté. Sans surprise, après des années durant lesquelles mon postérieur fut laissé au repos, redécouvrir de telles sensations, un tel plaisir avec un tel homme, fait de moi un piètre partenaire, incapable de retenir ma jouissance désormais étalée sur ma main.

Dans un sourire, il me demande l’autorisation de poursuivre pour lui aussi atteindre un petit moment d’extase, ce que je lui accorde bien volontiers. Dans une délicatesse extrême, il ramène ma tête contre la sienne et accentue tout de même ses vas et viens. Je ne résiste pas à m’enfouir dans son cou pour y laisser l’empreinte de ma morsure. Cette dernière lui sera fatale et je sens une chaleur contenue en moi.

Toujours ce sourire imprimé sur son visage, il part se débarrasser de l’encombrant objet et téléphone à la réception pour que nous soit servi le dîner en chambre. A peine terminé, la nuit passée, blanche, aidant, nous nous endormons côte à côté, sa main sur la mienne.

Il est huit heures quand je me réveille, sans que Clément n’ait encore bougé. Je ne peux plus reculer, et dois rapidement aller au commissariat. Je prendrai un café sur place. Prenant la précaution de ne pas réveiller Clément, je m’habille à la hâte, et lui fais un SMS lui souhaitant une bonne journée après avoir vérifié que son portable était sur vibreur.

Arrivé sur place, plusieurs camions de pompiers et le SAMU occupent notre parking. Encore un jugement qui doit se dérouler en présence d’une équipe médicale, pensai-je. Montant quatre à quatre les marches de l’Hôtel de Police, je vois au bout de la passerelle Samuel et le commissaire devant ce qui ressemble à une foule. Plus je m’approche, plus je perçois le désarroi dans le regard de Samuel.

Ils sont devant le bureau de la procureure. Des scellés sont en train d’être posés. Derrière, le médecin légiste. Non… Isabelle… Vous ne pouvez pas… Samuel se jette contre moi. « C’est tellement injuste Julien. Julien… JULIEN » crie Samuel en me secouant. Je regarde le commissaire qui affiche lui aussi une mine résignée. Je n’ose pas articuler un mot. C’est un cauchemar, ce doit être ça. Elle ne peut pas être m…

« Je suis effondrée, c’est une horreur ».

JulienW

jw04@gmx.fr

Suite de l'histoire

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