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Premier épisode - Épisode précédent

Hommes de Loi -15

Ciblé

Isabelle sortait de son bureau, enjambant tant bien que mal les différents scellés qui allaient clore son bureau pendant de longs jours. Personne ne voulant me dire quelle horreur s’était déroulée ici, je tente à mon tour de pénétrer dans la pièce. Une main, posée sur mon avant-bras, m’en empêche. Isabelle.

« Je ne suis pas sûre que ce soit une idée pertinente, Julien.

— Pourquoi dont ? Ce n’est pas la première scène de crime que je vois, je vous rassure.

— J’insiste, réellement ».

Ne voulant pas la contredire, je laisser désormais agir la police criminelle. Le commissaire prend alors la parole :

« Allons dans mon bureau, je vous en prie. Je crois que ce sera plus sûr.

— Sûr ? Dans quel sens ? interrogeai-je.

— Nous allons tout vous expliquer » précisa le commissaire.

Samuel et le Commissaire entrent en premier tandis qu’Isabelle me retient :

« La balle. Elle était comme… Comme… Vous avez compris.

— C’était la même balle ?! m’époumonai-je.

— Non, non… Mais elle était au même endroit. J’ai eu peur que vous ayez de mauvais souvenirs… ».

Même si ses paroles visaient à me protéger, tout comme son acte de tout à l’heure, je n’aime pas être infantilisé. Encore moins dans ces moments-là. Avant de rentrer dans le bureau, je vois que le GIGN est en train de s’installer dans l’ensemble des bâtiments.

« Et eux, que font-ils ici ? demandai-je.

— Le substitut Bauer a été abattu alors qu’il était dans le bureau de la procureure, les rideaux tirés, au quatrième étage. Cela signifie qu’un tireur a pu se poster en regard de nos fenêtres, commence le commissaire.

— Que faisait Stéphane dans votre bureau, Madame la Procureure ? continuai-je.

— Il devait récupérer un dossier sur mon ordinateur, je lui avais demandé quelques minutes avant.

— Si je comprends bien, un tireur a réussi à faire feu à votre fenêtre sur quelqu’un qui était à votre bureau ; sans pour autant savoir qui y était. Rien ne vous choque ? »

Evidemment, cette conclusion ne me plaisait pas, mais je devais impérativement leur communiquer. Ce n’est pas Stéphane que l’on visait mais Isabelle. Cette dernière devient blanche, tandis que le sang du Commissaire ne semble faire qu’un tour. Seul Samuel est silencieux. Etrangement discret. Complètement abasourdi, il est vrai. Du moins jusqu’à ce qu’il ne prenne la parole.

« Non, c’est à Stéphane que l’on en voulait.

— D’où te vient cette intuition ? soufflai-je.

— La procureure et moi étions dans le bureau d’à côté qui, lui, n’a pas de rideaux à ses fenêtres. Le tireur nous a clairement vus. C’était Stéphane qui était visé.

— Expliquez-nous, Lieutenant ! » s’agace Isabelle.

Un long monologue commence, entrecoupé de sourires mélancoliques et de larmes maladroitement stoppées par les mains de Samuel. Il y a quelques mois, comme nous le savions déjà, Samuel et Stéphane se sont rencontrés à Lyon. Tous les deux enquêtaient sur le fameux réseau qui tout à la fois fait vibrer les nuits étudiantes de Lyon – et désormais de la capitale –, recrute et « offre » des escorts, trafique de la drogue. Bien sûr, tout prend une tournure différente aux précisions apportées par Samuel :

« Avant de rentrer à l’ENM, à Bordeaux, et de faire ses stages, notamment à Lyon, Stéphane était avant tout natif de là-bas. Il y a grandi, y a fait ses études. En droit, la vie était difficile d’après lui, surtout pour une vie personnelle. Alors, lors des soirées estudiantines, Stéphane était souvent amené à … ».

Samuel s’interrompt. D’un regard à la procureure, je comprends que nous allons apprendre un délit, voire un crime, commis par le défunt substitut. Difficile de rester insensible face à une telle situation.

« Stéphane a … il suffoque … avait eu des relations tarifées avec des jeunes femmes, lorsqu’il était en licence. Il avait même fait connaître le réseau à un de ses amis, apparemment très proche. Mais au lieu d’être client, cet ami a été recruté. Devenu escort boy, il a délaissé ses études, sa famille, ses amis. Aujourd’hui, il serait parmi les innombrables amants d’un mafieux russe. Stéphane ne se l’était jamais pardonné, et c’est pour cette raison qu’il avait choisi la magistrature. Sans évidemment penser qu’à Lyon, il serait de nouveau confronté à ce réseau qui l’avait identifié. Un des membres lui a proposé de devenir recruteur, comme il l’avait fait malgré lui, finalement, pour son ami. Stéphane, hors de lui, a envoyé son poing valser contre le mec en question, qui lui a promis de se venger. Je sais qu’il y a quelques semaines, il avait vu passer un dossier parisien portant sur les mêmes sujets. J’ai peur qu’il n’ait fait cavalier seul ces derniers temps. Et qu’il ne soit tombé sur eux ».

C’est la procureure qui la première réagit, pas exactement tel que je l’imaginais, alors que Samuel est bouleversé :

« Et quand comptiez-vous nous informer de votre relation ? Vous étiez liés, de surcroît à une affaire. C’est peut-être ce qui lui a coûté la vie ! »

Isabelle manque cruellement de tact face à un jeune homme complètement ravagé. Je le prends donc à l’écart, et l’amène dans mon bureau. S’y effondrant en larmes, je reviens voir la procureure et le commissaire :

« Isabelle, nous sommes tous les deux agacés de leur comportement. Attristés aussi. Mais je ne crois pas que ce soit le moment pour accabler Samuel. Il est mal en point. »

Sans lui laisser le temps de répondre, je pars retrouver Samuel. Il est aussi inconsolable que j’ai pu l’être, je comprends ce qu’il peut ressentir :

« Samuel, regarde-moi s’il te plaît. Ce que la procureure veut dire, c’est que ce secret a précipité la chute de l’affaire, hélas du mauvais côté. Tu dois tout nous expliquer, tout nous raconter. Nous devons trouver qui s’en est pris à lui et pourquoi ».

En relevant la tête, les yeux dans le brouillard, je le vois envieux, tentant de se réfugier dans mes bras. Non, je ne pourrais pas. Je ne lui tendrai que la main. Même si c’est dur. Je ne peux pas.

« Julien… J’ai fait une telle erreur. Et … Tu sais, quand Stéphane était si sensible aux droits et au respect des minorités ?

— Et alors ?

— C’est à cause de son ami. Il était gay. Stéphane a voulu lui montrer ce qu’était le bonheur féminin en lui faisant rencontrer les escort girls. Evidemment, son ami a préféré rencontrer un homme, qui s’est avéré être un recruteur.

— Stéphane a été homophobe, donc ? Ce n’est pas utile de salir maintenant sa mémoire.

— Par méconnaissance, par incompréhension, par connerie peut-être. Crois-moi, il s’en est toujours voulu. Sans doute jusqu’à la dernière seconde ».

A ces mots, sans surprise, Samuel abandonne sa tête contre la table et laisse ses mains récolter les flux salés descendant de ses paupières. Je place alors mes mains sur ses deux épaules, quand entre la procureure.

« Samuel, je… j’ai été maladroite. Je suis sous le choc moi aussi. Excusez mon indélicatesse.

— Ce n’est rien, Madame, dit Samuel les yeux rougis. Je ferai tout pour vous aider. Se saisissant de son téléphone. Julien… Regarde » rajoute-t-il tremblant.

Sa boîte emails. Un message. Cette nuit. De Stéphane.

Samu’. On doit se parler ce matin. J’ai peut-être trouvé le moyen de les faire tomber. On en parlera juste après à la proc’ et au commandant. Promis. Je te mets ci-joint l’excel que j’ai récupéré en piratant le site de leurs soirées. Ca ne marchera que pour Paris mais ce sera déjà ça. A tout’.

Effectivement, était joint un document Excel relativement surprenant. De multitudes feuilles, des milliers de chiffres et de codes. Samuel ne savait pas comment les déchiffrer, nous devrons les confier à une équipe plus compétente.

Nous rejoignant, le commissaire nous informe que l’Hôtel de Police comme le Palais vont être évacués pour fouilles et vérifications. Ordres du Préfet. Nous sommes en repos forcé ou, pour les plus téméraires, invités à nous déplacer dans les autres commissariats. Samuel décide de rentrer chez lui, je vais donc le raccompagner. Simplement quelques mots avec Isabelle :

« Et maintenant, Isabelle ?

— Je vais transmettre le dossier en hauts lieux. Je suis trop proche pour enquêter. C’est valable pour tout le monde ici. C’est l’Inspection Générale qui reprendra le dossier, avec la Criminelle.

— Je raccompagne Samuel, voulez-vous que je vous ramène aussi ?

— Ne vous inquiétez pas, j’ai été placée sous protection.

— Parfait. A demain alors. N’hésitez pas à m’appeler ».

Les rôles s’étaient inversés, à moi désormais de prendre soin d’elle. Je sais ce qu’elle vit. C’est si difficile de perdre un collègue. Au moins n’a-t-elle pas le poids de la culpabilité sur elle. Dans la voiture, Samuel ne dit rien, pas un seul mot. Pendant ce temps-là, je me remémoire cette matinée. Outre les mystères liés à l’enquête, je n’arrive pas à comprendre le sens du « J’ai fait une telle erreur » de Samuel.

Arrivé chez lui, j’allais lui poser la question. Mais son regard croise le mien, de telle façon que je comprends son envie d’être seul. Lui n’a pas perdu un collègue mais un ami. Partagé entre un silence glacial et des paroles qui pourraient le heurter, je repense à Clément. A ses mots réconfortants. Dans un souffle, à mon tour, je lui dis alors « je suis là ».

Son sourire, franc, est la dernière image de lui de la journée, tant il s’engouffre rapidement chez lui. Quant à moi, j’ai envie d’une douche que je crois nécessaire. Dans le hall, je croise Clément. Immédiatement, il vient m’embrasser en tentant de nous cacher derrière une des grandes œuvres d’art qui figurait ici. Empli de douceur, il me caresse la joue, voyant mon air attristé.

« Tu as eu une nouvelle crise ? C’est ça ?

— J’aurais peut-être préféré…

— Dis-moi, Julien. S’il te plaît.

— Le substitut du procureur avec qui je travaillais a été assassiné.

— Assassiné ! Mais où ?

— Au Palais de Justice. Par un tireur d’élite je suppose.

— Mais… Mais tu es en danger là-bas. Ca ne va pas… se met à paniquer Clément.

— Calme-toi, je t’en prie. C’est pour cela que je suis là. Ils fouillent et sécurisent les lieux.

— Parce que vous comptez y retourner ?!

— Il le faut. Ne serait-ce que parce que c’est une scène de crime. Et nous ne devons pas leur montrer que nous avons peur.

— Et si moi j’ai peur ?

— Je viendrai t’embrasser alors ».

Je souris face à son air enfantin quand sa sœur l’appelle, un client le réclamant. Me laissant à contre-cœur, je vois bien que la nouvelle l’a affecté. Sans doute davantage par anxiété pour les vivants que par compassion pour le mort. Je le comprends, après tout. Les vivants nous répondent, eux.

Perdu dans mes pensées, et ce dans le hall, j’essaie de saisir ma marge de manœuvre. Elle est simplement nulle. Le document Excel est hors de ma portée, je ne maîtrise pas assez l’outil. L’enquête balistique puis judiciaire va être déportée loin de nous. Impossible d’avoir accès aux immeubles en face du Palais, protégés désormais par le GIGN et les enquêteurs déjà présents. Je n’ai aucune prise, aucune avance. L’assassinat d’un procureur, fut-il substitut, a ému la hiérarchie, les politiques et la population, tout va très vite.

Pour la première fois, je dois accepter que la seule solution, c’est d’attendre.

Attendre. Mais sans être seul, mes yeux se posant sur celui qui m’a fait passer avant le reste.

Pour la première fois, en ce triste jour, j’ai envie d’être heureux.

JulienW

jw04@gmx.fr

Suite de l'histoire

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