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Premier épisode - Épisode précédent

Hommes de Loi -24

Lutter

La discussion avec Clément avait été longue. Une partie de la nuit y fut consacrée. C’était nécessaire. J’avais aussi besoin de son avis. De ses conseils. De sa présence. Sans son soutien, je n’aurais pas pu. L’armée lui a aussi donné de solides bases. Ses recommandations sont précieuses. Je retiens tout. Tout. Surtout qu’il tient à moi. Il me l’a répété toute la nuit. Et qu’il était fier. Très fier.

Après quelques heures de sommeil, difficiles à envisager alors même que j’allais me lancer, je me prépare. Exit le costume, la chemise et tout accessoire. C’est le retour de mon ancien style. Un tee-shirt moulant. Un pantalon serré. Pas de coiffage. Rien de suspect. Clément, qui devait dormir, se retourne sur le lit et me regarde :

«Tu vas devoir t’habiller plus souvent comme ça. J’adore.»

Son visage montrait que son cerveau luttait entre le retour à des rêves profonds, une furieuse envie de me déshabiller et le devoir de me rejoindre pour me soutenir. Je l’observe. Il est beau. Mes lèvres viennent se poser délicatement sur lui, sur son front, ses joues, sa bouche. Il sourit, malgré le sommeil.

Il m’avait promis de m’accompagner ce matin jusqu’au commissariat. Mais je préfèrerais qu’il reste ici. Je n’ai pas envie que l’on nous voie ensemble. On ne sait jamais. Je sais aussi qu’il fera ce qu’il souhaite. Je n’ai pas le droit de l’en empêcher. Et en même temps le savoir près de moi me fait du bien. Il est devenu ma drogue.

Il émerge, là, sous mes yeux. Nu, il ne peut s’empêcher de pavaner pour que je l’observe. Il a vraiment un corps tel que je les aime. Ni trop musclé, sans quoi je me sentirais complexé. Ni pas assez, je reconnais que j’aime les quelques fines sculptures qui se présentent sur son torse. Ce juste milieu, c’est ce que j’aime chez lui. Tellement.

Soudainement, il saute du lit, et s’habille le plus vite possible. Il a compris que j’allais partir. Il veut tenir sa promesse. Non, je ne serai pas seul. Heureusement qu’il est là. Heureusement que je l’ai. Je suis heureux grâce à lui. Et je ne le décevrai pas aujourd’hui.

«Je suis prêt. On y va quand tu veux, me lance-t-il.

— Et moi ? Et moi, est-ce que je suis prêt ? lui demandai-je sans conviction.

— Je sais que oui. Tu vas arriver à les convaincre».

Clément a raison. L’enjeu, avant d’aller affronter ces ordures, c’est que Samuel, Isabelle et le commissaire acceptent cet échange. De toutes façons, Samuel n’est pas en état. Je ne le crois pas capable de tenir. Clairement pas. Il craquera. Et on le perdra. Il n’a pas le droit de nous faire ça.

Nous prenons une voiture banalisée, celle qui me servira pour aller sur le lieu de rendez-vous. Je roule trop vite, je ne veux pas que l’on soit vu ensemble. Cette idée m’obsède. Pourtant, le réseau de Lyon, c’est le nom que nous leur avions donné, ne m’a jamais vu. Il n’y a aucun risque. Et pourtant.

L’arrivée au commissariat se fait de manière sereine. Ni Clément ni moi ne montrons notre anxiété. C’est normal, après tout, d’être sur le qui-vive. Dans un sens, je m’en veux d’embarquer Clément dans tout ça. Déjà qu’il a maîtrisé notre agresseur l’autre fois. Il peut sans doute mieux se défendre que moi. Mais moi, c’est moi. C’est idiot, mais je n’ai pas peur de me perdre. Lui, j’ai peur de le perdre.

Isabelle est là, souriante, avec Samuel. Ils ne se doutent de rien. Alors nous les emmenons dans mon bureau. Nous. Clément ne me lâche pas. Il veut tout savoir. C’est lui qui prend la parole dans les escaliers, justifiant tant bien que mal sa présence. Mes deux collègues, et peut-être aussi amis, ce serait se mentir, ne semblent pas bien saisir la situation, mais le négligent.

Installés tous les quatre, un silence s’installe. Oui, il ricane, ce silence, se moquant de l’angoisse montante de Clément, de l’incompréhension d’Isabelle, de l’inquiétude de Samuel et de ma soudaine confiance en moi. J’avais récupéré la carte de visite sur le bureau de Samuel et la dépose doucement, délicatement, subtilement même, devant nous.

«J’ai décidé de téléphoner. De prendre rendez-vous, aujourd’hui. C’est moi qui vais aller là-bas».

Déployer une bombe nucléaire en plein Pacifique n’aurait sans doute pas eu d’effet plus important. Isabelle a bondi de sa chaise, tandis que Samuel frappait ses mains sur le bureau de toutes ses forces. Clément, lui, les regardait, un sourire ironique sur leur visage, sachant déjà que rien ne pourrait me faire changer d’avis, tant que lui me soutiendrait.

«Julien, c’est non. Ni Samuel ni vous n’irez là-bas. C’est clair ?

— Vous n’êtes pas chargée de l’enquête, Isabelle. Personne ne peut m’en empêcher. Je suis sur mon temps libre. Regardez, j’ai déposé un RTT aujourd’hui, lui dis-je calmement.

— Qu’il passe avec moi, comme vous pouvez le constater, ironise Clément.

— Parce que vous le couvrez et le soutenez en plus, vous ?! s’époumone Isabelle.

— Après une nuit à en parler, oui. Parce qu’il a un sens de l’honneur incroyable.

– Soyons clair Isabelle. Soit vous assurez mes arrières avec nos meilleurs outils de communication, si possible indétectables, et surtout en prévoyant une intervention rapide. Soit vous me laissez partir seul.

— C’est moi qui dois y aller. Moi seul, tente Samuel.

— Tu es à bout de nerfs. Tu ne tiendras pas deux minutes avec eux. Tu m’as raconté tout votre entretien. Je sais tout. Et surtout qu’il n’a pas ta photo et qu’il faut faire comme si ce cours particulier n’avait jamais eu lieu. Alors personne ne saura.

— Tu oublies les caméras ! Tu as dû être filmé ! Imagine qu’ils t’aient vu à la télé avec l’affaire du bizutage ! lance Samuel.

— J’ai regardé toutes les chaînes, et même sur Internet. Julien n’apparaît pas, affirme Clément.

— Vous nous mettez au pied du mur, c’est ça, Julien ? Comme toujours ?»

Les derniers mots de la procureure n’étaient pas le signe de son agacement. Bien davantage de sa résignation. Peut-être, après tout, de son inquiétude, je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, ma décision est prise. Même si je ne suis pas détendu, c’est vrai. Mais Clément est là. Voyant dans mon regard que j’avais besoin de lui, sa tête vient se poser sur mon épaule, me rassurant.

Je saisis le portable de Samuel et compose le numéro de la carte. Très vite, je tombe sur un homme, à la voix plutôt fluette, ironiquement. Je n’ai pas le temps de dire autre chose que bonjour que déjà il poursuit :

«Si tu appelles ce numéro, c’est que tu veux devenir prof c’est ça ? Rendez-vous 68, boulevard de Prague. Je t’attendrai à 15 heures. À plus».

C’est pour le moins expéditif. Ce que j’espérais.

***

Isabelle a réuni les meilleures équipes de la région. Le RAID, la BRI – dont je suis le commandant – et toutes les forces de police habituées à ce genre d’affaires. Je suis équipé de micros sous des pansements qui résistent aux détecteurs de métaux, ainsi que d’un émetteur GPS. Il suffit que j’appuie sur l’un d’eux pour qu’ils interviennent. Il faut dire que je n’aurai pas d’armes. C’est mon choix.

Ils sont postés partout autour, y compris dans les bâtiments en face. Des tireurs d’élite sont là, prêts à tirer au travers des fenêtres qui, de manière surprenante, permettent de voir les bureaux. La couverture, devenue transparence, est d’excellente qualité, définitivement.

J’ai été escorté jusqu’ici. Ironique, me dis-je. Je viens ici pour devenir un escort, et pour une fois c’est moi qui suis escorté par mes collègues. J’ai toujours détesté les missions d’escorte policière pour les personnalités publiques. Mais parfois je n’avais pas le choix. Finalement, c’était surtout pour protéger le public qui s’amassait pour les rencontrer. Pathétique.

Il est 14 heures 55, je marche donc dans les rues. Je pense à Clément. Il m’avait longuement embrassé, devant toutes les équipes, avant de me redire, pour la 86ème fois, qu’il était fier de moi. Il a commencé une phrase, un «je t’…», mais il a rougi et s’est arrêté. J’ai souri à ce moment-là. Puis il m’a de nouveau embrassé et m’a soufflé un «je t’adore».

Samuel ne m’avait quasiment pas parlé depuis l’appel. Je me doute qu’il m’en veut. Je dois lui voler sa vengeance. Précisément, c’est ce qu’il y a de mieux à faire je crois. Eviter les bavures. Ce n’est pas le moment. Vraiment pas. Isabelle, elle, m’a embrassé sur la joue en me faisant promettre d’être prudent. «Je n’ai pas la force de te perdre aussi». Son tutoiement m’avait perturbé. Mais je lui avais rendu cette marque d’affection pour la rassurer.

J’étais devant la porte en verre et, sans que je n’aie à frapper, un homme de mon âge environ vient ouvrir. Son «salut» me confirme que c’était lui. La différence entre sa corpulence et sa voix prête à sourire. Nous traversons un immense open space. C’est surprenant. Des jeunes travaillent. Certains sur d’immenses maquettes, d’autres sur des photographies et les derniers sont derrière leurs ordinateurs. Une vraie start-up.

Il m’emmène à l’étage et nous sommes dans un bureau qui donne sur la rue. Dans un sens, je suis rassuré, même si c’est moi qui suis dos à la fenêtre. S’ils tirent, ils n’ont pas intérêt de me toucher. J’essaie de chasser cette idée de ma tête. Je dois rester concentré. Il me présente l’entreprise comme un excellent patron, puis s’arrête.

«La moitié sont des vrais profs. L’autre ce sont des mecs comme toi. Ils viennent voler au secours de la nouvelle clientèle.

– C’est-à-dire, me risquai-je.

— Les geeks, les jeunes mecs qui travaillent trop, les filles qui veulent se créer une vie, les puceaux. On ne vise pas les plus de 35 ans comme les autres. Non, on va les chercher au berceau. Ils n’ont plus besoin de draguer, d’hésiter, de souffrir. Nous arrivons, avec toi dans notre chapeau magique.

— Et il se passe quoi s’ils veulent plus d’intimité ?

— T’es direct toi… dit-il alors que son visage se crispe : j’ai été trop vite.

— Pas grave, passons…

– Non j’aime bien. Écoute, tu fais ce que tu veux, mais la moitié est pour nous. Et nous floue pas, certains s’y sont essayés et…»

Il ne finit pas sa phrase et c’est bien dommage. Rien que pour ça je pourrai le faire tomber. Mais il n’y aurait que lui. Je n’aurais pas le reste du réseau. Je dois continuer.

«Normal.

– Ouais. En bas, c’est une start-up événementielle. Les jeunes parlent aux jeunes. C’est beau non ? lance-t-il hilare, méprisant.

— Et ils recrutent eux-aussi ?

— Mais tellement. Des mannequins. C’est tellement amusant. Ils sont cons, putain. Tu dis modèle à n’importe quel gamin et il te fond dans la main. Et quand on commence à parler escort et gros salaire, t’inquiète pas qu’ils disent pas non.

— J’imagine ! souris-je hypocritement.

— Quoi t’imagine ? T’es pas là par charité toi non plus, arrête.

– Ouais, mais moi je viens directement, tentai-je pour me sortir de cette deuxième bourde.

— C’est vrai. T’es cool toi. Tu vas plaire aux clients. Les autres aiment pas tenir tête. Ils pensent que les clients les reprendront pas. C’est l’inverse. T’as une bonne gueule. Je te testerais bien moi-même, mais je laisse ça aux pros. Allez, je te rappelle, tu peux partir».

Et merde, je n’aurai rien de plus aujourd’hui. J’allais ouvrir la bouche pour essayer d’en savoir plus, mais son regard, à peine levé de son ordinateur m’a fait comprendre que je devais éviter. Je suis donc dans le couloir, à errer pour essayer de repérer quelques indices. Rien. Il faut dire qu’ils ont eu le temps de se faire la main à Lyon…

Je dévale l’escalier. Il est vraiment pentu. Je déteste. Je trébuche, manque la dernière marche et me raccroche à la porte qui vient de s’ouvrir. Une main vient se poser sur la mienne. Puis un visage se découvre. Thimothée.

JulienW

jw04@gmx.fr

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