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Hommes de Loi -28

Evanoui

«Julien… Réponds moi s’il te plaît… Julien…»

Hors de question que je lui réponde. Vraiment. Je ne comprends pas ce qui a pu leur passer par la tête. Comment a-t-il osé ? Comment Clément a-t-il pu se laisser aller ? Comment Adrian a-t-il eu l’audace me trahir ainsi ? C’est calamiteux. J’avais gagné. J’ai l’impression d’avoir tout perdu.

Un lourd bruit se fait entendre. Une gifle siffle.

«Enfin Julien… Tu m’as fait peur…»

Clément me regarde, les yeux grands ouverts, visiblement inquiets. Samuel est à ses côtés, ainsi qu’Isabelle. C’est un peu stressant. Ils me font peur. J’ai l’impression d’être un malade que l’on observe dans son lit d’hôpital. Ils sont penchés, là. C’est étrange.

Je regarde autour de moi. Le deuxième étage. Le bureau de Samuel. Le commissariat. Je suis toujours sur cette chaise. Toujours les pieds sur le bureau. Je m’étais endormi. Juste après avoir regardé par la fenêtre.

«Je t’ai appelé des dizaines de fois, sans que tu ne répondes… Je me demandais où tu étais…»

La voix de Clément est enrayée. Sa mine défaite. Son air triste. Je leur ai fait une frayeur visiblement…

«Et vous ne vouliez pas vous réveiller, surtout…»

C’est Isabelle qui prend le relais, venant confirmer définitivement mon impression. Ils ont dû croire que j’étais mort. Dommage, quand même, de mourir au deuxième étage du commissariat. Moi qui ne le supporte plus. Je voudrais juste partir maintenant. Je crois que j’en ai besoin.

«Je m’étais juste endormi, leur souris-je.

— Un sommeil lourd alors… s’inquiète Samuel.

— Désolé pour ton bureau d’ailleurs, Sam, dis-je à Samuel dont le surnom le fait sourire.

— Je peux vous demander, Julien ? s’enquiert Isabelle.

— J’écoute !

— La conférence de presse… Vous vous sentez capable ?

– Ai-je seulement le choix, Isabelle ?

— Je ne crois pas…»

J’aurais finalement voulu rester dans mon lourd sommeil. Quoi que. Mon rêve me revient. Adrian et Clément. L’horreur. J’aurais voulu mourir. C’était ça peut-être. Oui. J’ai dû dire ça. Comment ai-je pu imaginer qu’ils puissent me mentir ainsi. Mon inconscient me joue des tours et je commence à me faire peur. A moi-même. C’est dire.

Je me lève, ajuste mon costume pendant que Clément me passe une cravate autour du cou. Il en profite pour laisser traîner ses doigts et ses lèvres le long de ma peau, réussissant à obtenir de moi de légers soupirs. Il est l’as des caresses. Je ne m’en lasserais jamais. Vraiment. Son regard ne croise jamais le mien, il est attaché au nœud de cravate qu’il s’efforce à faire.

Je rejoins lentement Isabelle dans le couloir, puis descends accompagné de mon escorte personnelle. Je souris à mon propre jeu de mots. C’est assez pathétique à vrai dire. Mais je me détends malgré tout. Il faut bien que j’y arrive. La salle est bruyante alors même que nous sommes à plus de cent mètres.

Chaque pas semble m’amener au bord du précipice. La salle est bleue. Comme si toutes les salles de presse étaient de cette couleur. Je ne comprends pas pourquoi. Le bleu ne me rassure pas. Pas du tout. Il me fait penser à une peur bleue. Je me rends compte moi-même de l’absurdité de mes pensées. Rien ne parvient à les éviter. Pas même les yeux de Clément posés sur moi.

J’ai du mal à oublier mon rêve. Ou plutôt mon cauchemar. Les détails étaient si forts, si puissants. Je pourrais presque imaginer la scène. Un frisson remonte le long de mes reins pour atteindre mon cou. L’idée que Clément puisse désormais toucher une autre peau que la mienne me rend malade.

Je suis derrière la porte. Ils ne peuvent pas encore me voir. Je respire. Isabelle m’a donné la version officielle de notre intervention. Le ministère a réussi à lever les sanctions contre elle. Et surtout Thimothée va reprendre une vie normale. Je dois donc oublier ces détails. Tout comme les écarts de Samuel. Bref, je dois sauver la face pour tout le monde. Sauf moi. Comme d’habitude.

Mon pied dépasse désormais de la porte, et je marche d’un pas décidé vers le pupitre. Je saisis la feuille et la laisse tomber par terre, ce qui conduit les journalistes à cesser le crépitement des flashs. J’ai compris que je devais leur tenir tête pour qu’ils arrêtent. C’est donc ce que je vais faire.

«Mesdames, Messieurs. Merci d’être présents. Depuis des semaines, un réseau agissait dans notre région. Ils malmenaient nos étudiants, dans leurs soirées ; ils trompaient les élèves et leurs parents, en leur prodiguant de vrais-faux cours ; ils illusionnaient des jeunes gens, candidats à une carrière de mannequin. Ils ont tenté de faire régner le désordre dans l’esprit de la jeunesse. Aujourd’hui, le désordre est dans leur tête. Après de longs interrogatoires et des perquisitions précises, nous détenons l’ensemble des pièces nécessaires pour les inculper. Chacun des membres de ce réseau sera donc mis en examen. Je laisse le Palais de Justice préciser les différents chefs d’inculpation. Quant à moi, je tiens à féliciter l’équipe de la Police Judiciaire que j’ai eu le plaisir de commander».

Plus un mot dans la salle. Ni les journalistes ni mes proches ne bougent. J’ai énoncé ces phrases comme si je les connaissais par cœur. Je n’ai qu’une envie maintenant. Partir. Sortir de cette pièce. Mais, non, ils m’en empêchent. Hurlent de tous les côtés. Me posent des questions. Tendent leurs micros. Je les repousse.

La chargée de communication de la PJ intervient et précise que je ne répondrai pas à de nouvelles questions et, pour plus d’informations, qu’il fallait désormais se tourner vers le juge d’instruction qui obtiendra le dossier. Je la gratifie d’un sourire immense. Je ne me sentais pas la force d’en dire plus.

En sortant, Samuel me tire par le poignet. «Que tu as eu ?», dit-il en accentuant sur le eu. Oui, que j’ai eu. Je le force à lâcher ma main, ce qu’il fait à contre-cœur. Ses yeux sont noirs désormais. Il effrayerait n’importe qui. Mais pas moi. Alors il part. Il a raison. Je ne lui dirai rien. Surtout pas à lui.

Isabelle ne parle pas et Clément me prend dans ses bras. Il sait combien chaque seconde passée dans cet enfer médiatique me coûte. Je déteste être sous le feu des projecteurs. Ce n’est pas ma place. Je ne suis pas Marc, qui sait jouer avec. Je ne suis pas Favian, qui donne des cours des heures entières sans jamais fléchir.

J’ai envie de partir. Encore. Mais c’est trop tôt. D’ailleurs, Samuel descend. Réjoui, visiblement.

«J’ai récupéré le dossier et regardez ! lance-t-il enjoué.

– Résumez-nous, lieutenant ! interroge Isabelle.

— Nous avons retrouvé dans leur cave, cachée dans un faux-plafond, un fusil d’élite. D’après la police scientifique, il pourrait s’agir de l’arme qui a servi pour tuer Stéphane. Ils vont l’examiner et, surtout, rechercher des empreintes.

— Le lien avec la mort de Stéphane est donc avéré désormais… affirme-t-elle.

— Je parie sur l’un des gardes du corps, dis-je sans conviction.

— Et dire que tu étais avec eux…»

La réflexion de Clément, tout haut, ne passe pas inaperçue. Evidemment, personne n’ose répondre. Je lui tends simplement ma main, comme si le contact de ma peau pouvait le rassurer. Ce qui est faux. Je crois. Il la saisit du moins. C’est ce qui compte. Ce lien. Notre lien. Mon Clément. C’est idiot. Mais il est à moi désormais.

Nous n’aurons les résultats des analyses que dans quelques jours. Mais rien n’empêche de bluffer. C’est d’ailleurs ce que nous décidons. Samuel et Isabelle se chargent du patron du réseau, tandis que d’autres lieutenants, plus aguerris sur les sujets de proxénétisme, interrogent les autres membres du réseau.

Les inspecteurs généraux, qui diligentaient l’enquête sur l’assassinat de Stéphane, nous rejoignent également. L’un d’entre eux accompagne Samuel et Isabelle. Face à un tel personnage, ils ne seront pas trop de trois. En quelques minutes, l’odieux m’avait vidé de mon énergie.

Quant à moi, je reste là, à écouter les témoignages des uns et des autres. Un commandant de l’inspection générale me parle de temps à autres, me proposant même de les rejoindre. J’aurais selon lui le bon profil. Il pense aussi que ce n’est pas bon de rester ici après une telle affaire. Et encore moins de revenir sur les lieux de son début de carrière. Je suis d’accord avec lui sur ce point.

Les questions fusent. Les preuves (ou du moins ce que nous supposons être des preuves) sont présentées. Certains craquent et avouent. Ils se contredisent. Les alibis tombent les uns après les autres. Au point où, tel que je l’imaginais, un des gardes du corps s’effondre et reconnaît avec tué Stéphane. Son interlocuteur doute. Alors il raconte tout. Le manège avec Isabelle, les rideaux fermés, bref, des détails que seul le tueur peut connaître. Nous vérifierons ses empreintes.

C’est le moment. J’informe Isabelle dans son oreillette qu’un des gardes du corps a avoué. Selon lui, il aurait dû balancer l’arme dans le fleuve, mais a préféré la cacher avant de la revendre au marché noir. Tout se tient. Reste à informer son patron.

«Votre garde du corps a avoué. Nous avons l’arme. Vous avez fait tuer le substitut Bauer. Reconnaissez-le si vous avez un peu de cran. Un vrai criminel le fait, lui.

— Vous pensez que vos petites bassesses vont fonctionner, Madame la Procureure ? se moque-t-il. Vous n’avez pas l’arme, vous bluffez.

— Il fallait mieux payer vos hommes de main… Ca éviterait qu’ils aient envie de garder de la marchandise pour eux… s’amuse Isabelle.

– Soit, il a avoué. Rien ne vous dit que je suis derrière ça, grince-t-il.

— Le fait que vous ayez expliqué à mon commandant que ceux qui parlent trop vous les assassiniez, par exemple ?

— Des paroles en l’air, ça ne tient pas.

— Nous laisserons le jury en décider. Il sera sensible à vos petites phrases. Très sensible aussi que vous ayez essayé de recruter leurs enfants et leurs petits-enfants pour en faire des prostitués. Croyez-moi, ils vont adorer».

Isabelle est en pleine forme. Il baisse la tête, et se met à ricaner. Encore. Toujours.

«Vous nous avez eus. Bravo. Mais croyez-moi. Vous n’aurez jamais Mishin. Jamais».

De debout, je tombe au sol, me cognant au passage à la tête. Clément se précipite, ainsi que les inspecteurs présents. Pas lui. Non. Pas lui.

JulienW

jw04@gmx.fr

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5 juillet 2019

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