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Premier épisode - Épisode précédent

Hommes de Loi -17

Obstination

Chez Samuel, bien avant l’arrivée de Julien.

Samuel fait les cent pas dans son salon. Et s’il avait fait une erreur. Quelle idée. Envoyer un message à ces ordures. Sur le document Excel qu’il avait feint de ne pas comprendre, Samuel avait relevé une seule information qu’il pensait fiable, un numéro de téléphone générique. Lorsqu’il l’a appelé, dans un excès de colère sans doute, Samuel est tombé sur un homme à la voix grave, lui demandant combien d’heures de cours particuliers il voulait prendre. Tout était alors clair à son esprit.

Aujourd’hui, l’attente devient terrible. Impossible d’annuler, clairement. La couverture du cours particulier est brillante. Le prix à l’heure dépasse bien entendu les tarifs des enseignants, mais rien ne peut ainsi être capté si jamais les lignes téléphoniques, les emails ou les sites internet sont placés sur écoute ou sous surveillance. Sauf par Stéphane. Samuel lui reprochait d’avoir fait cavalier seul et, finalement, c’est très exactement ce qu’il est aussi en train de faire.

Des coups contre la porte, c’est lui. Son professeur particulier. Samuel ouvre, il est là, souriant. Il lui demande s’il peut rentrer et, la porte à peine refermée, commence à se déshabiller. Au téléphone, son interlocuteur lui avait demandé quel type de cours il souhaitait : prendre de l’avance sur le programme (l’escort doit, dans ce cas, guider son client) ou faire du soutien scolaire (là, il est plutôt soumis à son client). Samuel avait choisi de prendre de l’avance. Ensuite, il faut savoir s’il s’agit du premier cours (donc de la première fois du client), auquel cas le cours est plus cher (un dépucelage, évidemment). Enfin, les cours peuvent préparer un examen ou un concours. Oui, il s’agit de tester le client pour un potentiel recrutement.

Samuel est pétrifié. Il n’est pas gay, n’est pas attiré par les hommes. Sa plus grande peur est donc que rien ne se passe entre ses jambes, ce qui risquerait de mettre fin à son recrutement. L’escort, qui n’avait pas parlé depuis qu’il avait mis un pied dans la maison, continue son striptease. Tout parait fade à Samuel, incapable de saisir les détails de son invité. Il ressemble à ces mannequins que l’on voit défiler sur les podiums ou sur Instagram. Oui, il a de superbes pectoraux. Oui, il a des abdominaux parfaitement dessinés. Oui, il a un visage agréable, parce que symétrique. Oui, il est grand. Oui, son boxer désormais visible est rempli.

Toujours rien dans l’esprit de Samuel. Il faut qu’il y parvienne. Pour Stéphane. Il doit infiltrer le réseau et retrouver les responsables parisiens. Ce sont eux qui l’ont fait assassiner, il le sait. Il ne peut pas y avoir de hasards. Alors il pense aux belles femmes qu’il a connues. A ses ex-petites amies du lycée. Il ne doit pas encore fermer les yeux, au risque que l’escort ne s’en rende compte. Comment être excité alors que chaque geste est mesuré ?

C’est alors qu’il s’est rapproché de lui, et a commencé à le déshabiller. Samuel a fermé les yeux, simulant un plaisir tactile. Tandis que l’esprit du lieutenant tentait de remplacer la main de son invité par celle d’une femme, celui-ci faisait courir ses mains sur le corps de Samuel. Il est méthodique, mesurant chaque pression, sollicitant chaque point sensible, n’hésitant pas à substituer sa langue à ses doigts. Tout n’était que suggestion.

Samuel n’avait pas demandé de cours approfondis, de peur qu’il ne puisse pas assurer. Cela convenait au réseau. L’argument était simple : l’examen visé est au top niveau (il ne serait qu’actif) donc le premier cours devait faire un diagnostic des capacités scolaires, bref des mensurations. Le paiement en liquide est obligatoire. Ils ne reculaient devant rien, même le plus scabreux : il faut bien contrôler la qualité d’un futur top.

Après avoir déshabillé Samuel, l’escort saisit la virilité de son client et commence un jeu afin de la réveiller. Les yeux toujours fermés, le visage de Samuel affiche tout son dégoût. Pour ne pas alerter son amant indésirable, il balance sa tête en arrière et tente de simuler quelques gémissements. Malgré les dissonances terribles qu’il s’impose, Samuel parvient à se saisir d’images érotiques féminines qui, conjuguées aux efforts manuels de l’escort, font l’effet escompté. Le mécanisme est enclenché, il ne faut pas l’arrêter.

Satisfait, l’escort, qui n’a pas daigné donner un nom ou un pseudo, commence un va et viens d’une rapidité hors normes, comme pour précipiter la fin de ce rapport partiellement désiré. Après tout, c’est logique : avant de goûter au fruit défendu, il est en train de vérifier l’endurance d’un futur collègue. Tout devient sordide dans ce logement qui s’embaume doucement de l’odeur de la transpiration de Samuel.

Son endurance n’est pas choisie, au contraire. Il sait qu’il suffirait que son amant ne parle pour que tout s’arrête. D’ailleurs, lorsque celui-ci commence à lâcher son membre, Samuel prend peur, le saisit par les cheveux et l’oblige à reprendre son ouvrage. L’escort, visiblement comblé, lâche un gémissement. Revanchard, la vitesse de sa fellation augmente, qu’il agrémente d’un jeu avec ses mains. Le temps est venu.

Se forçant à tout oublier, Samuel se concentre sur d’heureux souvenirs sexuels pour enfin être délivré. Et tout fonctionne comme prévu. D’ailleurs, cette jouissance est particulièrement amère, tant le silence qui l’accompagne est morbide. L’homme, jusqu’ici à genoux, se relève, amusé : «Toi, tu es bon, dans tous les sens du terme. Appelle ce numéro, tu auras ton entretien de recrutement. Interdit de parler de ce qu’il s’est passé aujourd’hui, c’est clair ? Tu as eu ton cours. Cours gratuit. Point. ».

Samuel acquiesce et laisse l’escort partir, soulagé. Alors qu’il allait prendre une douche sans doute méritée, il entend encore sa voix. Puis la porte d’entrée qui s’ouvre de nouveau.

*** à la fin de l’épisode précédent, Julien entrant ***

«Que tu sois hétéro, d’accord. Que tu te paies des escorts, c’est ton problème. Que tu le fasses en plus chez toi, à la vue de tous, après tout, ça ne me regarde pas. Mais que ce soit un homme, un homme qui me nargue, qui m’annonce fièrement que tu n’as pas payé, et qui pense que j’en suis aussi, c’en est trop !

— Julien, laisse-moi t’expliquer» me lance Samuel les larmes aux yeux, partagé entre un sentiment d’horreur (pourquoi, d’ailleurs ?) et une tristesse immense en regardant dans mes yeux. Ce n’est pas mon problème. Je continue :

«Tu m’as sauvé la vie deux fois, je te l’ai répété je ne sais plus combien de fois. Je me suis senti redevable. Tu m’as montré que tu étais naturellement ainsi. Qu’être gentil, aimable, serviable, c’était ta nature. Je me suis attaché à toi. Tu as une personnalité attrayante, il faudrait être fou pour ne pas le reconnaître. J’ai été attiré par toi aussi, depuis le jour où tu as serré ma main pour me réveiller sur les marches de l’Hôtel de Police. Tu es séduisant. Quand tu as annoncé être hétéro, j’ai été abasourdi. Parce que tu m’avais envoyé des signaux de tous les côtés. Parce que tu avais été tactile. Parce que tu m’as parlé différemment, par rapport aux autres. J’ai accepté pourtant. J’ai abandonné.

— Je… Je ne savais pas…

— Aujourd’hui, je débute une relation claire avec Clément. Oui, tu ne le connais pas. J’en suis heureux, tel que je ne l’ai jamais été depuis des années. J’étais avec lui cet après-midi quand j’ai attrapé un salaud qui avait une liste dans sa poche. Trois noms : Bauer, raillé, Vaughan et enfin Magnussen. Donc j’ai abandonné Clément, qui au passage s’est risqué à maîtriser le mec en question, pour foncer chez toi de peur qu’il t’arrive quelque chose. Et je tombe sur ce genre de mecs. Tu vois, je n’ai pas jugé Stéphane parce qu’il fréquentait des professionnelles du sexe. Je ne l’aurais pas fait pour toi non plus. Mais que tu fasses appel à des escorts boys, ça, c’est trop. Parce que si tu nies ton homosexualité ou que tu te cherches, tu aurais pu au moins m’en parler. J’espérais que tu me faisais suffisamment confiance pour ça. Après tout, moi je t’ai parlé de moi, tu as su que j’étais gay dès le début. Tu me dégoûtes. Non pas parce que tu as fait ce que tu avais à faire avec lui. Mais parce que ton discours vertueux anti-proxénétisme sonne creux désormais, et surtout parce que tu ne m’as même pas parlé. Et ça, je ne te le pardonnerai jamais. Désormais, merci de m’appeler Commandant. Deux agents de police assureront ta protection. Moi, je rentre retrouver Clément. Bonne soirée».

Sur mes derniers mots, je claque la porte de chez Samuel et m’appuie contre elle. Je m’en veux un instant d’avoir été si violent. Il le mérite après tout. Il a trahi ma confiance. Il n’avait pas le droit de me mentir sur un sujet comme celui-ci. Toujours accolé contre la porte, j’entends Samuel qui compose un numéro sur son téléphone. Le mien se met à vibrer. Il doit croire que je suis parti. Je le laisse sonner. J’entends alors clairement son message vocal, par la porte. Il pleure.

Julien. S’il te plait écoute au moins ce message. Je suis désolé. Désolé de tout. Je ne savais vraiment pas que tu avais des sentiments pour moi. Je m’en veux. J’ai été con. Je ne voulais pas te faire de mal. Et… ce n’est pas ce que tu crois pour l’escort. Je veux juste… Non, merde, je dois pas lui dire. MERDE.

J’entends son téléphone valser dans la pièce, après qu’il a supprimé le message vocal que je n’aurai donc jamais. Je ne sais pas ce qu’il veut, mais il vient de me perdre une deuxième fois. «Je dois pas lui dire». C’était la phrase de trop. Je récupère la voiture et rentre à l’hôtel, renvoyant l’agent qui était encore à l’intérieur au commissariat. Clément est dehors, il attend en fumant frénétiquement une cigarette. Je n’avais jamais senti cette odeur sur lui.

«Tu fumes ?! lui demandai-je.

— Uniquement quand je stresse. Alors, alors, Samuel ?

— Je peux te raconter plus tard, je t’avoue qu’il m’a mis hors de moi…

— Il va bien ?

— Très en forme visiblement.

— Dernière question, promis. Tu pourras me le dire plus tard ?

— Promis mon Clément, dès que je serai calmé».

Soudainement, son visage s’illumine, et il me serre contre lui. Mais pourquoi ?

«Mon Clément. C’est la première fois que tu commences à être possessif…

— C’est… c’est sorti si naturellement…

— Alors je suis d’autant plus heureux… ».

Et il m’embrasse. Là. Dehors. Aux yeux des clients, dont les regards sont soit tendres soit réprobateurs. Je me détache de lui, lui caresse son visage et l’informe que je vais me reposer. Arrivé dans la chambre, je m’installe dans l’un des canapés de la superbe suite et me met à penser. Je suis fatigué, mais je dois réfléchir à ce qu’il s’est passé aujourd’hui.

***

«Je vais être clair, tu as fait du mal à tout le monde. C’est à cause de toi que tout a déraillé. Je t’en veux terriblement. Je n’ai pas d’autres choix.

— Enfin, Julien, on peut discuter, s’arranger…

— C’est toi qui as tout détruit sur ton passage. Je n’y suis pour rien. Tu mérites juste de payer. Et c’est ce qui va se passer».

Mon arme dans son cou, il attend. Il attend que je me décide à lui mettre une balle dans la tête. Je patiente.

«Je t’en supplie Julien, remets-moi à la justice plutôt. Par pitié.

— Tu n’as rien compris, vraiment.

— Qu’est-ce que je t’ai fait, dis-moi, s’il te plait.

— Tu oses demander ?! Tu as brisé ma vie. Tous les jours, j’ai mal à cause de toi. Je vais peut-être en crever. Sans oublier que tu m’as retiré Grégoire. Tu as fait assassiner Stéphane. Tu as tué Samuel. Tu as fait enlever Isabelle. Et tu pensais en plus que j’allais être complaisant.

— Ce n’est pas moi, tu le sais, c’est mon frère.

— Tais-toi ! Je vais aussi m’occuper de lui.

— Alors, laisse-moi, s’il…»

La balle l’a traversé, sans bruit. Le silencieux est décidément pratique. Au prochain.

***

Chers lecteurs, je vous remercie tous de vos retours. Vos mails sont chaleureux et si positifs. Merci infiniment. Je vous lirai et vous répondrai toujours.

 

JulienW

jw04@gmx.fr

Suite de l'histoire

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